Le virtuel, Gilles Deleuze

Gilles Deleuze (1925-1995), dont vous pouvez lire la biographie ainsi que les idées philosophiques majeures ici, étudie au cours de sa vie l'oeuvre de célèbres philosophes et écrivains et enseigne à l'université de Paris VIII. Il élabore une philosophie sur le désir, le devenir, l'art, et fonde le concept de déterritorialisation.

 

Il étudie notamment le cinéma, et par là même l'image virtuelle. Aussi distingue-t-il deux catégories au cinéma : l'image-mouvement et l'image-temps.
L'image-mouvement comprend une action qui engendre une réaction. (majoritairement utilisée, par exemple une interview)
L'image-temps ne pose qu'une pensée, qu'une réflexion.

 

Dans le livre L'image-temps : « La subjectivité n’est jamais la nôtre,c’est le temps, c’est-à-dire (...) le virtuel (…) et c’est nous qui sommes intérieurs au temps, non pas l’inverse » Gilles Deleuze

 

Dans ses commentaires sur Bergson : « le virtuel est en soi le mode de ce qui n’agit pas, puisqu’il n’agira qu’en se différenciant, en cessant d’être en soi tout en gardant quelque chose de son origine. Mais par là même il est le mode de ce qui est » Gilles Deleuze dans « La conception de la différence chez Bergson »

 

 

L'image virtuelle, progrès de la science ? (IEP 2013)

Que penser des nouvelles technologies telles que la télévision ? Ce progrès de la science, de la technique, est-il véritablement une bonne nouvelle pour l'être humain ?

Paul Virilio apporte une réponse dans la revue Le Monde de l'éducation, de juillet-août 2001. Pour lui :

"L'image virtuelle, c'est la machine qui voit, qui sent à votre place et vous liquide en tant qu'être actif au profit d'un être passif."

Cette image virtuelle, représentée en premier lieu à notre époque par la télévision, participerait donc à endormir la force proactive de l'homme, à le rendre passif.

Paul Virilio s'est fait connaître pour ses essais sur la vitesse, la technologie, l'urbanisme et l'architecture.

Friedrich Nietzsche et la justice

>> Courte biographie de Friedrich Nietzsche (1844-1900)


Friedrich Nietzsche naît à Röcken, près de Leipzig en Saxe, au sein d'une famille de pasteurs. Il suit ses études secondaires au collège de Pforta, puis étudie la philosophie grecque dans la ville de Bonn. Il y travaille en outre sur la philologie (étude de textes anciens) et devient professeur. Il lit Schopenhauer et se lie d'amitié avec Richard Wagner. Alors que la guerre franco-allemande est engagée, il devient infirmier. Son état de santé cependant se détériore. En 1873, et 1874 il publie les Considérations inactuelles I, II, et III. Quatre ans plus tard, en 1878 et 1879, il rédige sa célèbre oeuvre Humain, trop humain après une rupture avec Wagner. Il prend alors sa retraite à l'université de Bâle, et voyage à travers l'Europe malgré ses problèmes de santé et d'argent. En 1882, il écrit quatre tomes du Gai Savoir, et compose deux, trois ans plus tard Ainsi parlait Zarathoustra. En 1887, il poursuit la rédaction du Gai Savoir et publie La Généalogie de la morale. Il meurt lors de l'été 1900 à Weimar.

>> La justice selon Friedrich Nietzsche


Il serait possible de discerner deux types de justice dans l'oeuvre de Nietzsche, pour mieux comprendre sa pensée. Une justice morale qu'il critique, et une justice extra-morale, correspondant à "une grande justice", qu'il soutient.

Cette première justice est la plus souvent évoquée :
"Ils ont maintenant tout à fait monopolisé la vertu, ces faibles, ces malades incurables, point de doute : « nous seuls, nous sommes les bons, les justes, disent-ils, nous seuls, nous sommes les homines bonae voluntatis »" La Généalogie de la morale 1887

La seconde forme de justice n'en est pas moins présente :
"Au goût des grandes responsabilités, à la majesté du regard dominateur, au pouvoir de s’abstraire de la foule, de ses tâches et de ses vertus, à la bienveillance qui prend parti pour ce qu’on méconnaît et calomnie, s’agît-il de Dieu ou du diable, à la joie de pratiquer une justice de grande envergure"

La justice pourrait revêtir un sens inférieur, et un sens supérieur qui se place au-delà du bien et du mal. Nietzsche désire un inversement des valeurs, c'est-à-dire une transformation.

>> Origine de la justice selon Nietzsche :


Dans Humain, trop humain, en 1878, Nietzsche définit pour lui l'origine de la justice :
"La justice (l’équité) prend naissance entre hommes jouissant d’une puissance à peu près égale, comme l’a bien vu Thucydide"

Il explique que lorsqu'il y a risque de conflit, dommageable pour les deux partis, alors "naît l’idée de s’entendre et de négocier sur les prétentions de chaque partie : le caractère de troc est le caractère initial de la justice." (Humain, trop humain, 1878)

>> Critique de la justice de Friedrich Nietzsche


La justice est un sentiment égoïste : elle vient de la volonté de puissance, de se conserver : "La justice se ramène naturellement au point de vue d’un instinct de conservation bien entendu, c’est-à-dire à l’égoïsme de cette réflexion : « À quoi bon irais-je me nuire inutilement et peut-être manquer néanmoins mon but ? » – Voilà pour l’origine de la justice" (Humain, trop humain, 1878)

Il poursuit sa réflexion en assimilant la vertu de justice à une vertu animale : elle provient de l'instinct. "Les commencements de la justice comme ceux de l’intelligence, de la mesure, de la vaillance – bref, de tout ce que nous désignons du terme de vertus socratiques, sont animales" Aurore, 1881.

Le mot justice est trompeur. La justice n'est en fait qu'une vengeance dissimulée, un désir de puissance caché sous la noblesse du mot justice. Cette critique est la plus claire dans La généalogie de la morale (1887) mais il fait déjà dire à Zarathoustra : "je déchire votre voile afin que de votre trou à mensonges votre rage vous fasse sortir et que derrière votre mot “justice” surgisse votre vengeance." (Ainsi parlait Zarathoustra, 1883-1885)

Voir aussi :
Un bon article sur la justice et Nietzsche est le cours de Arnaud François pour en savoir plus.
Les articles justice du Blog Intégrer Sciences Po

-> "Leur vol, ils l'appellent culture" Nietzsche