Les Républiques ne sont pas éternelles

C'est Platon qui l'affirme, comme le relate Jean Bodin, dans son IVe livre de la République : les Républiques se meurent, comme toute chose.

 

Républiques souffrent changement par nature. En sorte que Platon, n'ayant pas encore connaissance des mouvements célestes, et beaucoup moins de leurs effets, a dit que la République qu'il avait ordonnée, et qui semblait si parfaite à plusieurs qu'elle dût être éternelle, prendrait son changement, et puis serait ruinée, [quoiqu'elle] ne changeât ses lois : comme toutes autres choses, disait-il, qui sont en ce monde. De sorte qu'il semble que ni toutes les belles lois et ordonnances, ni toute la sagesse et vertu des hommes ne sauraient empêcher la ruine d'une République.

 

Jean BODIN, IVe livre de la République, chapitre 2 

 

Ainsi on aura beau constituer la République la plus solide possible, et c'est ce qu'avait entrepris Platon, elle risque de dépérir même sans changer ses lois.

 

Rousseau et le secret

Pour Rousseau, la transparence et la vérité sont des buts à atteindre. Ainsi qu'il l'écrit dans le livre IV des Confessions :

"Je voudrais pouvoir en quelque façon rendre mon âme transparente aux yeux du lecteur."

Il n'y a dans son œuvre pas beaucoup de place au secret.

Sa devise en est le témoignage : Vitam impendere vero, à savoir "consacrer sa vie à la vérité".

 

Mais cette exigence de vérité, et donc cette entreprise pour détruire le secret, est aussi valable dans la sphère politique.

 

En 1772, Jean-Jacques Rousseau remarque dans Considérations sur le Gouvernement de Pologne que le moyen "le plus fort, le plus puissant" consiste à "faire en sorte que tous les citoyens se sentent incessamment sous les yeux du public, que nul n'avance et ne parvienne que par la faveur publique"

L'estime publique est le gage d'un bon fonctionnement politique.

 

C'est pourquoi Rousseau accorde et constate un avantage aux Etats les plus petits, parce que "tous les citoyens s'y connaissent mutuellement et s'entreregardent, que les chefs peuvent voir par eux-mêmes le mal qui se fait, le bien qu'ils ont à faire."

 

 

 

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La révolution en Utopie - Thomas More

Dans Utopia, livre I, Thomas More fait voir sa conception idéalisée du gouvernement des hommes.

 

Un certain Raphaël Hythlodée, le navigateur qui a découvert l'île d'Utopie, formule une morale du gouvernement. Le roi, qui constitue ce gouvernement, se doit d'aider son peuple et de le servir.

 

Relevons deux extraits du livre I d'Utopia :

 

Les hommes ont fait des rois pour les hommes, et non pas pour les rois ; ils ont mis des chefs à leur tête pour vivre commodément à l'abri de la violence et de l'insulte.

Cet extrait nous dit bien quel est le rôle du roi : c'est celui de servir les hommes, servir son peuple. Il nous dit deuxièmement que ce sont les gens du peuple qui ont mis à leur tête un roi, le roi a été placé par la communauté des hommes. Troisièmement, que la révolution, dont le caractère est naturellement brusque, ne va pas avec la volonté naturelle d'un citoyen : celui-ci désire se protéger de la violence, et c'est pourquoi il met en place un gouvernement.

 

Un peu plus tard :

Quel est l'homme qui désire plus vivement une révolution ? N'est-ce pas celui dont l'existence actuelle est misérable ? Quel est l'homme qui aura le plus d'audace à bouleverser l'Etat ? N'est-ce pas celui qui ne peut qu'y gagner, parce qu'il n'a rien à perdre ?

C'est donc bien celui qui n'est plus à l'abri de la violence, qui est misérable, qui a tout intérêt à faire une révolution. 

 

Il ne faut pas oublier également le contexte dans lequel a été écrite l'oeuvre : Thomas More désirait limiter le pouvoir royal, car Henri VIII, dont il fut pourtant le protégé un temps, était tyrannique.