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science

Correction : FREUD, L’Avenir d’une illusion (1927)

Rédigé par  Intégrer Sciences Po   Aucun commentaire   Mis à jour le  17/06/2019

Correction du bac de philo 2019, extrait de FREUD, L’Avenir d’une illusion (1927).

 

La science a beaucoup d’ennemis déclarés, et encore plus d’ennemis cachés, parmi ceux qui ne peuvent lui pardonner d’avoir ôté à la foi religieuse sa force et de menacer cette foi d’une ruine totale. On lui reproche de nous avoir appris bien peu et d’avoir laissé dans l’obscurité incomparablement davantage. Mais on oublie, en parlant ainsi, l’extrême jeunesse de la science, la difficulté de ses débuts, et l’infinie brièveté du laps de temps écoulé depuis que l’intellect humain est assez fort pour affronter les tâches qu’elle lui propose. Ne commettons-nous pas, tous tant que nous sommes, la faute de prendre pour base de nos jugements des laps de temps trop courts ? Nous devrions suivre l’exemple des géologues. On se plaint de l’incertitude de la science, on l’accuse de promulguer aujourd’hui une loi que la génération suivante reconnaît pour une erreur et remplace par une loi nouvelle qui n’aura pas plus longtemps cours. Mais ces accusations sont injustes et en partie fausses. La transformation des opinions scientifiques est évolution, progrès, et non démolition. Une loi, que l’on avait d’abord tenue pour universellement valable, se révèle comme n’étant qu’un cas particulier d’une loi (ou d’une légalité) plus générale encore, ou bien l’on voit que son domaine est borné par une autre loi, que l’on ne découvre que plus tard ; une approximation en gros de la vérité est remplacée par une autre, plus soigneusement adaptée à la réalité, approximation qui devra attendre d’être perfectionnée à son tour. Dans divers domaines, nous n’avons pas encore dépassé la phase de l’investigation, phase où l’on essaie diverses hypothèses qu’on est bientôt contraint, en tant qu’inadéquates, de rejeter. Mais dans d’autres nous avons déjà un noyau de connaissances assurées et presque immuables.

FREUD,L’Avenir d’une illusion(1927)

 

La science a beaucoup d’ennemis déclarés, et encore plus d’ennemis cachés, parmi ceux qui ne peuvent lui pardonner d’avoir ôté à la foi religieuse sa force et de menacer cette foi d’une ruine totale

La science, dont se revendique Freud, a infligé selon lui à la religion plusieurs humiliations. Que ce soit Copernic, Galilée, ou encore Darwin, tous ces auteurs ont contribué à limiter la sphère d'influence de la religion par rapport à la science.

Vous pouviez alors citer cette phrase de Galilée sur le duo science / religion : "L'intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on va au ciel et non comment va le ciel." Galilée, Lettre à Christine de Lorraine, 1615.

 

On lui reproche de nous avoir appris bien peu et d’avoir laissé dans l’obscurité incomparablement davantage.

Freud fait part des reproches adressés à la science. Parmi les critiques, celle de nous faire voir incomparablement plus de mystères, plutôt que de résoudre les mystères qui se présentaient à nous. Mais n'est-ce pas en celà que consiste le progrès de la science ? Nous faire voir, chaque jour davantage encore à quel point nous sommes ignorant, reprenant en cela la pensée de Socrate : je sais que je ne sais rien, et qui devient alors la première science de l'homme : savoir son ignorance.

 

Ne commettons-nous pas, tous tant que nous sommes, la faute de prendre pour base de nos jugements des laps de temps trop courts ?

La question est celle du court terme et du long terme, ainsi que de la distance nécessaire pour analyser un objet. Nous sommes à une époque trop confondue avec celle des découvertes scientifiques, et nous manquerions de recul.

 

on l’accuse de promulguer aujourd’hui une loi que la génération suivante reconnaît pour une erreur et remplace par une loi nouvelle qui n’aura pas plus longtemps cours.

Il est à l'occasion de ce passage extrêmement pertinent de citer Kuhn, qui nous propose le concept de révolution scientifique, et celui de changement de paradigme.

 

une approximation en gros de la vérité est remplacée par une autre, plus soigneusement adaptée à la réalité

Pour Freud, ce n'est pas que les théories ou les enseignements scientifiques deviennent faux, à mesure qu'ils sont dépassés par le progrès, mais plutôt qu'ils s'affinent.

 

Dans divers domaines, nous n’avons pas encore dépassé la phase de l’investigation, phase où l’on essaie diverses hypothèses qu’on est bientôt contraint, en tant qu’inadéquates, de rejeter. Mais dans d’autres nous avons déjà un noyau de connaissances assurées et presque immuables.

Dans la conclusion de cet extrait, Freud nous appelle à l'humilité et à la modestie. Nous n'en sommes qu'aux prémices des découvertes scientifiques. Pour autant, le trésor que nous avons accumulé est dans certains domaines déjà très fort. La vérité immuable de Descartes, "je suis, j'existe", point de commencement de toute philosophie ou de toute connaissance ou encore de toute science pouvait être mentionné. Et la découverte ou redécouverte de l'inconscient, par Freud lui-même, aurait pu apporter alors du relief par rapport à cette affirmation.

 

-> Correction : Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté ?

-> Correction : La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain ?

 


Différence entre science et technique

Rédigé par  Intégrer Sciences Po   1 commentaire   Mis à jour le  02/06/2019

Tout d'abord, il est important de revenir sur les deux définitions de la science et de la technique respectivement. Puis il faudra comprendre quelle est la place de la technique en philosophie, et le rôle de la technique de nos jours.

 

Définition de la science :

Connaissance exacte qu'on a de quelque chose. En particulier système de connaissances rationnelles ou expérimentales sur un objet déterminé.

Définition de la technique :

désigne l'ensemble des procédés qu'on doit méthodiquement employer pour un art, pour une recherche, dans un métier.

 

La technique en philosophie :

Aristote définit la technique comme « une disposition à produire accompagnée d'une règle vraie »

La technique est ainsi l'ensemble des règles définissant les moyens en vue d'une fin.

 

La technique de nos jours :

Pour Heidegger, la société moderne ne voit plus en la technique les règles nécessaires à un art, mais un mode de pensée de l'homme qui veut tout gérer, calculer.

 

Lien et distinction entre science et technique

La science est de l'ordre de la théorie, contemplative, tandis que la théorie est de l'ordre de la pratique, de l'action.

La technique suppose un savoir, une science. L'inverse n'est pas vrai : la science peut être une pure science et ne jamais s'appliquer à la technique.

La technique est la mise en oeuvre de la science.

 

-> Culture générale : la Science <-


La philosophie est-elle compatible avec la science ?

Rédigé par  Intégrer Sciences Po   Aucun commentaire   Mis à jour le  02/06/2019

Une des questions récurrentes de la philosophie porte sur sa relation avec la science.

  • La philosophie est-elle est une science ?
  • La science est-elle une philosophie ?
  • Comment science et philosophie peuvent-ils s'harmoniser ? Quel lien les unit ? Sont-ils compatibles ?

 

I. La philosophie supplante la science

 

Durant l'Antiquité, la philosophie est la science suprême « des premiers principes et des premières causes ». Toutes les autres sciences découlent de la philosophie. Philosophie et science naissent au même moment, chez les Grecs.

 

Pour Platon, les sciences amènent à la philosophie, et la philosophie est le socle de ces sciences. Sur le fronton de l'Académie, son école, était inscrit : « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre. »

 

II. La science s'émancipe de la philosophie

 

Au XVIIe siècle, le développement des sciences positives (fondées uniquement sur les faits réels, l'expérience) et la méthode expérimentale, qui définit un protocole strict pour construire la science à partir des expériences, donne une indépendance à la science vis-à-vis de la philosophie.

 

La science ne vise plus le savoir désintéressé, mais a un objectif utilitaire pour l'homme. Elle se rapproche ainsi de la technique, devenant techno-science : il s'agit de rendre l'homme « comme maître et possesseur de la nature », comme l'expliquait Descartes.

La philosophie devient superflue pour les scientistes (les scientistes font de la science un absolu) : engloutie par le progrès scientifique, elle n'a plus d'importance. Elle est considérée comme une « partie de la connaissance humaine qui n'a pas encore réussi à revêtir les caractères et à prendre la valeur de la science ». Auguste Comte, voit ainsi dans la métaphysique une « maladie chronique naturellement inhérente à notre évolution mentale et individuelle ou collective, entre l'enfance et la virilité », où l'enfance est l'esprit théologique et la virilité est l'esprit positif.

 

III. La philosophie et la science en harmonie

 

Selon Heidegger, la philosophie reste indispensable et ne doit pas vouloir s'assimiler à une science. Il écrit dans Lettre sur l'humanisme « La “philosophie” est dans la nécessité constante de justifier son existence devant les “sciences”. Elle pense y arriver plus sûrement en s'élevant elle-même au rang d'une science. Mais cet effort est l'abandon de l'essence de la pensée. La philosophie est poursuivie par la crainte de perdre en considération et en validité, si elle n'est science. On voit là comme un manque qui est assimilé à une non-scientificité ».

De même Nietzsche dans le Gai savoir dissipe l'illusion scientiste : « C'est sur une foi métaphysique que repose notre foi dans la science ; chercheurs de la connaissance, impies, ennemis de la métaphysique, nous empruntons encore nous-mêmes notre feu au brasier qui fut allumé par une croyance millénaire, cette foi chrétienne, qui fut aussi celle de Platon, pour qui le vrai s'identifie à Dieu et toute vérité divine. »

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