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Résumé de Multiculturalisme, Charles Taylor

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 08 février 2019

Le multiculturalisme est une notion de plus en plus importance dans les sociétés actuelles. L'auteur Charles Taylor lui consacre un ouvrage intitulé "Multiculturalisme. Différence et démocratie" dont voici un résumé.




Résumé du livre Multiculturalisme par Charles Taylor



Charles Taylor, né en 1931, coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles en 2007, a consacré tout un essai sur le thème du multiculturalisme.


Charles Taylor part tout d'abord du constat que les mouvements politiques se servent du besoin de reconnaissance des hommes.

Or d'après Charles Taylor, reconnaissance et identité sont liés.

Le discours de reconnaissance a été rendu familier aux hommes de deux façons :


1) Dans la sphère privée. Dans la sphère privée, l'identité et le moi se constituent grâce au dialogue, grâce aux interactions avec les autres qui nous importent.
2) Dans la sphère publique. La reconnaissance égalitaire au fur et à mesure de l'histoire de la société a pris un rôle de plus en plus important.

 

I. Deux politiques face au multiculturalisme

 

A. Deux politiques fondées sur un même principe : le respect égal.

 


Dans ce deuxième cas de la sphère publique, étudié par Charles Taylor, deux mouvements semblent se dégager :


1. La société actuelle a prôné la valeur d'égalité entre les citoyens, une égale dignité entre eux.
2. Au contraire, le développement de la perception de l'identité a renforcé les singularités, a encouragé la différence : "Tout le monde devrait être reconnu en fonction de son identité unique."

S'est ainsi mise en place une politique de la différence. Cette politique de la différence "dénonce toutes les discriminations et refuse toute citoyenneté de seconde classe."

 

Charles Taylor
Charles Taylor a consacré un de ses essais
au thème du multiculturalisme,
de la différence dans la démocratie.


- La politique de la dignité égalitaire a pour fondement l'idée que l'intégralité des êtres humains sont dignes de respect. Pour Kant, parmi les premiers à avoir défini cette dignité, les hommes étaient dignes en vertu de leur rationnalité et de leur capacité à diriger leur vie selon des principes.
C'est cette idée qui a été retenue, et qui fonde la vision actuelle de la dignité égalitaire : tout homme ayant un "potentiel humain universel", chacun mérite du respect.


- La politique de la différence a en partie les mêmes fondements. Le potentiel universel sert alors à former et "définir sa propre identité en tant qu'individu et en tant que culture". 


 

B. Contradiction entre les deux politiques

 

 


Or ces deux politiques, fondées toutes deux sur un même principe de respect égal, entrent en contradiction.


La première politique implique que tout le monde soit traité "en étant aveugles aux différences".
La seconde politique implique de "reconnaître et même favoriser la particularité".


La première politique reproche à la seconde de "violer le principe de non-discrimination".
La seconde politique reproche à la première de "nier toute identité en imposant aux gens un moule homogène qui ne leur est pas adapté".

La politique d'égale dignité a été portée principalement par les idées de deux auteurs : Rousseau d'une part, et Kant d'autre part.

 

II. Toutes les cultures ont-elles la même valeur ?

 

A. Des sociétés de plus en plus multiculturelles

 



Charles Taylor constate que les sociétés actuelles deviennent de plus en plus multiculturelles. Elles "se tournent vers le multiculturalisme".

La thèse de Charles Taylor est que le libéralisme n'est pas totalement neutre en ce qui concerne la culture. En effet selon lui, "le libéralisme ne peut ni ne doit revendiquer une neutralité culturelle complète".


Emerge pourtant un paradoxe : bien que les sociétés soient de plus en plus multiculturelles, elles sont dans le même temps de plus en plus perméables, c'est-à-dire qu'elles sont davantage ouvertes à des migrations multinationales.


Il ne s'agit en fait pas d'une contradiction, mais ces deux tendances vont ensembles. La seule difficulté réside dans le fait que certains sont à la fois citoyens du pays, et appartiennent également à la même culture qui remet en question "le territoire philosophique" de ce même pays.

Ainsi, le débât actuel concerne la supériorité d'une culture sur une autre culture.

Historiquement, les sociétés occidentales sont critiquées pour avoir tenté d'imposer une culture au temps des colonies. Mais aussi pour leur politique actuelle de mise à l'écart des minorités culturelles, qui apparaît comme du mépris.


La question posée n'est plus seulement : est-ce qu'il est bon, est-ce qu'il est légitime, de laisser  les autres cultures survivre ? L'enjeu retenu dan la société actuelle est désormais plus grand : reconnaître "la valeur égale des différentes cultures". Il s'agit en effet de contribuer à la survivance des cultures : non seulement laisser survivre les autres cultures, mais aussi de reconnaître leur mérite.


Cette exigence de reconnaître les cultures, alors qu'elle était implicite avant, est dans les sociétés actuelles devenue explicite. Répandre l'idée que nous sommes formés par la reconnaissance a en effet permis à cette exigence de reconnaître le mérite des autres cultures de devenir explicite.


Ce raisonnement sous-entend que nous devons un égal respect à toutes les cultures. Charles Taylor soutient alors la thèse que cette présomption a une partie vraie, mais "qu'elle est nullement dépourvue de difficultés et qu'elle implique une sorte d'acte de foi".

En effet selon lui, toute culture peut apprendre à l'humanité, même si les cultures peuvent passer par des phases de décadence. Cela ne revient pas non plus à dire que toutes les formes d'art d'une culture sont d'égale valeur. Mais au moins, "toutes les cultures humaines qui ont animé des sociétés entières durant des périodes parfois considérables ont quelque chose d'important à dire à tous les êtres humains."

C'est cette pensée qui doit animer l'homme quand il étudie toute autre culture. 

 


Charles Taylor, Le multiculturalisme
Charles Taylor, Le multiculturalisme,
Flammarion, 21 octobre 2009

 

B. Toutes les cultures n'ont pas nécessairement une valeur égale

 



En revanche ce que refuse Charles Taylor, ce serait une obligation à conclure quoi qu'il arrive que telle culture a une valeur égale ou plus grande qu'une autre culture. Pour lui, cette démarche ne serait pas éthique, car ce jugement aurait été indépendant de la volonté, il aurait été posé a priori, sans que l'on puisse le modifier après étude. On ne peut exiger de considérer que toutes les cultures se valent.

Trois conséquences :


La première conséquence est de s'écarter dans une certaine mesure de ce que Charles Taylor appelle les théories "subjectivistes", dérivées de Nietzsche, Foucault, ou Derrida, qui énoncent que tout jugement de valeur n'est pas un libre choix de l'homme, mais qu'il est imposé par des structures de pouvoir.


La seconde conséquence est la nécessité de ne pas juger seulement avec nos vieux critères, propres et familiers, mais avec de nouveaux critères qui n'apparaissent qu'après avoir étudié les différentes cultures. En effet l'analyse de nouvelles cultures transforme nos propres critères de considération, qui nous permet d'échapper à l'ethnocentrisme (le fait d'être centré sur des considérations propres uniquement à notre éthnie).


La troisième conséquence est le refus d'un jugement favorable a priori, avant toute chose. C'est-à-dire qu'on ne doit pas penser qu'une autre forme de culture est forcément, nécessairement, bonne ou meilleure. Dans le cas contraire, ce serait un double faute : d'abord parce qu'une telle exigence serait "homogénéisante". Ensuite, parce que l'on ne peut juger seulement avec ses propres critères originaires, ce serait tomber dans l'ethnocentrisme déjà mentionné.

Ainsi, "sous cette forme, l'exigence de reconnaissance égale est inacceptable."


 

>> En conclusion de ce résumé sur le multiculturalisme

 



L'homme se sert donc de la présomption pour étudier les autres cultures. Cette présomption nécessite une ouverture aux différentes cultures, pour pouvoir modifier ses critères de jugement : "ce que la présomption requiert de nous n'est pas de trancher péremptoirement et de manière inauthentique sur l'égalité de valeur ; mais d'être ouverts à l'étude culturelle comparative, pour déplacer nos horizons vers des mélanges nouveaux".


Enfin, Charles Taylor se permet de conclure son essai par une exigence. Il s'agit d'un rappel à l'humilité de l'homme ; l'homme n'a pas encore atteint le point où il pourra juger parfaitement et de manière évidente de la valeur des cultures : "nous sommes très loin de cet ultime horizon du haut duquel la valeur relative des différentes cultures pourrait être évidente."



Vous pourrez lire avec intérêt les différents commentaires qu'ont écrit en réaction à cet essai Susan Wolf, Steven Rockefeller, ou encore Michael Walzer.


-> En 2014, le concours des IEP s'intéressait à la CULTURE. Les meilleurs articles sur la culture à consulter ici ! <-







 

Classé dans : Culture Générale - Mots clés : culture, IEP, multiculturalisme, résumé, Charles Taylor, multiculturalism, différence, démocratie, cultures, concours, explication, cours, fiche - 3 commentaires


Explications « Vive le Québec libre ! » - Charles de Gaulle

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 07 février 2019

Une explication de l'expression Vive le Québec libre, le discours de "Vive le Québec libre !", et enfin la traduction en anglais de ce même discours "Vive le Québec libre !".

-> 50 citations qui ont marqué l'histoire du XXe siècle

 

Vive le Québec libre
« Vive le Québec libre ! » - Charles de Gaulle

 

>> Explication Vive le Québec libre !

 

Cette formule, prononcée par Charles de Gaulle, a suscité la controverse.

En visite officielle au Canada en 1967, à Montréal, le président de la République française lâche cette phrase "Vive le Québec libre !"

Charles de Gaulle exprimait ainsi son soutien à la souveraineté du Québec, provoquant le désarroi du gouvernement du Canada.

 

>> Discours Vive le Québec libre !

 

C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville française de Montréal. Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue de tout mon cœur.

Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas. Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération.

Outre cela, j'ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent d'affranchissement vous accomplissez ici et c'est à Montréal qu'il faut que je le dise, parce que, s'il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c'est la vôtre. Je dis c'est la vôtre et je me permets d'ajouter c'est la nôtre.

Si vous saviez quelle confiance la France, réveillée après d'immenses épreuves, porte vers vous, si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada et si vous saviez à quel point elle se sent obligée à concourir à votre marche en avant, à votre progrès !

C'est pourquoi elle a conclu avec le Gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords, pour que les Français de part et d'autre de l'Atlantique travaillent ensemble à une même œuvre française.

Et, d'ailleurs, le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l'étonnement de tous et qui, un jour, j'en suis sûr, vous permettront d'aider la France.

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j'emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu'elle en vaudra mieux.

Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français, et vive la France !

Charles de Gaulle, haut du balcon de l'hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1967

 

>> Vive le Québec libre ! speech en anglais

 

It is an immense emotion that fills my heart seeing in front of me the French city of Montreal!
In the name of the old country, in the name of France, I salute you! I salute you with all my heart!
I will tell you a secret that you mustn't repeat. Here tonight, and all along my way, I have found myself in an atmosphere just like that of the Liberation! And all along my way, moreover, I have noticed what immense effort of progress, of development, and consequently of emancipation you are accomplishing here and it is in Montreal that I must say it, because, if there is in the world a city exemplary for its modern successes, it is yours! I say it is yours and I allow myself to add, it is ours!
If you knew what confidence France, arisen after immense ordeals, now feels towards you, if you knew what affection she begins to feel again for the French people of Canada and if you knew how much she feels obligated to contribute to your march forward, to your progress. That is why she has concluded with the Government of Quebec, with my friend Daniel Johnson Sr., agreements, so that the French from both sides of the Atlantic can work together on one same French undertaking. And, indeed, the assistance that France will lend here, a little more every day, she well knows that you will return it, because you are in the process of setting up for yourselves elites, factories, companies, laboratories, that will astonish everyone and that, one day, I'm sure, will allow you to help France.
This is what I have come to tell you tonight, adding that I will bring home from this incredible reunion of Montreal an unforgettable memory! The whole of France knows, sees, hears, what is happening here, and I may tell you that she shall be better from it!


Long live Montreal! Long live Quebec! Long live free Quebec! Long live French Canada! And long live France!

Charles de Gaulle, haut du balcon de l'hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1967

 

>> Vidéo Vive le Québec libre !

 

 

-> La France guidée par le général de Gaulle <-

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Résumé de Mai 68, pourquoi Mai 68, et slogans

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 29 janvier 2019

Mai 68 fut un des événements les plus importants de la Ve République. Pourquoi Mai 68 fut-il aussi déterminant dans l'évolution de la société ?

Ce résumé de Mai 68 vous permettra de mieux comprendre les enjeux de cette crise, grâce à l'étude successive des points suivants :

 

  • Pourquoi Mai 68 : résumé de la révolution étudiante
  •  Le prolongement par la crise des ouvriers - Résumé de Mai 68
  • La généralisation de la crise - Résumé Mai 68
  • Contre Mai 68, les forces de l'ordre et le gouvernement réagissent
  • Conséquences de Mai 68
  • Slogans de Mai 68

 

>> Pourquoi Mai 68 : résumé de la révolution étudiante

 

I. Les germes des événements de Mai 68

 

Les années 1960 sont tout d'abord marquées par une explosion universitaire. En 1967, ils sont plus de 500 000 étudiants, soit 2,5 fois plus qu'il y a 7 ans.

Le 2 mai, l'université de Nanterre est fermée. Les étudiants qui y protestaient décident donc de se retrouver à la Sorbonne.

Le 3 mai 1968, la cour de la Sorbonne est occupée par plus de 400 manifestants. L'évacuation de force des policiers, normalement interdite en milieu universitaire, provoque l'escalade.

Le Premier Ministre Pompidou est parti le 2 mai, et ne revient que le 11 mai. Il prend alors des mesures d'apaisement, décide la réouverture de la Sorbonne et la libération des manifestants enfermés. Mais désormais les étudiants demandent bien plus, et bien autre chose que ces simples mesures.

 

1. Mouvements et syndicats étudiants

 

L'UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) a perdu de importance entre 1960 et 1965. De 100 000 membres en 1960, ils ne sont plus que 30 000 à 50 000 membres en 1965. La proportion passe d'un étudiant sur 2 en 1960 à seulement un étudiant sur 10 en 1965. De plus, l'UNEF est privée de subvention publique en 1964.

L'Etat lui préfère la Fédération nationale des étudiants de France (FNEF), issue d'une scission avec l'UNEF en 1962, plus proche du gouvernement gaulliste.

L'UEC, Union des étudiants communistes, voudrait se soustraire de l'influence du Parti Communiste Français. (PCF)

De nombreux groupes, disparates, représentent d'autres mouvances, telles que l'extrême gauche, les trotskistes.

Le Mouvement du 22 mars trouve son origine dans l'occupation de la salle du conseil de la faculté pour protester contre l'arrestation de 5 ou 6 étudiants, après une manifestation organisée par le Comité Vietnam national, et parmi lesquels un étudiant appartenait aux JCR, Jeunesses communistes révolutionnaires.

Le Mouvement du 22 mars réunit ainsi plusieurs courants : la mouvance Jeunesses communistes révolutionnaires, les anarchistes libertaires, les pro-situationnistes*, des énervés et des inorganisés, ces derniers représentant la moitié des 142 occupants.

Il faut comprendre que la faculté de Nanterre, où commencent ces événements, est située en périphérie de Paris, où il n'y a aucun magasin ou quasi aucune activité : pas de cinéma, pas de restauration, etc. Le seul lieu où se retrouvent les étudiants est la cafétaria.

* L'internationale situationniste, IS : ce mouvement naît en 1957, après la critique des formes artistiques de l'époque. L'internationale situationniste gagne ensuite le champ politique, et remet en cause le capitalisme, la bureaucratie. Deux ouvrages majeurs, parus en 1967, marquent cette pensée : Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, de Raoul Vaneigem, et Société du spectacle de Guy Debord.

 

2. Les symboles révolutionnaires des années 60

 

A cette époque, c'est-à-dire au début des années 60, l'anticolonialisme marque les esprits, notamment des étudiants. Cet anticolonialisme se transforme en anti-impérialisme.

La guerre du Vietnam est l'occasion de protester contre cet impérialisme. C'est aussi l'époque de l'émergence de figures internationales, symboliques de l'engagement révolutionnaire  et de nouvelles idéologies : Hô Chi Minh, Fidel Castro, Che Guevara.

 

3. Le malaise des étudiants de l'époque

 

Le PCF et la CGT sont critiqués par trois mouvances : les groupes d'extrême gauche, les situationnistes, les maoïstes.

Le pamphlet De la misère en milieu étudiant, écrit en 1966, par des membres de l'Internationale situationniste joue un rôle dans l'agitation politique de ces années.

Les rapports hommes-femmes commencent à peine à devenir un enjeu politique, à devenir une question pour la société.

Selon l'expression de l'époque, un "malaise étudiant" s'installe. Il est aussi en partie dû à la réforme des universités. Les étudiants sont à cheval entre deux lois, deux systèmes universitaires : une loi jusqu'alors sélective, et une loi de démocratisation. C'est l'accès à l'université qui est en question.

Les adolescents de l'époque s'identifient dans de nouveaux modèles de jeunesse. L'émission Salut les copains, le film Pierrot le fou réalisé par Godard en sont des exemples.

 

II. L'éclatement de la crise étudiante

 

1. Les manifestations, la 1ère nuit des barricades

 

Au cours des mois de mai et juin 1968, près de 1100 manifestations ont lieu, en seulement 43 jours.

Les modalités de manifestations sont fortement variées selon les groupes, et selon les conditions géographiques.

La 1ère nuit des barricades est la nuit qui suit la manifestation du 10 mai. Cette manifestation avait été appelée par l'UNEF et le Mouvement du 22 mars.

Des barricades sont construites rue Gay-Lussac, mais sans avoir été commandée par les organisateurs de la manifestation. En fait, les cadres organisationnels ne maîtrisent pas les événements.

Ces derniers sont relayés par les médias, en particulier les voitures radio d'Europe 1 et RTL, contribuant à la dramatisation du conflit, et à en faire un enjeu national.

Les répressions contre ce mouvement ont lieu jusqu'à 5h30 du matin. Une solidarité se crée alors entre les manfiestants, l'opinion publique, et les syndicats ouvriers.

La radicalisation du mouvement semble porter ses fruits, puisque George Pompidou, premier ministre, cède aux 3 revendications des manifestants.

 

2. Les occupations et les comités d'action

 

Les occupations de locaux par les manifestants commencent le 11 mai 1968 au centre Censier. C'est au tour de la Sorbonne le 13 mai d'être occupée, lorsqu'elle est réouverte. A la Sorbonne, le comité d'occupation qui a pris le contrôle des lieux est l'objet de luttes d'influences, parmi les différents acteurs du mouvement.

Les comités d'action sont des groupes improvisés, par opposition à la bureaucratie. Ils sont particulièrement nombreux au cours de Mai 68. Les principes défendus sont parfois d'inspiration anarchiste ou marxiste. Leur combat est antiautoritaire, pour une démocratie directe, contre la hiérarchie et les institutions.

La question devant la multiplicité de ces comités d'action est celle de la coordination. Faut-il une coordination des comités d'action ? Le Mouvement d'Action Universitaire, MAU, qui fait partie des premiers comités d'action du "3 mai" est pour une coordination, qu'ils essaient de mettre en oeuvre dès le 5 mai. Le Mouvement du 22 mars y est quant à lui opposé. Il ne veut pas créer de nouveau une coordination par le haut.

Nous sommes tous des juifs et des allemands
Nous sommes tous des Juifs et des Allemands,
slogan de Mai 68 après la menace
d'expulser Cohn-Bendit du territoire
.
Cette affiche n'a pas été publiée par les Beaux-Arts,
trouvant une connotation raciste dans l'usage du mot juif.

 

3. Pourquoi les manifestations ?

 

Les revendications des manifestants concernent presque tous les domaines :

- Dénoncer la violence de l'Etat qui les réprimande

- Inventer une université critique et populaire

- essayer de joindre le mouvement ouvrier, les professionnels en grève, et les étudiants

- supprimer la bureaucratie et les systèmes hiérarchiques

- dénoncer les manoeuvres politiques et syndicales

- critiquer le capitalisme, la société de consommation et de spectacle, l'aliénation et l'exploitation

- libérer la créativité : c'est un thème déjà avant mai 68, avec les surréalistes, et qui trouve un prolongement dans la commission Culture et créativité du Mouvement du 22 mars.

- renouveler les formes d'éducation

- supprimer les cadres sociaux bourgeois

 

>> Le prolongement par la crise des ouvriers - Résumé de Mai 68

 

Il y eut en mai et juin 1968 plus de 7 millions de grévistes. Pourtant, ce qui est une des plus importantes manifestations du siècle n'a pas eu une place proportionnelle dans les mémoires.

 

I. La continuité par la révolution

 

1. Mouvement spontané ?

 

Face à la répression policière de la 1ère nuit des barricades du 10 au 11 mai, les ouvriers avancent la grève qu'ils avaient prévue au 13 mai. C'est un succès : 1 millions de grévistes sont revendiqués par les organisateurs (contre 200 000 pour la préfecture de police), la protestation gagne les milieux professionnels.

Le déclenchement de ces grèves a pu emprunté trois voies :

Soit la grève s'est faite à l'appel du syndicat, soit elle s'est faite spontanément mais en faveur des syndicats, cas gréquent, soit la grève a été spontanée mais aussi anti-syndicale, ce qui représente un cas mineur.

Les actions dont on se souvient sont celles des occupations d'usines. Pourtant ce phénomène n'est ni nouveau, ni majoritaire en mai 68.

 

2. Négocations de Grenelle

 

Les revendications furent aussi diverses qu'il y avait de sites de mobilisation. C'est pourquoi, pour traiter la question au niveau national, il fallut un travail de nationalisation de ces revendications.

La radicalisation de la crise a lieu le 22, lors de la reprise des manifestations par les étduaiants. Le 24 mai a lieu la 2e nuit des barricades. Le 25 mai, le Premier Ministre Pompidou ouvre les négociations au ministère des Affaires sociales, rue de Grenelle. Le choix du ministère n'est pas anodin, il s'agit de montrer que les enjeux sont sociaux et non politiques, et ainsi ne pas rappeler les manifestations de 1936.

Plusieurs mesures sont prises, comme le relèvement du SMIG de 35%, la hausse générale des salaires de 10%, en deux temps, et des mesures en faveur de la représentation générale. Cependant, les grévistes refusent ces conclusions lorsqu'elles leur sont présentées le 27 mai.

 

II. La pluralité des situations d'usine

 

1. Les particularités de chaque situation

 

Pour une part des grèves, il s'agissait en fait de profiter du mécontentement général, de la conjecture nationale, pour obtenir ce qu'ils n'avaient pu obtenir lors des précédents conflits. De fait, les situations locales sont relativement indépendantes les unes des autres.

Cette opposition entre le mouvement général et les particularités de chaque situation se retrouve aussi aux niveaux municipaux, départementaux, et même régionaux.

Les particularités se retrouvent même d'une usine à l'autre  au sein d'une même firme. L'usine Billancourt de Renault est un bon exemple en ce sens. Selon la région, les usines n'ont pas les mêmes revendications.

Cependant, en ce qui concerne les usines du secteur automobile, les manifestations suivent aussi le rythme de mai et juin 1968, elles sont au coeur en effet des stratégies des acteurs nationaux.

 

2. Les ouvriers se radicalisent

 

La radicalité ouvrière peut être découverte au prisme des grèves qui ont eu lieu dans les sites de Peugeot-Sochaux et Citroën-Javel.

Lors de la reprise des activités après la guerre, dans le cas de Peugeot-Sochaux, de nombreuses formes de violences et de brutalités sont recensées que ce soit contre les grévistes ou les non-grévistes.

Cependant dans ces usines une majorité de travailleurs n'a pas participé. Ils représentent pourtant une part importante des travailleurs, et par conséquent leur comportement est difficilement prévisible. C'est une population qui a suivi de loin les événements, liée à davantage d'autonomie dans leur profession et à une moindre "usinisation" selon l'expression de Bourdieu : les recrutements massifs opérés ont pour conséquence une moindre adhésion des recrutés.

Les nouveaux ouvriers, et les jeunes ouvriers fragilisent l'autorité des responsables, et sont plus sensibles à la radicalisation politique.

 

3. Les cloisons entre les groupes sociaux

 

Il n'y a pas de superposition entre les ouvriers et les syndicats. Sur le site Renault-Flins, tout est fait pour éviter la vitalité syndicale.

Mai 68 se caractérise aussi par la mobilisation de foyers improbables : des foyers conservateurs, mais aussi des foyers peu industralisés.

Les nouveaux acteurs de ces événements sont les OS : ouvriers spécialisés, et les immigrés. Les femmes ouvriers ont aussi un rôle en mai et juin 1968.

L'article de George Marchais pour L'Humanité, daté du 3 mai, a accrédité l'idée d'un rendrez-vous manqué entre les étudiants et les ouvriers, c'est-à-dire qu'ils n'auraient pas su unir leur force. Cela est pourtant faux à une échelle plus fine, davantage locale, où on observe que la rencontre a bien eu lieu.

Mai 68 a aussi pour effet d'accélérer le desserrement des cloisons sociales.

L'insubordination des nouveaux ouvriers, des jeunes ouvriers, est liée à une double évolution : la mutation antérieure du scolaire, et la transformation du recrutement ouvrier induite par la décentralisation industrielle.

 

>> La généralisation de la crise - Résumé Mai 68

 

La critique émanant de Mai 68 porte à la fois un esprit anti-autoritaire, et proteste contre la division verticale du travail ainsi que la division sociale horizontale.

 

I. Les professions artistiques

 

Les écrivains sont à l'avant-garde. Les hiérarchies y sont bousculées.

Concernant les architextes, l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts est un haut lieu de la contestation. Le décret Malraux le 6 décembre 1968 met fin à l'école unique parisienne qui contrôlait les écoles régionales.

L'occupation du théâtre de l'Odéon a lieu le 15 mai 1968, qui demeurait pourtant un symbole intouchable. Le lien entre théâtre et politique est repensé, les lieux servent la cause politique, et une remise en cause est faite des fondements de la décentralisation culturelle. La Déclaration de Villeurbanne s'insurge contre l'illusion et la mystification de la démocratisation culturelle : illusion parce qu'il subsite un "non-public", et mystification parce que seuls les textes classiques y sont joués, ce qui contribue à la culture bourgeoise.

 

II. Les autorités et la religion

 

Les magistrats sont concernés par la critique et les crises de reproduction. Le syndicat de la magistrature est créé le 8 juin 1968. Il s'agit pour ce syndicat d'alerter sur les effets sociaux des projets de lois, tout en tissant des liens avec les centrales ouvrières. Sont véhiculées des idées contre la hiérarchie et la bureaucratie. C'est aussi dans ces corps de métiers la rencontre entre deux générations.

La contestation vise de même la répartition hiérarchisée du savoir médical et la division sociale du travail sanitaire, représentée par l'opposition entre infirmières-techniciens-auxiliaires et médecins savants. Ces deux critiques sont mensées par le Centre national des jeunes médecins, créé en 1964, et le Comité d'action de santé.

La critique porte également sur la structure sanitaire : la population ne serait maintenue en état de travaille que pour produire et consommer.

 

Concernant la religion, les chrétiens ne participent que de manière limitée et mineure à mai 68. Toutefois, le poids des chrétiens engagés de mai 68 est plus important au sein même de l'Eglise. Jusqu'au 21 mai 68, il s'agit de justifier évangéliquement le devoir d'action. Le 21 mai 1968, un "appel aux chrétiens" est publié dans Témoignage chrétien, qui recueille la signature de nombreux protagonistes.

Les changements revendiqués par mai 68 sont portés davantage par les jeunes chrétiens contestataires et les jeunes séminaristes. Ceux-ci remettent en cause les liens hiérarchiques au sein de l'Eglise. L'évêque de Paris Mgr Marty a cette formule "Dieu n'est pas conservateur", qui compte tenu des implications qui peuvent en être tirées, fait parler en cette période. Le souffle nouveau de mai 68 est analysé alors dans la continuité de l'aggiornamento de Vatican II.

 

III. Le "rire de Mai" (expression de Pierre Bourdieu)

 

Mai 68 est l'occasion pour plusieurs catégories de personnes de faire entendre leur voix. C'est d'abord le cas de L'Union générale des aveugles et grands infirmes, et plus généralement des malades ; c'est ensuite le cas des immigrés. Michel de Certeau dit de Mai 68 : "on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789".

Mai 68 est aussi un soulèvement général contre la finitude du monde social. Le mouvement met en cause plusieurs rapports : légitime/illégitime, normal/déviant, possible/iimpossible, gouvernants/gouvernés. Dans ce dernier rapport, c'est tous les rapports de domination qui se jouent aussi : responsables syndicaux/travailleurs, décideurs/exécutants, créateurs/consommateurs, etc.

Pour K. Ross, c'est une "fuite face aux déterminations imposées par la société".

L'égalité est une valeur érigée contre l'autorité. Cette égalité transparaît dans le droit de parole accordé dans les comités d'action à chacun, dans la rencontre non-condescendante entre étudiants et ouvriers, dans les rapports des malades avec les personnes non-malades, des profanes avec les bons chrétiens.

 

>> Contre Mai 68, les forces de l'ordre et le gouvernement réagissent

 

I. Maintenir l'ordre

 

Avant Mai 68, les forces de l'ordre ont été pourvus de nouveaux armements dans le contexte de la répression contre les communistes dans les années 50, puis contre l'OAS au début des années 60. La sauvagerie policière risque de raviver le souvenir du drame du métro Charonne.

Pourtant, la violence policière est relative, même faible en comparaison de ce qui se passait lors de la guerre d'Algérie : l'objectif est la mise à distance, l'évitement du corps à corps.

Les dérapages qui ont pu avoir lieu ne sont jamais le résultat de consignes, d'une intention coordonnées, mais des relâchements par rapport aux liens hiérarchiques de la part des policiers.

Il est difficile alors de contrôler la multiplicité des forces sur le terrain, qui sont composés de plusieurs corps de l'Etat, et pas seulement de la police. Le gouvernement fait même semblant lors de mai 68 d'envisager l'intervention de l'armée.

 

Le flou au sommet de l'Etat n'aide pas à la résolution du conflit et à l'action des forces. Deux stratégies s'opposent : celle de Pompidou, premier ministre, qui est favorable à une dépolitisation du conflit, pacifique. Et celle du général De Gaulle, qui voudrait politiser la crise et en sortir par la mise en valeur du charisme de la personne présidentielle.

Ce n'est pas tant ce flou qui complique le contrôle des manifestations, mais surtout sa publicité, c'est-à-dire lorsque le public prend conscience de ces divergences au plus haut de l'Etat. Le préfet de police note un peu ne recevoir que très peu voire aucune consigne consigne entre le 2 et le 11 mai.

 

II. Les soutiens

 

Des soutiens s'organisent aussi en faveur du gouvernement.

L'extrême droite organise des défilés et des meetings à Paris.

Les Comités de défense de la République, créés à l'occasion, veulent soutenir l'action présidentielle, tandis que la contre-révolution se réunit aussi autour du gaulliste Jacques Baumel.

Il faut aussi compter la mobilisation de la FNEF, rivale de l'UNEF. Les intellectuels de droite s'engagent en faveur du gouvernement.

Ce dernier prépare une ligne de défense rhétorique, et fait des parallèles entre le mouvement de mai 68 et la mémoire de l'Occupation, ainsi qu'avec la guerre civile.

De Gaulle annonce le 30 mai dissoudre l'Assemblée nationale. Une grande manifestation s'organise le 30 mai 1968 : environ 400 000 personnes défilent à Paris. 83 autres manifestations ont lieu dans les autres départements en trois jours.

 

Les médias constituent un enjeu important de cette réaction. Le 23 mai, les radios périphériques sont privées du droit d'utiliser les fréquences qui leur avaient été attribuées.

A cette époque, la France compte 8 millions de postes de télévision. C'est dire l'importance de l'ORTF, qui couvre les événements de mai 68, mais de façon très partiale, en faveur du gouvernement.

C'est pour ces problèmes d'objectivité qu'une grève est organisée dans le personnel le 17 mai, et une autre des journalistes le 25 mai, qui échouent toutes deux au bout du compte.

 

III. La gauche

 

La FGDS, Fédération de la gauche démocrate et socialiste, regroupe à la fois la SFIO, le parti radical et la Convention des institutions républicaines. Or la FGDS est toujours en décalage lors de cette crise de mai 68. Il n'est d'aileurs pas rare qu'elle soit comptée comme un des auxiliaires bourgeois.

A cet égard, François MItterrand, un an après les événements, analyse l'idéologie des étudiants leaders comme "du Poujade savant".

Le SFIO se rapproche du légalisme, tandis que la CIR développe des liens intéressés avec le mouvement étudiant. Les rapports avec le PCF sont ceux d'associés mais rivaux à la fois.

François Mitterrand cherche à capter le mécontentement à son profit, mais c'est un échec : à la fin du mois de juin 1968, la FGDS a perdu la moitié de ses électeurs.

 

Le PCF essaie tant bien que mal de maîtriser le mouvement, qui se développe sans son impulsion. Tandis que Georges Marchais dénonce le 3 mai "l'anarchiste allemand Cohn-Bendit" et les "faux révolutionnaires", le 7 mai le PCF reconnaît la "légitimité du mouvement étudiant".

En fait, le PCF cherche au long de la crise de mai 68 à garder un lien minimal avec le mouvement, tout en en réduisant la portée et l'impact. Ces hésitations politiques ne sont pas sans causer des contestations au sein même du PCF sur la conduite à tenir.

 

>> Conséquences de Mai 68

 

I. Le retour au jeu politique

 

Le charisme présidentiel, incarné par De Gaulle, se transforme après mai 68 en gaullisme partisan. Le prestige de la personne présidentielle a perdu de son éclat.

Pompidou à l'occasion de la crise de Mai 68 prend de l'importance vis-à-vis de De Gaulle. Il revient le 12 mai, prononce un discours salué le 14 mai à l'Assemblée nationale,

Il existe alors plusieurs interprétations pour comprendre la disparition de De Gaulle à Baden Baden le 29 mai, que ce soit pour vérifier ses soutiens militaires, ou pour se mettre en retrait de la vie politique.

De Gaulle ne voit pas d'un bon oeil l'ascension de Pompidou, et le remplace par Couve de Murville. Le référendum d'avril 1969 sur la réforme des régions et la transformation du Sénat, où le non sort victorieux, entraîne le retrait de De Gaulle.

 

II. L'analyse de Mai 68

 

Mai 68 fut pour Bourdieu un moment où fut suspendu l'adhésion à l'ordre établi. La découverte de l'arbitraire, qui fondait l'ordre établi, provoque un moment inouï, où les hommes prennent conscience de cet arbitraire et décident d'en sortir, ou du moins de le suspendre

Deleuze et Guattari écrivent quant à eux que "Mai 68 n'a pas eu lieu", c'est-à-dire que "la société française a montré une radicale impuissance à opérer une reconversion subjective au niveau collectif, telle que l'exigeait 68".

Si Mai 68 était bien ce moment où l'arbitraire avait été contesté, alors l'échec de Mai 68, son refoulement, seraient à comprendre comme le retour à la doxa, c'est-à-dire un retour à l'ordre établi, sans remise en cause.

Dans un entretien publié en 1988*, Cohn-Bendit analyse en ces termes Mai 68 : "Par sa forme, c'est le premier mouvement moderne des sociétés industrielles avancées et dans son expression, c'est la dernière révolte révolutionnaire du passé. Les deux aspects sont mélangés. Je crois que 1968 a fondamentalement annoncé toutes les révoltes qui poussent vers l'autonomie, la société civile des individus, et la transformation complète de la société !"
 

Interrogé sur les résultats de Mai 68, il ajoute notamment : "C'est, par exemple, les catholiques qui n'écoutent pas le Pape quand il parle de contraception", et sur ce qui reste de Mai 68 : "ce que mai 68 a engendré : le mouvement écologiste, le mouvement des femmes, la sensibilité anti-totalitaire".

 

* Dreyfus-Armand Geneviève, Cohn-Bendit Daniel. Le mouvement du 22 mars. Entretien avec Daniel Cohn-Bendit. In: Matériaux pour l'histoire de notre temps. 1988, N. 11-13. Mai-68 : Les mouvements étudiants en France et dans le monde. pp. 124-129.

 

>> Slogans de Mai 68

 

Métro, boulot, dodo.

Nous ne voulons pas d’un monde où la certitude de ne pas mourirde faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui.

Élections, piège à cons.

Imagine.

Il est interdit d'interdire.

L'ennui est contre-révolutionnaire.

L'imagination prend le pouvoir !

Non à l'Etat policier !

Même si Dieu existait, il faudrait le supprimer.

ORTF : La police vous parle tous les soirs à 20 heures.

On achète ton bonheur. Vole-le.

Tout est politique.

Prenez vos désirs pour la réalité.

Soyez réalistes, demandez l'impossible.

 

-> 50 citations qui ont marqué l'histoire du XXe siècle

-> Toute l'histoire du XIXe siècle en fiches

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"Ich bin ein Berliner" Kennedy, explication, traduction, discours entier, Plantu et vidéo

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 23 janvier 2019

Toutes les explications sur la formule « Ich bin ein Berliner ». D'abord l'explication du contexte et pourquoi cette expression.

Ensuite un point pour savoir si le Berliner est un beignet, erreur de Kennedy, ou bien le Berlinois.

Puis la traduction du discours intégral « Ich bin ein Berliner », suivi de l'intégralité du discours original, en anglais.

Un retour sur la caricature de Plantu parue dans Le monde à l'occasion de la chute du mur de Berlin.

Enfin la vidéo du discours « Ich bin ein Berliner », prononcé par Kennedy.

 

>> Ich bin ein Berliner : explication

 

John F. Kennedy prononce la formule « Ich bin ein Berliner » au cours de son discours à Berlin-Ouest le 26 juin 1963.

La capitale Berlin était alors séparée en effet séparée entre Berlin-Ouest et Berlin-Est.

Berlin-Ouest avait trois zones : une française, une anglaise, une américaine. Berlin-Est était communiste.

L'impact de ce discours, symbolisé par la formule « Ich bin ein Berliner » a été considérable durant cette période de la guerre froide. En affirmant qu'en tant que citoyen libre, il était fier de pouvoir dire "Je suis un Berlinois", le Président américain Kennedy montrait tout son soutien à la ville, enclavée dans l'Allemagne de l'Est communiste (nommée RDA : République démocratique allemande).

Posté au balcon de l'hôtel de ville de Schöneberg, non loin du mur de Berlin, Kennedy prononce ce discours devant une foule en liesse (voir vidéo ci-dessous).

 

>> Ich bin ein Berliner : erreur ?

Ich bin ein Berliner - Kennedy

« and therefore, as a free man, I take pround in the words
"Ich bin ein Berliner" » - John F. Kennedy

 

Etait-ce une erreur grammaticale de dire « Ich bin ein Berliner » ?

Coupons court aux rumeurs : « Ich bin ein Berliner » était bien correct.

Certains ont pu dire que la formule était un incorrecte, car « Berliner » désignait aussi un beignet en Allemagne. Les Allemands disent aussi plus spontanément « Ich bin Berliner ».

Mais les deux phrases sont bien correctes en allemand, tout comme en français l'on peut dire : « Je suis Berlinois » et « Je suis un Berlinois », « Je suis Français » et « Je suis un Français ».

 

>> Ich bin ein berliner : traduction

 

« Je suis fier d’être venu dans votre ville, invité par votre bourgmestre régnant. Votre bourgmestre symbolise aux yeux du monde entier l’esprit combattant de Berlin Ouest. Je suis fier d’avoir visité la République fédérale avec le chancelier Adenauer qui a depuis tant d'années engagé l'Allemagne dans la démocratie, la liberté et le progrès, et de venir ici en compagnie de mon compatriote américain le Général Clay, qui fut dans cette ville durant ses pires moments de crise et reviendra s'il en était un jour besoin.
Il y a deux mille ans, la fierté suprême était de dire : "civis Romanum sum". Aujourd'hui, dans le monde de la liberté, la fierté suprême est de dire : "Ich bin ein Berliner".
Je remercie mon interprète d'avoir traduit mon allemand !

Il ne manque pas de personnes au monde qui ne veulent pas comprendre ou qui prétendent ne pas vouloir comprendre quel est le litige entre le communisme et le monde libre. Qu’elles viennent donc à Berlin. D’autres prétendent que le communisme est l’arme de l’avenir. Qu’ils viennent eux aussi à Berlin. Certains, enfin en Europe et ailleurs, prétendent qu’on peut travailler avec les communistes. Qu’ils viennent donc ceux-là aussi à Berlin.

Notre liberté éprouve certes beaucoup de difficultés et notre démocratie n’est pas parfaite. Cependant nous n’avons jamais eu besoin, nous, d’ériger un mur pour empêcher notre peuple de s’enfuir. Je ne connais aucune ville qui ait connu dix-huit ans de régime d’occupation et qui soit restée aussi vitale et forte et qui vive avec l’espoir et la détermination qui est celle de Berlin-Ouest.

Le mur fournit la démonstration éclatante de la faillite du système communiste. Cette faillite est visible aux yeux du monde entier. Nous n’éprouvons aucune satisfaction en voyant ce mur, car il constitue à nos yeux une offense non seulement à l’histoire mais encore une offense à l’humanité.

La paix en Europe ne peut pas être assurée tant qu’un Allemand sur quatre serra privé du droit élémentaire des hommes libres à l’auto-détermination. Après dix-huit ans de paix et de confiance, la présente génération allemande a mérité le droit d’être libre, ainsi que le droit à la réunification de ses familles et de sa nation pacifiquement et durablement. Vous vivez sur un îlot de liberté mais votre vie est liée au sort du continent.

Je vous demande donc de regarder par-dessus les dangers d’aujourd’hui vers les espoirs de demain, de ne pas penser seulement à votre ville et à votre patrie allemande, mais d’axer votre pensée sur le progrès de la liberté dans le monde entier.

Ne voyez pas le mur, envisagez le jour où éclatera la paix, une paix juste. La liberté est indivisible et, tant qu’un seul homme se trouvera en esclavage, tous les autres ne peuvent être considérés comme libres. Mais quand tous les hommes seront libres, nous pourrons attendre en toute conscience le jour où cette ville de Berlin sera réunifiée et où le grand continent européen rayonnera pacifiquement.

La population de Berlin-Ouest peut être certaine qu’elle a tenu bon pour la bonne cause sur le front de la liberté pendant une vingtaine d’années. Tous les hommes libres, où qu’ils vivent, sont citoyens de cette ville de Berlin-Ouest et pour cette raison, en ma qualité d’homme libre, je dis : Ich bin ein Berliner.
»

John Fitzgerald Kennedy (1917–1963), le 26 juin 1963, balcon de l'hôtel de ville de Schöneberg, Berlin-Ouest

 

 

>> Ich bin ein berliner : discours entier

 

I am proud to come to this city as the guest of your distinguished mayor, who has symbolized throughout the world the fighting spirit of West Berlin. And I am proud to visit the Federal Republic with your distinguished chancellor, who for so many years has committed Germany to democracy and freedom and progress, and to come here in the company of my fellow American, General Clay, who has been in this city during its great moments of crisis and will come again if ever needed.
Two thousand years ago, the proudest boast was "civis romanus sum." Today, in the world of freedom, the proudest boast is "Ich bin ein Berliner."
I appreciate my interpreter translating my German!
There are many people in the world who really don't understand, or say they don't, what is the great issue between the free world and the communist world. Let them come to Berlin. There are some who say that communism is the wave of the future. Let them come to Berlin. And there are some who say in Europe and elsewhere we can work with the communists. Let them come to Berlin. And there are even a few who say that it is true that communism is an evil system, but it permits us to make economic progress. Lasst sie nach Berlin kommen. Let them come to Berlin.
Freedom has many difficulties and democracy is not perfect, but we have never had to put a wall up to keep our people in, to prevent them from leaving us. I want to say, on behalf of my countrymen, who live many miles away on the other side of the Atlantic, who are far distant from you, that they take the greatest pride that they have been able to share with you, even from a distance, the story of the last 18 years. I know of no town, no city, that has been besieged for 18 years that still lives with the vitality and the force and the hope and the determination of the city of West Berlin. While the wall is the most obvious and vivid demonstration of the failures of the communist system, for all the world to see, we take no satisfaction in it, for it is, as your mayor has said, an offense not only against history but an offense against humanity, separating families, dividing husbands and wives and brothers and sisters, and dividing a people who wish to be joined together.
What is true of this city is true of Germany--real, lasting peace in Europe can never be assured as long as one German out of four is denied the elementary right of free men, and that is to make a free choice. In 18 years of peace and good faith, this generation of Germans has earned the right to be free, including the right to unite their families and their nation in lasting peace, with good will to all people. You live in a defended island of freedom, but your life is part of the main. So let me ask you as I close, to lift your eyes beyond the dangers of today, to the hopes of tomorrow, beyond the freedom merely of this city of Berlin, or your country of Germany, to the advance of freedom everywhere, beyond the wall to the day of peace with justice, beyond yourselves and ourselves to all mankind.
Freedom is indivisible, and when one man is enslaved, all are not free. When all are free, then we can look forward to that day when this city will be joined as one and this country and this great Continent of Europe in a peaceful and hopeful globe. When that day finally comes, as it will, the people of West Berlin can take sober satisfaction in the fact that they were in the front lines for almost two decades.
All free men, wherever they may live, are citizens of Berlin, and therefore, as a free man, I take pride in the words "Ich bin ein Berliner."

John Fitzgerald Kennedy (1917–1963), le 26 juin 1963, balcon de l'hôtel de ville de Schöneberg, Berlin-Ouest

 

>> Ich bin ein Berliner : le dessin de Plantu

 

Ich bin ein Berliner - Plantu

Ce dessin de Plantu est paru dans le journal Le monde le 11 novembre 1989.

 

Analyse de la caricature de Plantu : Dans un bulldozer, un citoyen détruit un mur de Berlin qui semble infini en s'écriant : « Ich bin ein Berliner ». La foule en liesse le suit, tandis que les gardes communistes désemparés ne savent comment réagir.

 

 

>> Ich bin ein Berliner : vidéo

 

 

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Les noms des personnalités qui font l'actualité

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 07 décembre 2017

(Trié par nom de famille :)

A

Fayez al-Sarraj : chef du gouvernement de Tripoli (Libye)

B

Stephen Bannon : ex-conseiller de Donald Trump, ancien rédacteur en chef du site Breitbart News

Barry C. Barish : Prix Nobel de Physique 2017

Jeffrey Preston Bezos : fondateur d’Amazon

Murielle Bolle : avait accusé son beau-frère Bernard Laroche du rapt de Grégory 4 ans retrouvé mort dans la rivière Vologne, avant de se rétracter

C

D

Luisa Ortega Diaz : au Venezuela, une des principales opposantes au président socialiste, Nicolas Maduro et ex-procureure générale

E

F

Christopher Froome : a remporté son 4e Tour de France lors de l’édition 2017

G

Olivier Guez : prix Renaudot 2017 pour La Disparition de Josef Mengele (Grasset) sur l’ancien médecin tortionnaire d’Auschwitz et sa cavale de trente ans en Amérique du Sud

H

Khalifa Haftar : homme fort de l'est de la Libye

Saad Hariri : premier ministre libanais

I

J

K

Uhuru Kenyatta : président du Kenya

Georges Képénékian : nouveau maire de Lyon (17 juillet 2017)

L

François Lecointre : chef d’État-Major des armées

Jerry Lewis : acteur et humoriste américain

Lula : Luiz Inácio Lula da Silva,  président de la République de 2003 à 2011 (Brésil)

Liu Xiaobo : militant des droits de l'homme de l'ère des réformes de la Chine

M

Kevin Mayer : français champion du monde du décathlon

N

Benjamin Nétanyahou : premier ministre d’Israël (1996-1999 et 2009-aujourd’hui)

O

P

Carles Puigdemont : investi président de la Généralité de Catalogne, il s'engage à mener à bien le projet d'indépendance de la communauté autonome

Q

R

S

Sarah Huckabee Sanders : porte parole (press secretary) de Donald Trump

Mohammed ben Salmane : prince héritier d’Arabie saoudite

T

Kip S. Thorne : Prix Nobel de Physique 2017

U

V

Philippe Vecchi : l’ex-coanimateur de Nulle part ailleurs, est mort à 53 ans

Eric Vuillard : prix Goncourt 2017 pour L’Ordre du jour (Actes Sud), un livre consacré aux coulisses de l’Anschluss

W

Rainer Weiss : Prix Nobel de Physique 2017

X

Y

Z

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