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Les sectes grecques : Écoles, Académie et Lycée

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 10 octobre 2016

Comment étudier l'histoire de la philosophie ? Alors que récemment, cette étude se fait en y voyant les continuités, le développement, le cours, les historiens de la philosophie n'ont pas toujours été aussi assidus à rendre compte de ces évolutions, de ces enchaînements.

L'histoire de la philosophie s'est d'abord racontée de manière plus ponctuelle, plus ciblée : par l'étude des sectes. Qu'entend-on par secte ? Ce n'est décidément pas la même acceptation que nous lui reconnaissons aujourd'hui en parlant des sectes religieuses. Explications ici.

 

>> Sectes ou Écoles ?

 

La définition que donne le CNRTL du mot Secte vous éclairera mieux que nous ne le pouvons sur le lien entre École et Secte :

Ensemble de personnes qui se réclament d'un même maître et professent sa doctrine philosophique, religieuse ou politique, ses opinions

Par les mots"maître" et "doctrine", la relation entre secte et école est d'emblée établie. Et pour cause, voici maintenant la définition du mot École d'après le CNRTL :

Ensemble des disciples d'un maître.

P. ext. Doctrine, courant, système, prôné par un maître ou un ensemble de personnes.

 

Voici ce que dit Émile Bréhier à propos des écoles et comment ces sectes, - mots qu'il semble employer de manière quasiment synonyme - ont façonné les vues sur l'histoire de la philosophie de manière éparpillée, ponctuelle, et désordonnée :

 

Notre histoire de la philosophie est véritablement née à l’époque de la Renaissance, lorsque l’on découvrit en Occident les compilateurs de la fin de l’antiquité, Plutarque, dont les écrits renferment un traité Sur les opinions des philosophes, Sextus Empiricus, Stobée, les Stromates de Clément d’Alexandrie et surtout les Vies des Philosophes de Diogène Laërce qui rassemble en un inexprimable désordre des débris de toutes les œuvres antiques d’histoire de la philosophie depuis les travaux des disciples d’Aristote. Par ces auteurs s’ouvraient, sur la diversité des sectes antiques, sur la succession des chefs d’école et des écoles elles-mêmes, des perspectives qui avaient entièrement échappé à la pensée médiévale.

Histoire de la Philosophie - Émile Bréhier - Tome 1 - Antiquité et Moyen Âge - INTRODUCTION

 

Dans cet essaimage d'écoles, que vous pouvez plus facilement vous représenter en vous référant au tableau à la fin de cet article, deux écoles retiennent l'attention, parce qu'ils ont également formé deux mots célèbres du vocabulaire éducatif : l'Académie de Platon et le Lycée d'Aristote.

Si les écoles du stoïcisme et de l'épicurisme sont également deux exemples mémorables, nous nous attarderons ici sur ces deux sectes : l'Académie et le Lycée.

 

>> Zoom sur l'Académie de Platon

 

Dates de l'Académie :  environ 387 av. J.-C. à 86 av. J.-C.

Fondateur : Platon

L'Académie était avant tout le nom d'un terrain, situé dans les alentours d'Athènes. Il y avait au moins deux lieux d'enseignement différents :

  1. le gymnase (pour les débutants)
  2. le jardin (pour les initiés)

En ces endroits, Platon donnait des leçons philosophiques voire ésotériques, comme une célèbre leçon sur le Bien. Mais plus précisément, en quoi consistait l’enseignement de Platon ?

C’est ce qu’il est difficile de savoir, parce que la plupart de ses œuvres, destinées à un large public, n’en doivent pas être le reflet ; il faut en excepter pourtant ces sortes d’exercices logiques que sont la seconde partie du Parménide et les débuts du Théétète et du Sophiste ; si l’on fait attention que ces exercices sont destinés à éprouver la vigueur logique de l’étudiant, que, en outre, Platon considère l’influence de la parole vivante comme bien supérieure à celle de l’écrit (Phèdre), enfin que la parole, tel que l’entend un socratique, est moins exposé suivi que discussion, nous pouvons sans doute conclure que l’exposé doctrinal ne doit pas y avoir eu la place qu’il a prise chez Aristote.

Histoire de la Philosophie - Émile Bréhier - Tome 1 - CHAPITRE III : PLATON ET L’ACADÉMIE

 

L'Académie a donné lieu à un héritage très important. Toutefois, les désaccords quant à ce qu'il faut faire et retenir de la doctrine de Platon semblent avoir causé assez tôt sa perte :

 

L’Académie, après Platon, eut successivement pour chefs, Speusippe, le neveu du maître (348-339), Xénocrate (339-315), Polémon (315-269). (...) il n’existe pas à ce moment d’orthodoxie platonicienne, et c’est même l’occasion d’un vif reproche que les néo-platoniciens firent aux successeurs directs de Platon. Aussi le platonisme, miné par les divergences d’école, est ruiné par l’attaque des nouveaux dogmatismes en formation ; Aristote, les Stoïciens et Épicure s’accordent pour le combattre.

Histoire de la Philosophie - Émile Bréhier - Tome 1 - CHAPITRE III : PLATON ET L’ACADÉMIE

 

> Zoom sur le Lycée d'Aristote

 

Si Aristote a aussi été professeur pour l'Académie de Platon, il a également fondé sa propre école divergente, comme évoqué ci-dessus : le Lycée.

Dates du Lycée :  en 335 av. J.-C. jusqu'en 47 av. J.-C.

Fondateur : Aristote

 

Le Lycée est également appelé "école péripatéticienne", tout simplement car Aristote marchait en enseignant à ses élèves. Ce qui est bien le sens du mot péripatéticien : "qui aime se promener en discutant".

 

En quelles circonstances le Lycée a-t-il été créé ? Il est indispensable de revenir sur le contexte politique de l'époque pour éclaircir cette question.

 

Lorsqu’il retourna, en 335, dans Athènes où le parti national, réduit au silence après la déchéance politique de la cité, subsistait pourtant encore, ce métèque devait être connu comme partisan de la Macédoine. Il ne rentra pas à l’Académie, mais fonda au Lycée une nouvelle école, où il enseigna pendant treize ans. A la mort d’Alexandre (323), le parti national athénien que dirigeait encore Démosthènes l’obligea à quitter la ville ; il se retira à Chalcis, en Eubée, dans une propriété héritée de sa mère, où il mourut en 322, à 63 ans. (...) d’Aristote au contraire, il ne reste que d’infimes fragments des ouvrages écrits pour un public étendu ; ce que nous avons de lui, ce sont des cours qu’il rédigea soit pour l’enseignement au Lycée, soit peut-être pour des leçons qu’il fit sans doute à Assos, avant d’être précepteur d’Alexandre : notes rédigées par un professeur pour lui-même, sans aucune recherche de la perfection littéraire, parfois simples points de repère pour le développement oral, où ont pu même, quand ces recueils furent publiés après sa mort, se glisser des notes d’élèves.

Histoire de la Philosophie - Émile Bréhier - Tome 1 - CHAPITRE IV : ARISTOTE ET LE LYCÉE

 

Tout comme Platon enseignint en au moins deux endroits différents selon le niveau des étudiants, Aristote donnait deux types de leçons :

  1. Un cours « exotérique » l'après-midi (pour tous)
  2. Un cours « acroamatique » le matin (pour les inités).

 

>> Tableau des écoles grecques en métaphysique

 

Le site chrétien christus.fr a réalisé ce tableau des écoles grecques en lien avec leur étude sur la métaphysique.

Ce tableau a le mérite de vous montrer la diversité des "écoles" dénombrables dans l'histoire de la philosophie grecque.

 

 

-> Culture générale : l'École <-

 

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Culture générale : Les sondages et l'opinion publique

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 29 septembre 2014

>> La philosophie s'intéresse aux sondages et à l'opinon publique

 

Platon : critique l'opinion publique
-> danger de la versatilité, sujette à de trop brusques changements
-> danger de la superficialité 

Rousseau :
-> La volonté générale ne peut pas se tromper.

 

>> Débât actuel sur les sondages et l'opinion publique

 

En France, les sondages sont assurés par plusieurs instituts de sondage IFOP, CSA, SOFRES, INSEE... Ils sont commandés par les journaux, les politiques, les associations, le gouvernement
 

Gustave Le Bon dans Psychologie des foules :

-> Le suffrage universel est défaillant : il concerne le caractère sentimental des foules et non ses capacités de raisonnement
-> Un groupe de personnes éclairées ne serait pourtant pas la solution : il s'agirait quand même d'une foule, même plus dangereuse car elle serait une caste dominante plutôt qu’une foule hétérogène.
-> Au final, le résultat des votes est représentatif de « l’âme moyenne de [la] race [de chaque nation] »

 

Le sociologue Pierre Bourdieu critique les sondages :

Le sondage d'opinion est « un artefact pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l'état de l'opinion à un moment donné du temps est un système de forces, de tensions et qu'il n'est rien de plus inadéquat pour représenter l'état de l'opinion qu'un pourcentage »
(« L'opinion publique n'existe pas », 1972, Les Temps modernes)

 

« l'effet fondamental de l'enquête d'opinion [est de] constituer l'idée qu'il existe une opinion publique unanime, donc légitimer une politique et renforcer les rapports de force qui la fondent ou la rendent possible »
(« L'opinion publique n'existe pas », 1972, Les Temps modernes)

Le sociologue Alain Accardo le reprend :

Il parle d'« étiquette abusivement globalisante et homogénéisante sur une série limitée d'opinions individuelles artificiellement provoquées par leurs questions et de surcroît arbitrairement considérées comme interchangeables »
(Introduction à une sociologie critique, 2006)


Jean Baudrillard dénonce les sondages comme possible moyen de contrôle :

Dans La Société de consommation en 1970, il décrit comment les sondages sont exploités pour manipuler les clients : « L'effet général est soit par les moyens antérieurs à l'acte même de production (sondages, études de marché), soit postérieurs (publicité, marketing, conditionnement) d'"enlever à l'acheteur - chez qui il échappe à tout contrôle - le pouvoir de décision pour le transférer à l'entreprise, où il peut être manipulé »

 

Principaux instituts de sondage en France : IFOP, CSA, SOFRES, INSEE

IFOP : Institut français d'opinion publique, 1er institut de sondage créé en France
CSA : fondé en 1999
SOFRES : estimait pour l'ORTF dès les années 60 les résultats lors des élections (l'édition 2012 de Etat de l'Opinion est dirigée par Olivier Duhamel, Professeur des Universités à Sciences Po)
INSEE : orienté économie, comme le nom complet le précise : Institut national de la statistique et des études économiques

 

>> Citations

 

Citations anciennes et modernes sur les sondages et l'opinon publique

« Opinion publique : règne sans partage de la pensée temporaire induite par les émotions et consacrée par les médias » Romain Guilleaumes (Dictionnaire singulier)

« Le comptoir d'un café est le parlement du peuple. » Honoré de Balzac

« Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques. »  Benjamin Disraëli (1804-1881)

Citations contemporaines sur les sondages et l'opinon publique

« La statistique est la première des sciences inexactes. » Edmond et Jules de Goncourt

« Dans toute statistique, l’inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales.  » Alfred Sauvy

« Les sondages ne votent pas, ce sont les gens qui votent. » Hillary Clinton

« Faites attention, la statistique est toujours la troisième forme du mensonge.  » Jacques Chirac dans Le Nouvel Observateur, 1980

Citation bonus sur les sondages et l'opinion publique, à ne pas placer dans une copie ;)

« Les sondages, c'est comme la mini-jupe, ça fait rêver, mais ça cache l'essentiel. » Alexandre Sanguinetti 

« Par définition les sondages ne se trompent jamais, car ils n’ont pas vocation à prédire. » - Laurence Parisot, dans Les Echos, 2007

« Les sondages, c'est pour que les gens sachent ce qu'ils pensent. » - Coluche

 

>> Les sondages s'intéressent à la philosophie

Sondage IPSOS concernant le lien entre politique et philosophie, lors de l'élection opposant François Hollande à Nicolas Sarkozy : http://www.sondages-en-france.fr/sondages/Actualité/Philosophie

Pour un "Echantillon national représentatif de 969 individus âgés de 18 ans et plus." :
 

Les Français plus proches de Rousseau que de Hobbes

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Cultiver l'âme et le corps - Platon, Gorgias

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 11 avril 2014

Quels arts faut-il cultiver ? Comment cultive-t-on le corps ? Comment cultive-t-on l'âme ?

 

Platon fait dire à Socrate dans le Gorgias qu'il y a deux substances : l'âme et le corps. Et que ces deux substances doivent être cultivées.

 

Elles le sont en définissant plusieurs arts.

  • Pour l'âme, c'est la législation et la justice. (Il les réunit sous le nom de politique.)
  • Pour le corps, c'est la gymnastique et la médecine. (Il les réunit pour l'instant sous le nom de culture du corps.)

 

C'est en cultivant chacun de ces arts qu'un homme fait le bien.

Platon

 

 

-> Autres cours sur la Culture pour les IEP 2014.

 

 

SOCRATE

XIX. — Voyons maintenant si j’arriverai à t’expliquer plus clairement ce que

je veux dire. Je dis que, comme il y a deux substances, il y a deux arts. L’un se

rapporte à l’âme : je l’appelle politique. Pour l’autre, qui se rapporte au corps,

je ne peux pas lui trouver tout de suite un nom unique ; mais dans la culture

du corps, qui forme un seul tout, je distingue deux parties, la gymnastique et

la médecine. De même dans la politique je distingue la législation qui

correspond à la gymnastique et la justice qui correspond à la médecine.

Comme les arts de ces deux groupes se rapportent au même objet, ils ont

naturellement des rapports entre eux, la médecine avec la gymnastique, la

justice avec la législation, mais ils ont aussi des différences.

Il y a donc les quatre arts que j’ai dits, qui veillent au plus grand bien, les uns

du corps, les autres de l’âme. Or la flatterie, qui s’en est aperçue, non point

par une connaissance raisonnée, mais par conjecture, s’est divisée elle-même

en quatre, puis, se glissant sous chacun des arts, elle se fait passer pour celui

sous lequel elle s’est glissée. Elle n’a nul souci du bien et elle ne cesse

d’attirer la folie par l’appât du plaisir ; elle la trompe et obtient de la sorte une

grande considération. C’est ainsi que la cuisine s’est glissée sous la médecine

et feint de connaître les aliments les plus salutaires au corps, si bien que, si le

cuisinier et le médecin devaient disputer devant des enfants ou devant des

hommes aussi peu raisonnables que les enfants, à qui connaît le mieux, du

médecin ou du cuisinier, les aliments sains et les mauvais, le médecin n’aurait

qu’à mourir de faim. Voilà donc ce que j’appelle flatterie et je soutiens qu’une

telle pratique est laide, Polos, car c’est à toi que s’adresse mon affirmation,

parce que cette pratique vise à l’agréable et néglige le bien. J’ajoute que ce

n’est pas un art, mais une routine, parce qu’elle ne peut expliquer la véritable

nature des choses dont elle s’occupe ni dire la cause de chacune. Pour moi, je

ne donne pas le nom d’art à une chose dépourvue de raison. Si tu me contestes

ce point, je suis prêt à soutenir la discussion.

 

 

-> 4 Citations de Platon sur la justice (Livre Ier de la République)

 

=> Lire Gorgias - Platon en intégralité (ebook gratuit)

 

 

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