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liberté

Correction : Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté ?

Rédigé par  Intégrer Sciences Po   Aucun commentaire   Mis à jour le  17/06/2019

 

>> Définitions des termes du sujet

 

Le mot "devoirs", au pluriel, peut recevoir une définition assez large. Nous lui donnerons ici le sens d' "Obligation qu'impose, dans une circonstance particulière, la morale, la loi, la bienséance, etc.".

Le mot "reconnaître" dans ce contexte peut alors être présenté comme : "Admettre et proclamer le statut officiel, l'existence juridique de.", ce qui donne au mot "devoirs" une connotation juridique.

 

La liberté quant à elle est le coeur même du sujet. On lui donnera en introduction deux sens, qu'il faudra clarifier dans le développement du devoir : "Pouvoir d'exercer sa volonté ou d'opérer des choix." ou bien "État d'une personne qui peut agir et penser sans contrainte".

 

>> Enjeu du sujet

 

La liberté est-ce d'après la seconde définition donnée le pouvoir d'agir et penser sans contrainte ? Dans ce cas, les devoirs s'y opposent, puisqu'ils semblent être des contraintes.

Mais la liberté n'est-elle pas plutôt le pouvoir d'exercer sa volonté et d'opérer des choix, ce qui ne peut se faire qu'en établissant des règles et des principes précis sur lesquels s'appuyer et éclairer la raison ?

On soulève ici une question qui servira pour notre troisième partie, car elle permettrait de sortir de l'alternative en forme d'impasse de la confrontation entre liberté et devoirs.

 

>> Plan et développement

 

I. Les devoirs sont une contrainte qui limitent la liberté individuelle

On peut établir un parallèle entre la liberté morale et la liberté physique, entendue en un sens restreint.

Tout comme un animal en cage, les devoirs (la cage) limitent les capacités et l'étendue (les libertés) d'action de l'animal.

On peut soutenir également que l'homme n'est pas seulement limité dans sa liberté, mais qu'il est 100% déterminé et qu'il n'y a aucune place pour la liberté. Ainsi Spinoza fait-il voir que le libre-arbitre n'est qu'une illusion.

 

II. La liberté collective se trouve néanmoins garantie grâce aux devoirs

 

Rousseau dans son Contrat social ne dit pas autre chose : c'est en donnant sa liberté qu'on la conserve. Poser et reconnaître des devoirs, c'est créer un contrat social, et chacun donnant de sa liberté, ne la donne finalement à personne.

Aristote estime en ce sens que l'animal politique qu'est l'homme ne devient citoyen que parce qu'il obéit et reconnaît des devoirs égaux à tous.

 

III. La liberté se fonde et est éclairée par la contrainte

Kant situe la liberté au fait d'agir conformément avec sa raison, et la raison universelle. Ce n'est en ce sens pas faire n'importe quoi n'importe quand, mais bien par les devoirs que nous donne à connaître notre conscience et surtout notre raison, faire le bien.

Les Stoïciens et Spinoza trouvent une issue au dilemme de reconnaître ses devoirs pour gagner en liberté dans l'idée que la véritable liberté se trouve dans la connaissance que l'on a de la nature des choses. Or cette nature des choses est faite de contraintes et de devoirs. La liberté est alors la connaissance de la nécessité, et donc de reconnaître ses devoirs.

 

-> Correction : FREUD, L’Avenir d’une illusion (1927)

-> Correction : La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain ?


Résumé et explications de La route de la servitude - Friedrich Hayek

Rédigé par  Intégrer Sciences Po   Aucun commentaire   Mis à jour le  18/12/2018

La route de la servitude de Friedrich Hayek (ou Friedrich August von Hayek) est un ouvrage politico-économique.

 

Il revient sur la façon dont le socialisme, qui est une espèce de collectivisme, a corrompu la liberté.

 

Il explique d'abord que nous sommes responsables :

 

Nous sommes prêts à accepter toutes les explications sauf une : à savoir que l'état actuel du monde résulte peut-être d'une véritable erreur de notre part.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

La liberté économique permet la liberté politique.

 

Nous avons peu à peu abandonné cette liberté économique sans laquelle la liberté personnelle et politique n'a jamais existé.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

On se trompe dans notre utilisation du mot individualisme. Cela ne revient pas à dire les intérêts égoïstes.

 

Le mot individualisme est assez malsonnant de nos jours, et il a fini par évoquer l'égoïsme.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

Les forces sociales spontanées sont synonymes du marché libre. La coercition est surtout celle qui vient de l'Etat, qui pour Max Weber (non cité par Hayek) le monopole de la violence physique légitime, et qui pour Hayek n'est sans doute pas légitime.

 

Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins possible à la coercition.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

Pour autant, Hayek n'est pas absolutiste dans le laissez-faire. Il faut du discernement.

 

Rien n'a sans doute tant nui à la cause libérale que l'insistance butée de certains libéraux sur certains principes massifs, comme avant tout la règle du laissez-faire

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

Par "outillage existant", Hayek entend le système politique en place. Ainsi, le socialisme a voulu tout remplacer.

 

Il ne s'agissait plus d'augmenter ou d'améliorer l'ouillage existant, mais de les mettre tout entier au rebut et de le remplacer.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 1

 

Hayek de rappeler la nature passée du socialisme, qui était pour lui proprement "autoritaire".

 

On se souvient rarement aujourd'hui que le socialisme à ses débuts était franchement autoritaire.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 2

 

La plus grande et nuisible confusion de nos jours et du XXe siècle est celle d'avoir pris le mot liberté pour synonyme de pouvoir ou de richesse. Ainsi aurait été libre celui qui était riche ou puissant. Mais ce n'est pas ça la liberté.

 

Avant que l'homme dût être vraiment libre, il fallait briser "le despotisme du besoin physique" et relâcher "les contraintes du système économique".

Dans ce sens, le mot liberté n'est évidemment qu'un autre nom donné au pouvoir ou à la richesse.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 2

 

Des observateurs, mais aussi Hayek. Le fascisme et le communisme ont de nombreux traits communs.

 

[Des observateurs] ont été frappés de l'extraordinaire ressemblance qui existe à beaucoup d'égards entre la vie en régime "fasciste" et "communiste".

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 2

 

Plus que des traits communs, le fascisme et le communisme auraient les mêmes racines.

 

de plus en plus de gens se demandaient si ces nouvelles tyrannies n'étaient pas l'aboutissement des mêmes tendances.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 2

 

Le "meilleur moyen" ne veut pas dire le moyen parfait. Mais la concurrence a une place tout à fait chérie pour les libéraux (terme qui pour Hayek a été galvaudé, et qu'on pourrait mieux traduire par libertarien, même si cela sonne trop négatif au goût de Hayek)

 

Le libéralisme est fondé sur la conviction que la concurrence est le meilleur moyen de guider les efforts individuels.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 3

 

On revient sur cette notion que "le meilleur moyen" n'est pas le moyen parfait. Il faut faire intervenir l'autorité, c'est-à-dire l'Etat, si besoin est. Hayek ne rejette pas complètement l'Etat, au contraire il a son rôle à jouer.

 

Il faut, certes, faire intervenir l'autorité chaque fois qu'il est impossible de faire fonctionner la concurrence

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 3

 

Le planisme est un danger aux yeux de Hayek. Le planisme, c'est la "Doctrine qui préconise la régulation de l'économie par la planification." (Dictionnaire de l'Académie française 9e édition). Mais il n'était pas nécessaire, il a été mis en place sans que l'on soit obligé d'y recourir.

 

Il est donc hors de doute que le mouvement vers le planisme est le résultat d'une action délibérée, et qu'aucune nécessité externe ne nous y contraint.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 4

 

Hayek donne sa définition du système collectiviste, dont fait partie le socialisme :

 

Le trait commun de tous les systèmes collectivistes peut être défini (...) comme l'organisation des travaux de la société en vue d'un but social déterminé.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 5

 

C'est une évolution de notre société qui veut que notre code moral, c'est-à-dire nos maximes, se sont réduites et ont un attteint un plus haut niveau d'abstraction.

 

Les règles qui composent notre code moral sont peu à peu devenues moins nombreuses et plus générales.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 5

 

Cette fois-ci, Hayek donne la définition de l'individualisme, qui n'est pas l'intérêt égoïste de chacun. Il oppose individualisme et système collectiviste.

 

Reconnaître l'individu comme juge en dernier ressort de ses propres fins, croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes, telle est l'essence de l'individualisme.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 5

 

Une nouvelle définition, celle de capitalisme. Doublé par une assertion majeure, à savoir que le capitalisme est inhérent à la démocratie : seul ce système autorise la démocratie à se déployer.

 

Si le mot "capitalisme" signifie un système de concurrence fondé sur la libre disposition de la propriété privée, il faut se rendre compte que seul un tel système permet la démocratie.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 5

 

La planification est un mal encore vigoureusement rejeté par Hayek. Quand l'obligation vient du haut de la pyramide (l'Etat), il n'est pas possible à la base de la pyramide (le peuple, ou plutôt chacun des individus qui composent un peuple) de lancer ses propres projets, c'est-à-dire d'utiliser de sa liberté. On peut le résumer en cette équation : + de planification = - de liberté pour l'individu.

 

plus l'État "planifie", plus il devient difficile pour l'individu de faire des projets

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 6

 

Pour Hayek, c'est l'égalité devant la loi qu'il faut bien sûr privilégier. L'égalité matérielle réduit la liberté de l'individu. Or, le problème du socialisme pour Hayek, c'est qu'il cherche davantage à assurer l'égalité matérielle (concrètement, que tout le monde soit le plus proche du même niveau de richesse) plutôt qu'à assurer l'égalité devant la loi, qui est la seule à permettre la liberté individuelle.

 

l'égalité formelle devant la loi est en contradiction, voire incompatible, avec tout effort gouvernemental tendant à réaliser l'égalité matérielle ou concrète entre les hommes

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 6

 

Tout simplement, Hayek défend l'argent et la monnaie. C'est un outil qui a permis à l'homme de se libérer de nombreuses contraintes, et surtout qui lui a donné le choix. Le choix de dépenser ce qu'il veut dans ce qu'il veut, plutôt que d'être assujetti au problème du troc ou autre difficulté d'échange.

 

Il serait beaucoup plus juste de dire que l'argent est un des plus magnifiques instruments de liberté que l'homme ait jamais inventé.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 7

 

Hayek ne néglige pas la place de la chance dans le succès économique, surtout dans le système capitaliste où a lieu la concurrence.

 

dans la concurrence, la chance joue autant que l'intelligence et la prévoyance

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 8

 

Le riche est puissant ne revient pas à dire que seul le puissant peut devenir riche. Dans cette alternative, Hayek préfère la première option.

 

Le monde dans lequel le riche est puissant n'est-il pas meilleur que celui dans lequel seul le puissant peut acquérir la richesse ?

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 8

 

Là encore, Hayek n'est pas 100% à rejeter le rôle de l'Etat. Il n'est pas, en un mot, anarchiste. Une catastrophe contre laquelle un individu est impuissant, cela peut être par exemple un séisme. L'Etat a alors un rôle à jouer pour adoucir les dommages conséquents.

 

Chaque fois que la communauté peut agir pour atténuer les conséquences des catastrophes contre lesquelles l'individu est impuissant, elle doit le faire.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 9

 

Hayek parle d'un comportement contre-productif. Celui de vouloir garantir la sécurité économique et financière d'un agent, ce peut être une personne ou une organisation. Cela trouble le marché, et en déséquilibrant le marché, commet des dysfonctionnements encore plus importants que ce que l'on avait voulu protéger à l'origine.

 

plus on tente d'assurer une sécurité complète en intervenant dans le système du marché, plus l'insécurité augmente

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 9

 

Pour autant, la sécurité est un atout essentiel pour garantir la liberté de chacun.

 

Un certain degré de sécurité est indispensable à la sauvegarde de la liberté

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 9

 

Certes, la liberté est un idéal et apporterait de nombreux bénéfices. Mais la liberté a un prix, en ce sens qu'il en coûte à quelqu'un de posséder cette liberté, et même à la société en général. Il faut faire des sacrifices pour obtenir la liberté, mais pour Hayek, cela vaut le coup.

 

admettons que la liberté ne s'obtient qu'à un certain prix

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 9

 

Hayek veut revenir sur une croyance populaire, qu'il faut tout de suite détruire. Cette croyance, c'est de penser que les systèmes totalitaires, qui sont l'objet de son livre, et qu'il présente comme une conséquence du socialisme, sont accidentels. Cela reviendrait à dire que rien n'aurait pu le déjouer, que ce n'est pas la faute du système, des institutions. Ce que Hayek rejette. Les institutions et le système gouvernemental, mis en place par les hommes eux-mêmes, ont bien conduit aux systèmes totalitaires. Ce n'est pas que fortuit.

 

Cette croyance consiste à admettre que l'aspect le plus répugnant du système totalitaire est dû à quelque accident historique

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 10

 

Diminuer la force absolue, c'est bien diminuer le pouvoir qu'un homme a sur un autre homme. En effet, d'après les théories du contrat social, tout le pouvoir est mis volontairement entre les mains de l'Etat. Mais plus on centralise ce pouvoir, plus l'Etat, au sommet de la pyramide, peut agir sur ses sujets. Au contraire, la décentralisation, c'est-à-dire répartir à des échelons inférieurs et variés le pouvoir, permet de diluer ce pouvoir absolu qui était entre les mains de l'Etat, et ainsi de donner plus de liberté aux individus. Or la concurrence, à l'œuvre dans le capitalisme, est vecteur de décentralisation. C'est donc grâce au capitalisme, à la concurrence, que le pouvoir se décentralise, et que l'homme devient plus libre individuellement.

 

Partager ou décentraliser le pouvoir c'est en diminuer la force absolue : seul le système de concurrence est capable de réduire, par le moyen de la décentralisation, le pouvoir exercé par l'homme sur l'homme.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 10

 

Encore un trait commun du national-socialisme avec le communisme. Ceux-ci veulent développer chaque champ de recherche dans un intérêt précis pour la société. Ils dédaignent la science pure, ainsi que l'art pour l'art, c'est-à-dire la recherche pour avancer et progresser, sans chercher nécessairement un intérêt immédiat et utile dans le cadre d'un planisme.

 

La science pure ou l'art pour l'art trouvent aussi peu de grâce aux yeux des nazis que des intellectuels socialistes ou des communistes.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 11

 

Dans les domaines économiques où il doit y avoir un monopole (c'est-à-dire une seule organisation qui contrôle tout ce champ économique), s'offre un choix : soit l'Etat contrôle l'organisation privée qui a le monopole, soit l'Etat acquiert et devient l'organisation monopolistique. Hayek préfère de loin le premier choix, qui est aussi celui des Etats-Unis à cette époque.

 

Si le monopole est réellement inévitable, il est probable que le plan, préconisé par les Américains, d'un contrôle sévère de l'Etat sur les monopoles privés, appliqué rigoureusement, est meilleur qu'une mainmise de l'Etat.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 13

 

Là encore, il s'agit d'un choix qui est laissé aux hommes : SOIT le marché est libre SOIT le marché est contrôle par quelques personnes ou organisations. Sauf que le marché n'appartient à personne, tout le monde y contribue, tout le monde est plus libre. Dans le second cas, les individus sont assujettis au pouvoir de quelques uns. Pour Hayek, ardent défenseur de la liberté telle qu'il l'entend, le choix est bien sûr immédiatement fait : mieux vaut la première possibilité. Hayek ajoute que puisqu'il n'y a que ces deux alternatives, celui qui tendrait à réaliser la seconde ferait progressivement disparaître la première, qui est la seule qui trouve grâce à ses yeux.

 

Il n'y a que deux possibilités, soit un système dirigé par la discipline impersonnelle du marché, soit un autre dirigé par la volonté de quelques individus ; et ceux qui s'acharnent à détruire le premier contribuent, sciemment ou inconsciemment, à créer le second.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 13

 

A supposer qu'il y a vraiment eu un stade d'homme économique, ce que Hayek dément, ce serait la fin de l'homme économique. Mais pour Hayek, l'économie est indispensable à la liberté de chacun.

 

La "fin de l'homme économique" semble devoir devenir un des mythes dominants de notre époque

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 14

 

Certes, l'homme est soumis aux forces du marché. Mais ces forces sont impersonnelles. C'est-à-dire qu'elles ne sont pas incarnées, ce n'est pas une personne qui contrôle les autres. Ce sont des mécanismes que seul un homme omniscient, que seul un Dieu pourrait comprendre largement. Il vaut mieux cela qu'autre chose, à savoir que quelques individus contrôlent le comportement des autres, après quoi il n'y aurait plus de liberté. Hayek fait l'éloge de ces forces impersonnelles, qui ont permis à la civilisation d'être celle qu'elle est aujourd'hui, et d'avoir si bien progressé. Car pour Hayek il y a bien un progrès, c'est pourquoi il n'est pas conservateur : au contraire, les forces du marché sont mobiles et se déplacent, s'adaptent aux hommes, changent.

 

C'est la soumission de l'homme aux forces impersonnelles du marché qui, dans le passé, a rendu possible le développement d'une civilisation qui sans cela n'aurait pu se développer

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 14

 

Point très intéressant, Hayek admet des exceptions. La guerre par exemple peut justifier qu'on impose un but unique. Il faut rappeler que cet ouvrage est paru en 1944.

 

la liberté individuelle est incompatible avec la suprématie d'un but unique auquel toute la société est surbordonnée en permanence. La seule exception à cette règle est constituée par la guerre ou par d'autres désastres temporaires

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 14

 

Hayek fait la liste des vertus essentielles à l'individualisme, celles qui le caractérisent. Ces vertus sont pour Hayek celles qui ont le moins la côte dans la société de l'époque - et toujours aujourd'hui.

 

Il est vrai que les vertus les moins appréciées et les moins pratiques actuellement, - l'indépendance, la confiance en soi, le goût du risque, l'aptitude à défendre ses opinions contre la majorité, la disposition à aider son prochain - sont celles sur lesquelles repose essentiellement la société individualiste.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 14

 

Dans le projet idéaliste de Hayek, on trouve un cadre international à l'économie et aux hommes. Ce cadre n'est autre qu'un Etat, fédéraliste. Mais un Etat minimal qui doit garantir les libertés individuelles, telles qu'il les a décrites tout au long de l'ouvrage.

 

Une autorité internationale peut contribuer énormément à la prospérité économique si elle se contente de maintenir l'ordre et de créer des conditions dans lesquelles les peuples puissent se développer eux-mêmes.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 15

 

Contre l'autorité politique, qu'il appelle de ses vœux, Hayek voit en une autorité économique un cadre contre-productif, néfaste pour le monde. Cette autorité économique ne servirait pas les libertés individuelles.

 

une autorité économique internationale, ne détenant aucun pouvoir politique et même strictement limitée à un domaine déterminé, peut facilement exercer le pouvoir le plus tyrannique et le plus irresponsable.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 15

 

Dans cette dernière citation, Hayek insiste encore sur les bienfaits d'une fédération, seul système qui trouve grâce à ses yeux à l'échelle internationale. Dans sa logique de décentralisation, grâce à la concurrence et pour plus de libertés individuelles, la fédération est le seul système qui puisse servir les humains.

 

La fédération est l'application de la méthode démocratique aux affaires internationales, la seule méthode de transformation pacifique que l'homme ait inventée.

Friedrich Hayek, La route de la servitude, Chapitre 15

 

 


Sénèque sur le bonheur de méditer et l'importance de la liberté, toujours d'actualité

Rédigé par  Intégrer Sciences Po   1 commentaire   Mis à jour le  14/09/2016

>> Sénèque sur le bonheur de méditer, et sur la liberté

Sénèque (4 av. J.-C. - 65 ap. J.-C.), conseiller sous Caligula, précepteur de Néron, est un des plus grands représentants du courant stoïciste. Dans une de ses lettres à Lucilius, dont voici ci-dessous l'extrait, Sénèque présente ces positions stoïcistes : il évoque d'abord le bonheur de prendre du temps pour méditer, sans être interrompu. Il livre ensuite l'objet de sa réflexion : pour lui, la liberté ne saurait ni se vendre ni s'acheter, se libérer ne peut venir que de soi-même. Il faut d'abord se débarasser de la crainte de mourir, puis de celle de tomber dans la pauvreté. En effet, il constate que les pauvres sourient plus facilement, et de manière plus franche : ils ont moins de soucis, et ceux-ci passent plus vite. Au contraire des riches, qui apparaissent souriant en public, de manière hypocrite, car la tristesse est davantage présente au fond d'eux.

 

Sénèque

 

>> Texte original de Sénèque

 

Le bonheur de méditer – Sénèque


Sénèque salue son cher Lucilius,
Aujourd'hui je dispose de mon temps moins grâce à moi-même que grâce à un spectacle qui a écarté d'ici tous les gêneurs en les menant à un match de ballon.
Personne ne fera irruption chez moi ; personne ne mettra d'entrave à ma pensée qui, grâce à cette assurance, chemine plus hardiment.
La porte d'entrée ne grincera pas à chaque instant, la tenture ne se soulèvera pas. [...]
Serait-ce donc que je ne suis pas les anciens ? je le fais mais je me permets de trouver du nouveau, de modifier et d'abandonner quelques points, je n'en suis pas esclave mais je plie à leur avis. Mais j'en ai trop dit moi qui me promettais le silence et une retraite sans irruption : voici qu'une immense clameur arrive du stade et pourtant elle ne m'expulse pas de moi-même mais me porte à une méditation de ce spectacle lui-même. Je médite en moi-même combien de gens exercent leur corps, combien par leur esprit quelle grande foule il y a à un spectacle sans valeur durable et ludique et à quel point est importante la solitude qui écrase tous les hommes dont même nos esclaves de la plus basse condition et nés dans cette misère s'efforcent de se dégager par tous les moyens. Leur pécule qu'ils ont amassé au détriment de leur ventre, ils le donnent en paiement pour racheter leur tête : et toi tu ne souhaiteras pas parvenir à la liberté à tout prix toi qui penses que tu es né libre ? Pourquoi regardes-tu ton coffre-fort ? elle ne peut pas s'acheter. C'est pourquoi, ce nom de liberté est inscrit vainement sur les registres, ceux qui l'ont achetée ne la possèdent point ni ceux qui l'ont vendue, il n'y a que toi pour te donner ce bien, c'est à toi qu'il te faut le demander.
Libère-toi d'abord de la crainte de la mort, elle nous impose son joug ; ensuite de la crainte de la pauvreté. Si tu veux savoir à quel point elle n'implique aucun mal, compare la figure que font les pauvres et les riches : le pauvre sourit plus souvent et plus franchement ; il n'y a pas d'inquiétude au fond de lui ; même s'il tombe dans quelque souci, celui-ci passe comme un léger nuage, chez ceux que l'on appelle des gens heureux, la gaieté est feinte, mais la tristesse et présente et suppure en eux, d'autant plus pesante certes qu'ils n'ont parfois pas le droit de se montrer malheureux publiquement, mais qu'au milieu des ennuis qui dévorent leur cœur il faut qu'il joue le rôle d'un homme heureux.

 

Sénèque, Lettres à Lucilius, livre IX, lettre 80

 

>> Actualiser la pensée de Sénèque

C'est bien connu, le monde va de plus en plus vite, les gens sont de plus en plus pressés. Il en est ainsi des transports - rien qu'au XIXe siècle les chemins de fer, des navires à vapeur, du télégraphe multipliaient les vitesses. Il pourrait en être aussi de la vie : chacun vit la montre au poignet, il s'agit de ne pas perdre une minute, toujours occupé.

Pourtant, un des plus grands biens nous enseigne Sénèque, est la méditation. Prendre du temps, en retrait du monde, hors de l'agitation, pour réfléchir.

Aussi Blaise Pascal constatait dans ses Pensées, 139 : "Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos, dans une chambre."

Cette attitude, loin d'être une perte de temps, ne serait-elle pas même le seul moyen pour aller plus vite ? En effet, elle nous apprend la valeur véritable du temps, se consacrer aux priorités, à ce qu'il y a de plus important. En terme de rendement, dans une existence humain, Sénèque et Pascal avaient probablement trouvé la plus efficace des activités.


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