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Sénèque sur le bonheur de méditer et l'importance de la liberté, toujours d'actualité

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 14 septembre 2016

>> Sénèque sur le bonheur de méditer, et sur la liberté

Sénèque (4 av. J.-C. - 65 ap. J.-C.), conseiller sous Caligula, précepteur de Néron, est un des plus grands représentants du courant stoïciste. Dans une de ses lettres à Lucilius, dont voici ci-dessous l'extrait, Sénèque présente ces positions stoïcistes : il évoque d'abord le bonheur de prendre du temps pour méditer, sans être interrompu. Il livre ensuite l'objet de sa réflexion : pour lui, la liberté ne saurait ni se vendre ni s'acheter, se libérer ne peut venir que de soi-même. Il faut d'abord se débarasser de la crainte de mourir, puis de celle de tomber dans la pauvreté. En effet, il constate que les pauvres sourient plus facilement, et de manière plus franche : ils ont moins de soucis, et ceux-ci passent plus vite. Au contraire des riches, qui apparaissent souriant en public, de manière hypocrite, car la tristesse est davantage présente au fond d'eux.

 

Sénèque

 

>> Texte original de Sénèque

 

Le bonheur de méditer – Sénèque


Sénèque salue son cher Lucilius,
Aujourd'hui je dispose de mon temps moins grâce à moi-même que grâce à un spectacle qui a écarté d'ici tous les gêneurs en les menant à un match de ballon.
Personne ne fera irruption chez moi ; personne ne mettra d'entrave à ma pensée qui, grâce à cette assurance, chemine plus hardiment.
La porte d'entrée ne grincera pas à chaque instant, la tenture ne se soulèvera pas. [...]
Serait-ce donc que je ne suis pas les anciens ? je le fais mais je me permets de trouver du nouveau, de modifier et d'abandonner quelques points, je n'en suis pas esclave mais je plie à leur avis. Mais j'en ai trop dit moi qui me promettais le silence et une retraite sans irruption : voici qu'une immense clameur arrive du stade et pourtant elle ne m'expulse pas de moi-même mais me porte à une méditation de ce spectacle lui-même. Je médite en moi-même combien de gens exercent leur corps, combien par leur esprit quelle grande foule il y a à un spectacle sans valeur durable et ludique et à quel point est importante la solitude qui écrase tous les hommes dont même nos esclaves de la plus basse condition et nés dans cette misère s'efforcent de se dégager par tous les moyens. Leur pécule qu'ils ont amassé au détriment de leur ventre, ils le donnent en paiement pour racheter leur tête : et toi tu ne souhaiteras pas parvenir à la liberté à tout prix toi qui penses que tu es né libre ? Pourquoi regardes-tu ton coffre-fort ? elle ne peut pas s'acheter. C'est pourquoi, ce nom de liberté est inscrit vainement sur les registres, ceux qui l'ont achetée ne la possèdent point ni ceux qui l'ont vendue, il n'y a que toi pour te donner ce bien, c'est à toi qu'il te faut le demander.
Libère-toi d'abord de la crainte de la mort, elle nous impose son joug ; ensuite de la crainte de la pauvreté. Si tu veux savoir à quel point elle n'implique aucun mal, compare la figure que font les pauvres et les riches : le pauvre sourit plus souvent et plus franchement ; il n'y a pas d'inquiétude au fond de lui ; même s'il tombe dans quelque souci, celui-ci passe comme un léger nuage, chez ceux que l'on appelle des gens heureux, la gaieté est feinte, mais la tristesse et présente et suppure en eux, d'autant plus pesante certes qu'ils n'ont parfois pas le droit de se montrer malheureux publiquement, mais qu'au milieu des ennuis qui dévorent leur cœur il faut qu'il joue le rôle d'un homme heureux.

 

Sénèque, Lettres à Lucilius, livre IX, lettre 80

 

>> Actualiser la pensée de Sénèque

C'est bien connu, le monde va de plus en plus vite, les gens sont de plus en plus pressés. Il en est ainsi des transports - rien qu'au XIXe siècle les chemins de fer, des navires à vapeur, du télégraphe multipliaient les vitesses. Il pourrait en être aussi de la vie : chacun vit la montre au poignet, il s'agit de ne pas perdre une minute, toujours occupé.

Pourtant, un des plus grands biens nous enseigne Sénèque, est la méditation. Prendre du temps, en retrait du monde, hors de l'agitation, pour réfléchir.

Aussi Blaise Pascal constatait dans ses Pensées, 139 : "Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos, dans une chambre."

Cette attitude, loin d'être une perte de temps, ne serait-elle pas même le seul moyen pour aller plus vite ? En effet, elle nous apprend la valeur véritable du temps, se consacrer aux priorités, à ce qu'il y a de plus important. En terme de rendement, dans une existence humain, Sénèque et Pascal avaient probablement trouvé la plus efficace des activités.

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Horace : l'argent fait-il le bonheur ? Une question actuelle

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 30 avril 2016

>> Horace


Horace (-65 à -8. av. J-C), poète romain, ami de Virgile, il compose le Chant séculaire et écrit beaucoup de satires, lettres, et autres ouvrages.
Dans cet extrait, Horace dénonce le comportement de l'homme qui accumule richesse après richesse, et ne s'en sert jamais. Au contraire de la fourmi, qui travaille et utilise ensuite ces richesses, l'homme que décrit Horace garde précieusement son trésor sans y toucher. Quel intérêt alors à conserver un tel trésor, puisque l'on ne peut y toucher ? Peu importe la grandeur des richesses accumulées, elles ne te seront pas plus profitables qu'à moi, ajoute Horace.

 

>> Texte original de Horace : L'argent fait-il le bonheur ?


L'argent fait-il le bonheur ? - Horace

Ce cultivateur qui retourne la terre lourde avec sa dure charrue, cet aubergiste trompeur, les soldats et les marins, qui audacieux parcourent la mer entière, prétendent qu'ils supportent le labeur grâce à la pensée de se retirer une fois vieux dans des loisirs sûrs après avoir amassé de quoi vivre ; c'est ainsi que la minuscule fourmi capable d'un grand labeur (en effet, elle est à prendre en exemple) tire avec sa bouche tout ce qu'elle peut et l'ajoute au tas qu'elle construit, ne manquant ni d'expérience ni de prudence quant à l'avenir.
Or celle-ci dès que le verseau assombrit le retour de l'année ne rampe plus nulle part et profite avec sagesse de ce qu'elle a acquis auparavant, alors que toi, ni la brûlante châleur, ni l'hiver, ni le feu, ni la mer, ni le fer ne te détourne du profit, rien ne te fait obstacle, pourvu qu'il n'y ait pas un autre homme plus riche que toi.
À quoi sert-il qu'après avoir creusé la terre tu y enfouisses une énorme quantité d'argent et d'or en cachette avec crainte ?
« C'est que si l'on y touchait, il serait réduit à un tas de peu de valeur. »
Mais si cela ne se produit pas, quel charme a le tas que tu as constitué ? Ton aire aura beau avoir broyé cent mille boisseaux, ton ventre n'en absorbera pas pour autant plus que le mien.

 

>> Actualiser la pensée de Horace


La société a donné un mot à ce comportement : thésauriser. Thésauriser, c'est amasser, accumuler de l'argent sans le dépenser ou l'investir.
C'est grâce à ce trésor que les banques peuvent se permettre d'accorder des crédits, et même de rémunérer ceux qui thésaurisent. Ainsi, épargner de l'argent sur un compte, comme pour un livret A, permet d'amasser en contrepartie des intérêts. Quel avantage y trouvent les banques ? Cet argent mis au repos intéresse, car il apporte des fonds. A la lumière de l'enseignement d'Horace, il serait bon de s'interroger sur la multiplication de ces livrets, sur l'avidité de chacun à garder de l'argent par amour de cet argent, sans jamais l'utiliser.
En particulier, lorsqu'il s'agit de ne rechercher seulement qu'à être plus riche que l'autre : "pourvu qu'il n'y ait pas un autre homme plus riche que toi". Derrière la volonté d'acquérir sans cesse prime de salaire sur prime de salaire, ne se cacherait-il pas parfois le désir d'être seulement mieux rémunéré que l'autre ? Sans même parfois savoir quel emploi faire de cet argent.

 

 

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Culture générale : Les sondages et l'opinion publique

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 29 septembre 2014

>> La philosophie s'intéresse aux sondages et à l'opinon publique

 

Platon : critique l'opinion publique
-> danger de la versatilité, sujette à de trop brusques changements
-> danger de la superficialité 

Rousseau :
-> La volonté générale ne peut pas se tromper.

 

>> Débât actuel sur les sondages et l'opinion publique

 

En France, les sondages sont assurés par plusieurs instituts de sondage IFOP, CSA, SOFRES, INSEE... Ils sont commandés par les journaux, les politiques, les associations, le gouvernement
 

Gustave Le Bon dans Psychologie des foules :

-> Le suffrage universel est défaillant : il concerne le caractère sentimental des foules et non ses capacités de raisonnement
-> Un groupe de personnes éclairées ne serait pourtant pas la solution : il s'agirait quand même d'une foule, même plus dangereuse car elle serait une caste dominante plutôt qu’une foule hétérogène.
-> Au final, le résultat des votes est représentatif de « l’âme moyenne de [la] race [de chaque nation] »

 

Le sociologue Pierre Bourdieu critique les sondages :

Le sondage d'opinion est « un artefact pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l'état de l'opinion à un moment donné du temps est un système de forces, de tensions et qu'il n'est rien de plus inadéquat pour représenter l'état de l'opinion qu'un pourcentage »
(« L'opinion publique n'existe pas », 1972, Les Temps modernes)

 

« l'effet fondamental de l'enquête d'opinion [est de] constituer l'idée qu'il existe une opinion publique unanime, donc légitimer une politique et renforcer les rapports de force qui la fondent ou la rendent possible »
(« L'opinion publique n'existe pas », 1972, Les Temps modernes)

Le sociologue Alain Accardo le reprend :

Il parle d'« étiquette abusivement globalisante et homogénéisante sur une série limitée d'opinions individuelles artificiellement provoquées par leurs questions et de surcroît arbitrairement considérées comme interchangeables »
(Introduction à une sociologie critique, 2006)


Jean Baudrillard dénonce les sondages comme possible moyen de contrôle :

Dans La Société de consommation en 1970, il décrit comment les sondages sont exploités pour manipuler les clients : « L'effet général est soit par les moyens antérieurs à l'acte même de production (sondages, études de marché), soit postérieurs (publicité, marketing, conditionnement) d'"enlever à l'acheteur - chez qui il échappe à tout contrôle - le pouvoir de décision pour le transférer à l'entreprise, où il peut être manipulé »

 

Principaux instituts de sondage en France : IFOP, CSA, SOFRES, INSEE

IFOP : Institut français d'opinion publique, 1er institut de sondage créé en France
CSA : fondé en 1999
SOFRES : estimait pour l'ORTF dès les années 60 les résultats lors des élections (l'édition 2012 de Etat de l'Opinion est dirigée par Olivier Duhamel, Professeur des Universités à Sciences Po)
INSEE : orienté économie, comme le nom complet le précise : Institut national de la statistique et des études économiques

 

>> Citations

 

Citations anciennes et modernes sur les sondages et l'opinon publique

« Opinion publique : règne sans partage de la pensée temporaire induite par les émotions et consacrée par les médias » Romain Guilleaumes (Dictionnaire singulier)

« Le comptoir d'un café est le parlement du peuple. » Honoré de Balzac

« Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques. »  Benjamin Disraëli (1804-1881)

Citations contemporaines sur les sondages et l'opinon publique

« La statistique est la première des sciences inexactes. » Edmond et Jules de Goncourt

« Dans toute statistique, l’inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales.  » Alfred Sauvy

« Les sondages ne votent pas, ce sont les gens qui votent. » Hillary Clinton

« Faites attention, la statistique est toujours la troisième forme du mensonge.  » Jacques Chirac dans Le Nouvel Observateur, 1980

Citation bonus sur les sondages et l'opinion publique, à ne pas placer dans une copie ;)

« Les sondages, c'est comme la mini-jupe, ça fait rêver, mais ça cache l'essentiel. » Alexandre Sanguinetti 

« Par définition les sondages ne se trompent jamais, car ils n’ont pas vocation à prédire. » - Laurence Parisot, dans Les Echos, 2007

« Les sondages, c'est pour que les gens sachent ce qu'ils pensent. » - Coluche

 

>> Les sondages s'intéressent à la philosophie

Sondage IPSOS concernant le lien entre politique et philosophie, lors de l'élection opposant François Hollande à Nicolas Sarkozy : http://www.sondages-en-france.fr/sondages/Actualité/Philosophie

Pour un "Echantillon national représentatif de 969 individus âgés de 18 ans et plus." :
 

Les Français plus proches de Rousseau que de Hobbes

Classé dans : Actualités, Culture Générale - Mots clés : sondages, opinion, publique, culture, générale, philosophie, réflexion, citations, débât, Platon, Rousseau, Pierre Bourdieu, Jean Baudrillard, IFOP, CSA, SOFRES, INSEE, statistiques - aucun commentaire


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