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Sujets & Correction Sciences Po Grenoble 2019

 

(Réflexion) Le secret : essentiel pour bien vivre ?

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 09 octobre 2018

Sans secret, il n'est point de relation possible.

Vous pouvez vous représenter le secret comme un lieu caché, ténébreux. Mais en sens inverse, s'il n'y avait pas de secret, tout serait pur. Cette pureté évoque le paradis, où plus rien n'a de secret pour personne, mais aussi le néant, qui est "pur", il n'est rien. Il n'y a rien à y trouver.

L'ennui extrême apparaît alors, si plus rien n'est secret, si tout est on ne peut plus clair.

Le secret, c'est ce qui rend curieux, qui rend intéressant. Si tout est su, si tout est clair, il n'y a plus de relation humaine possible, il n'y a plus d'état humain possible.

Si le paradis existe, alors nous serons heureux de ne plus vivre dans le secret, car l'ennui n'existera pas non plus. Si finalement ce paradis n'est que le néant, nous n'aurons pas plus d'ennui, mais vu de notre point de vue d'humain, tout sera extrêmement ennuyeux.

Ces deux hypothèses, par mise en abîme, sont exactement ce qui rend la vie intéressante ; car il y a un secret, ou un mystère, pour savoir ce qui se passe après la mort. Certes les autres secrets rendraient la vie humaine excitante, mais s'il n'y avait absolument plus aucun secret, plus aucune zone d'ombre, il n'y aurait plus aucune nécessité d'apprendre, plus de relation humaine, plus de découverte, etc.

Le secret semble donc essentiel pour vivre bien, d'un point de vue humain.

 

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Le moi secret

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 03 octobre 2018

Le moi reste un secret pour beaucoup d'entre nous, si ce n'est pour l'intégralité d'entre nous.

Certains des plus grands auteurs se sont essayé à découvrir leur moi, à explorer qui ils étaient.

Nous prendrons ici deux exemples : Saint-Augustin et Michel de Montaigne.

Tandis que Saint Augustin a pour but de montrer son moi à Dieu, afin de mieux le louer, Michel de Montaigne adresse ses Essais à ses parents et amis, pour que ceux-ci puissent mieux le comprendre et le connaître.

Dans les deux cas, les oeuvres ont finalement servi à l'humanité entière, et à de nombreux philosophes qui se sont inspirés de leurs mots. La profondeur des analyses et le style sont en effet remarquables.

Le moi est-il un mystère ou un secret ? Il est en tout cas davantage que le jardin secret, où nous gardons nos réflexions et nos souvenirs, car il est d'une complexité extraordinaire et nous-mêmes n'en connaissons pas tous les recoins.

Nous nous découvrons nous-mêmes au fur et à mesure des années, alors même que le moi évolue. Ainsi, cerner le moi semble être une tâche indéfinie, l'oeuvre de toute une vie. Toutefois, c'est dès maintenant qu'il nous faut nous regarder et essayer de nous comprendre en profondeur.

Saint-Augustin revient en priorité sur ses péchés (c'est-à-dire ses fautes, le mal qu'il a accompli). Les titres des parties du livre en sont la preuve : "Désordres de sa jeunesse", "Ses débauches à 16 ans", "Vices de son éducation", "Ce qu'il avait aimé dans le larcin", etc.

Mais ce n'est que pour mieux se rapprocher de Dieu.

 
Je veux rappeler mes impuretés passées, et les charnelles corruptions de mon âme, non que je les aime, mais afin de vous aimer, mon Dieu.
c’est par amour de votre amour que je reviens sur mes voies infâmes dans l’amertume de mon souvenir, pour savourer votre douceur, ô Délices véritables, béatitude et Sécurité de délices, qui recueillez en vous toutes les puissances de mon être dispersées en mille vanités loin de vous, mon centre unique car je brûlais, dès mon adolescence, de me rassasier de basses voluptés; et je n’eus pas honte de prodiguer la sève de ma vie à d’innombrables et ténébreuses amours, et ma beauté s’est flétrie, et je n’étais plus que pourriture à vos yeux, alors que je me plaisais à moi-même et désirais plaire aux yeux des hommes.

Les Confessions, Saint-Augustin

 

Michel de Montaigne est soi-même "la matière de [son] livre".

Pour Michel de Montaigne, reprenant Cicéron :

« CICERON dit que Philosopher ce n'est autre chose que s'aprester à la mort », philosopher c'est "apprendre à mourir".

Mieux se connaître, c'est apprendre à connaître notre fin. A nous préparer à la fin de notre moi.

La mort demeurant un mystère, c'est une quête qui semble encore une fois infinie, du moins jusqu'à ce que l'heure de la mort arrive elle-même.

Montaigne trouve dans la peinture du moi "C'est moi que je peins" une façon de philosopher et de mieux appréhender la mort, et par là même la vie. Le moi reste secret, et sa tâche est de dévoiler au plus ce secret.

 

« Au Lecteur

C'EST icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dés l'entree, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privee : je n'y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ay voüé à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayans perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traicts de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautez empruntees. Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans estude et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté parmy ces nations qu'on dit vivre encore souz la douce liberté des premieres loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse tres-volontiers peint tout entier, Et tout nud. Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. A Dieu donq.
 
De Montaigne, ce 12 de juin 1580. »

Au lecteur, Les Essais I, Michel de Montaigne

 

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Le mystère et le secret

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 02 octobre 2018

 

>> Définition du Mystère :

 

Ce qui ne peut être expliqué par l'esprit humain dans la nature, ou dans les destinées humaines; ce qui est inconnaissable.

Mais attention, il peut dans un sens plus philosophique et plus nuancé, désigner ce qui est difficile à comprendre mais qui n'est pas totalement inconnaissable :

Ce qui est difficile à comprendre, à expliquer, mais qui n'est pas absolument impénétrable

 

Dans le sens religieux, il est tantôt ce qui est inexplicable par la raison (religion chrétienne), tantôt ce qui est compréhensible mais expliqué seulement aux initiés (religion romaine antique).

 

Jankélévitch parle de l'impalpable saint des saints de notre destinée.

 

>> Quels sont les différents mystères de notre monde ?

 

Le mystère est le plus effrayant est sans doute celui de la mort. Ionesco dans Le Roi se meurt énonce : "Tout le monde est le premier à mourir".

Mais on peut parler de mystères pour des sujets plus agréables à penser, tels que l'amour et le charme.

Enfin, certains arts appartiennent à la catégorie du mystère, comme la poésie et la musique.

Toujours Jankélévitch : "Le mystère est la chose de la musique, parce que c'est un mystère de transparence sans profondeur, un mystère ineffable et diaphane sur lequel il n'y a presque rien à dire".

Toutefois, gageons qu'à mesure que la science et les études sur le cerveau avancent, (ce dernier étant un des mystères de la science, non impossible à comprendre, mais difficile), l'impression que font sur nous ces arts sera de plus en plus cernées.

 

>> Secret et mystère

 

La différence entre le secret et le mystère, est que le mystère semble être ce qu'on n'éclaircira jamais. Le secret, comme le secret d'un coffre fort, le mot de passe d'un site internet, est quelque chose que l'on peut percer, que quelqu'un connaît et qui peut être communiqué. Le mystère pour tous est insondable.

Jankélévitch dans Debussy et le mystère de l'instant, "Il y a le mystère et il y a le secret".

Le secret est construit, il est le résultat de barrières et de devinettes, d'un nuage obscur qui peut être éclairci. Le mystère est un même nuage épais et ténébreux qui demeure, il n'est pas une construction faite de devinettes, il n'a pas vocation à être découvert (au premier sens de mystère, celui qui est insondable quoi qu'il arrive).

 

-> Citations sur le Secret

 

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Le Secret - Les Anges et la Grâce - St Thomas d'Aquin

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 03 septembre 2018

Le secret est particulièrement présent dans les religions.

On y parle plutôt du mystère.

Cette réflexion sur "qu'est-ce que les anges savent vraiment ? Connaissent-ils tous les secrets et tous les mystères de Dieu ?" est l'occasion de percer dans cette bulle religieuse pour mieux comprendre le rôle qu'y joue le secret.

Le secret est ainsi par son caractère religieux un fondement de nos sociétés et du politique, de même que de la philosophie humaine.

 

Nous avons marqué en gras les passages importants.

 

Article 5 — Les anges connaissent-ils tous les mystères de la grâce ?

 

Objections :

1. Il semble que les anges connaissent les mystères de la grâce. Car, entre les mystères, le plus éminent est celui de l’Incarnation. Or les anges l’ont connu dès le commencement. S. Augustin dit en effet : “ Ce mystère a été caché en Dieu pendant tous les siècles, mais non sans être connu des principautés et des puissances célestes. ” S. Paul dit aussi (1 Tm 3, 16) : “ Ce grand mystère de la piété est apparu aux anges. ” Les anges connaissent donc les mystères de la grâce.

2. Les raisons de tous les mystères de la grâce sont contenues dans la sagesse divine. Or, les anges voient la sagesse même de Dieu, qui est son essence. Ils connaissent donc les mystères de la grâce.

3. Denys dit que les prophètes sont instruits par les anges. Or, les prophètes ont connu les mystères de la grâce, car il est dit dans Amos (3, 7) : “ Le Seigneur ne fait rien sans en révéler le secret à ses serviteurs les prophètes. ” Les anges connaissent donc les mystères de la grâce.



En sens contraire, nul n’apprend ce qu’il connaît déjà. Or les anges, même les plus élevés, cherchent à connaître les mystères de la grâce et les apprennent. Denys dit en effet que l’Écriture nous montre “ quelques-unes de ces essences célestes interrogeant Jésus lui-même et apprenant de lui ce qu’il a fait pour nous, et Jésus les enseignant sans intermédiaire ”, comme on le voit dans Isaïe (63, 1), où les anges demandent : “ Qui est donc celui-ci, qui vient d’Edom ? ” et où Jésus leur répond : “ Moi, qui annonce la justice. ” Les anges ne connaissent donc pas les mystères de la grâce.

Réponse :

Il y a chez les anges deux sortes de connaissances : D’abord, une connaissance naturelle, selon laquelle ils connaissent les choses soit par leur essence, soit par des espèces innées. Les anges ne peuvent connaître de cette manière les mystères de la grâce. Ces mystères dépendent de la pure volonté de Dieu, et si un ange ne peut connaître les pensées d’un autre ange quand elles dépendent de sa volonté, il peut encore moins connaître ce qui dépend de la seule volonté divine. C’est le raisonnement que tient S. Paul (1 Co 2, 11) : “ Ce qu’il y a dans l’homme, nul ne le connaît, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ; de même ce qui est en Dieu, nul ne le connaît, sinon l’Esprit de Dieu. ”

L’autre connaissance des anges est celle qui les rend bienheureux, et par laquelle ils voient le Verbe et les choses dans le Verbe. Cette vision leur fait connaître les mystères de la grâce, non dans leur totalité ni à tous également, mais selon qu’il a plu à Dieu de les leur révéler, comme le dit l’Apôtre (1 Co 2, 10) : “ Dieu nous a révélé ces choses par son Esprit. ” Ainsi cependant, les anges supérieurs, qui contemplent d’un regard plus pénétrant la sagesse divine, connaissent dans la vision même de Dieu des mystères plus nombreux et plus profonds, qu’ils manifestent aux anges inférieurs en les illuminant. Et même parmi les mystères, il en est qu’ils ont connus dès leur création, et d’autres dont ils ne sont instruits que dans la suite, selon les exigences de leur mission.

Solutions :

1. On peut parler du mystère de l’Incarnation de deux façons. En un sens général, il a été révélé à tous les anges dès le principe de leur béatitude ; car ce mystère est le principe général auquel tous leurs offices sont ordonnés, comme le dit S. Paul (He 1, 14) : “ Tous sont des esprits en service, envoyés comme serviteurs pour le bien de ceux qui doivent recevoir l’héritage du salut. ” Or, ce salut s’opère par le mystère de l’Incarnation : il fallait donc que tous les anges en fussent instruits d’une manière générale dès le début.

Nous pouvons aussi considérer les conditions spéciales de la réalisation des mystères. En ce sens, il n’est pas vrai que tous les anges aient été instruits de tout dès le début ; et même les anges supérieurs ont par la suite appris certaines choses à ce sujet, comme en fait foi le passage de Denys que nous avons cité.

2. Bien que les anges bienheureux contemplent la sagesse divine, ils ne la comprennent pas totalement. Il n’est donc pas nécessaire qu’ils connaissent tout ce qui s’y cache.

3. Tout ce que les prophètes ont connu par révélation divine du mystère de la grâce a été révélé de façon bien plus excellente encore aux anges. Mais, quoique Dieu ait révélé d’une manière générale aux prophètes ce qu’il devait accomplir pour le salut du genre humain, les Apôtres ont connu à ce sujet des précisions que les prophètes n’avaient pas connues. C’est ce que dit S. Paul aux Éphésiens (3, 4) : “ En me lisant, vous pouvez voir l’intelligence que j’ai du mystère du Christ, qui n’a pas été dévoilé aux autres générations aussi clairement qu’il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres. ” D’ailleurs, même parmi les prophètes, les derniers ont connu des choses qui n’avaient pas été connues des premiers selon cette parole du Psaume (119, 100) : “ J’ai plus d’intelligence que les vieillards. ” Et S. Grégoire dit que la connaissance des choses divines a progressé à travers les siècles.

 

St Thomas d'Aquin prend surtout pour expliquer les mystères de Dieu un mystère particulier, peut-être le plus grand : celui de l'incarnation. C'est Dieu qui se fait homme, Dieu qui prend chair, en la personne de Jésus. Cela éclairci, revenons au secret.

St Thomas d'Aquin rejoint une thèse progressiste à la toute fin en accord avec St Grégoire : l'humanité progresse, en ce qu'elle connait de mieux en mieux les mystères de Dieu. Un exemple très simple est justement celui de l'ouvrage de St Thomas d'Aquin, qui fait progresser la connaissance des choses divines par son esprit de raisonnement et grâce aux paroles des pères de l'Eglise.

Le secret est ainsi voué à se réduire, il est de plus en plus éclairci.

 

-> Citations sur le Secret

 

 

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