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Kafka

Le rejet familial (La Métamorphose - Kafka)

Rédigé par  Intégrer Sciences Po   Aucun commentaire   Mis à jour le  18/07/2016

Il y a quelques temps, l'équipe Intégrer Sciences Po vous proposait une réflexion sur la justice à partir du livre Le Procès de Kafka.

 

Kafka (1883-1924), écrivain originaire de Prague, traite de problématiques variées dans ses livres, mais s'attarde en particulier sur les liens familiaux. L'histoire personnelle de Kafka, pour le moins mouvementée, est sans doute intimement liée à ces préoccupations, présentes dans plusieurs de ses ouvrages, et en particulier dans La Métamorphose.

Nous vous proposons de découvrir cet ouvrage, qui se lit assez rapidement (il n'est pas très long), et qui est pourtant très riche de réflexions et d'enseignements.

 

L'histoire de La Métamorphose est à la fois simple et singulière : Gregor, qui vit chez ses parents avec sa soeur, se réveille un jour transformé en bête repoussante.

Comment sa famille réagit-elle à cette métamorphose soudaine et inattendue ? L'intérêt de l'ouvrage n'est pas de découvrir les raisons d'une telle transformation, mais réside dans les difficultés et les conséquences que soulèvent cette transformation. Les parents, qui ne reconnaissent plus leur fils, au fur et à mesure que le temps passe, seraient-ils prêts à renier leur enfant, qui s'est déshumanisé, qui ne leur appartient plus ? Ou le lien familial est-il suffisamment fort, le passé commun suffisamment épais, pour souder cette famille ?

 

Extrait du Chapitre II de La Métamorphose - Kafka :

"Un jour, il devait bien s'être écoulé un mois déjà depuis la métamorphose de Gregor, et sa soeur, tout de même, n'avait plus lieu d'être frappée d'étonnement à sa vue, elle entra un peu plus tôt que d'habitude et le trouva encore en train de regarder par la fenêtre, immobile et effectivement effrayant, dressé comme il l'était. Gregor n'eût point été surpris qu'elle n'entrât pas, puisque, placé comme il l'était, il l'empêchait d'ouvrir tout de suite la fenêtre ; mais, non contente de ne pas entrer, elle fit un bond en arrière et referma la porte ; quelqu'un d'étranger à l'affaire aurait pu penser que Gregor avait guetté sa soeur et avait voulu la mordre. Naturellement, il alla aussitôt se cacher sous le canapé, mais il dut attendre jusqu'à midi pour que sa soeur revienne, et elle lui parut beaucoup plus inquiète que d'habitude. Il comprit donc que sa vue lui était toujours insupportable et qu'elle ne pourrait que lui rester insupportable, et que sûrement il lui fallait faire un gros effort sur elle-même pour ne pas prendre la fuite au spectacle de la moindre partie de son corps dépassant du canapé. Afin de lui épargner même cela, il entreprit un jour, il lui fallut quatre heures de travail, de transporter sur son dos jusqu'au canapé le drap de son lit et de l'y disposer de façon à être désormais complètement dissimulé, au point que sa soeur, même en se penchant, ne pût pas le voir. Si elle avait estimé que ce drap n'était pas nécessaire, elle aurait pu l'enlever, car enfin il était suffisamment clair que ce n'était pas pour son plaisir que Gregor se claquemurait ainsi ; mais elle laissa le drap en place et Gregor crut même surprendre un regard de gratitude, tandis qu'un jour il soulevait prudemment un peu le drap avec sa tête pour voir comment sa soeur prenait ce changement d'installation.
 Pendant les quinze premiers jours, les parents ne purent se résoudre à entrer chez Gregor, et il les entendit souvent complimenter sa soeur du travail qu'elle faisait à présent, tandis que jusque-là ils lui manifestaient souvent leur irritation parce qu'à leurs yeux elle n'était pas bonne à grand-chose. Mais maintenant ils attendaient souvent tous les deux, le père et la mère, devant la chambre de Gregor, pendant que sa soeur y faisait le ménage et, dès qu'elle en sortait, il fallait qu'elle raconte avec précision dans quel état se trouvait la pièce, ce que Gregor avait mangé, de quelle façon il s'était comporté cette fois, et si peut-être on notait une légère amélioration. Au reste, la mère de Gregor voulut relativement vite venir le voir, mais le père et la soeur la retinrent, en usant tout d'abord d'arguments rationnels, que Gregor écouta fort attentivement et approuva sans réserve. Mais par la suite on dut la retenir de force et, quand il l'entendit crier "Mais laissez-moi donc voir Gregor, c'est mon fils, le malheureux ! Vous ne comprenez donc pas qu'il faut que je le voie ?" Gregor pensa alors que peut-être ce serait tout de même une bonne chose que sa mère vienne le voir, pas tous les jours, naturellement, mais peut-être une fois par semaine; car enfin elle comprenait tout beaucoup mieux que sa soeur, qui en dépit de tout son courage n'était après tout qu'une enfant et qui finalement ne s'était peut-être chargée d'une aussi rude tâche que par une irréflexion d'enfant.
"

 

Cette situation devient de plus en plus intenable, et se résume finalement par un choix moral cornélien :

 - Il faut qu'il disparaisse, s'écria la soeur, c'est le seul moyen, père.
Il faut juste essayer de te débarrasser de l'idée que c'est Gregor. Nous l'avons cru tellement longtemps, et c'est bien là qu'est notre véritable malheur. Mais comment est-ce que ça pourrait être Gregor ? Si c'était lui, il aurait depuis longtemps compris qu'à l'évidence des êtres humains ne sauraient vivre en compagnie d'une telle bête, et il serait parti de son plein gré.

 

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La critique de la justice par Kafka

Rédigé par  Intégrer Sciences Po   Aucun commentaire   Mis à jour le  12/04/2013

 

Le Procès est un livre publié en 1925 à titre posthume, écrit par Kafka.

 

=> Télécharger et lire gratuitement l'ebook Le Procès - Kafka.

 

I. L'absurdité de la justice

 

Le livre de Kafka est assurément complexe et subtil, et les auteurs qui ont tenté d'en saisir toute la pensée n'ont pas épuisé toute la portée de l'oeuvre.

 

Cependant, l'aspect le plus direct que révèle cet ouvrage est une critique du judiciaire, de la bureaucratie qui l'entoure, donnant finalement son nom au livre : Le Procès.

En effet, il est question dans ce récit d'un homme appelé "Joseph K." qui est accusé et convoqué devant la justice, pour un motif inconnu.

 

"Pourquoi serais-je donc arrêté ? Et de cette façon, pour comble ?

- Voilà donc que vous recommencez ! dit l'inspecteur en plongeant une tartine beurrée dans le petit pot de miel. Nous ne répondons pas à de pareilles questions."

Chapitre I, Le Procès - Kafka

 

Tout au long du livre, Joseph K. doit se défendre pour un procès dont il ne connaît pas la cause. En parlant de l'organisation judiciaire :

"Et maintenant le sens, messieurs, de cette grande organisation ? C'est de faire arrêter des innocents et de leur intenter des procès sans raison et, la plupart du temps aussi - comme dans mon cas - sans résultat."

Kafka

Chapitre III, Le Procès - Kafka

 

Mais avoir ce procès, sans même savoir pourquoi, serait déjà la reconnaissance d'une culpabilité.

"A te voir, on croirait presque [que tu veux vérifier] le proverbe : "Avoir un pareil procès c'est déjà l'avoir perdu." "

Chapitre VI, Le Procès - Kafka

 

II. La justice irresponsable et incompétente

 

Cette absurdité se double de passages sur la lourdeur de la bureaucratie. Par exemple lors de son premier interrogatoire,le juge d'instruction se trompe en parlant de l'accusé :

"Voyons donc, dit le juge d'instruction en tournant les feuilles du registre et en s'adressant à K. sur le ton d'une constatation ; vous êtes peintre en bâtiments ?

- Non, dit K., je suis le fondé de pouvoir d'une grande banque."

Chapitre III, Le Procès - Kafka

 

Les hommes de justice sont aussi représentés comme complétement désintéressés de leur fonction, irresponsables. Ainsi Joseph K. s'étonne lorsqu'il consulte les livres utilisés par le juge lors de son procès :

"K. n'en feuilleta pas davantage ; il se contenta d'ouvrir le second livre à la page du titre ; il s'agissait là d'un roman intitulé Tourments que Marguerite eut à souffrir de son mari.

"Voilà donc, dit K., les livres de loi que l'on étudie ici ! Voilà les gens par qui je dois être jugé !" "

Chapitre IV, Le Procès - Kafka

 

III. Le sens de la justice et la liberté

 

 

Le livre invite constamment à s'interroger sur le sens de la justice, à l'instar de l'abbé qui apparaît au chapitre IX :

"J'appartiens donc à la justice, dit l'abbé. Dès lors, que pourrais-je te vouloir ? La justice ne veut rien de toi. Elle te prend quand tu viens et te laisse quand tu t'en vas."

Chapitre IX, Le Procès - Kafka

 

Ainsi, tout en préparant le procès, Joseph K. est laissé en liberté ; mais cette liberté se révèle finalement comme une peine en elle-même.

"Et il devait travailler pour la banque ! Il regarda son bureau. Il fallait faire introduire des clients et discuteur maintenant avec eux ? Pendant que son procès continuait, pendant que là-haut, dans le grenier, les employés de la justice restaient penchés sur le dossier de ce procès, il lui fallait régler les affaires du service ? N'était-ce pas une espèce de supplice approuvé par le tribunal comme complément du procès ?"

Chapitre VII, Le Procès - Kafka

 




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