Réussir Sciences Po

 

 

Comment booster votre charisme :

 

THÈMES IEP 2018
Découvrez ce que vous ont réservé  les IEP communs
en cliquant ici !

 

Lettre à Schuller - Baruch Spinoza

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 03 juillet 2017

 

J'appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d'une certaine façon déterminée.

Spinoza pose une double définition : ce qui est libre, et ce qui est contraint. Ce qui est libre correspond à ce qui n'est opprimé par rien, qui existe selon sa propre nécessité. Au contraire, est contraint, ce qui est déterminé par une autre chose, par une autre chose qui modifie son être.

 

Dieu, par exemple, existe librement bien que nécessairement parce qu'il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu'il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes choses librement, parce qu'il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.

Dieu est lui-même libre. Car il est et agit par la seule nécessité de sa nature.

Mais descendons aux choses créées qui sont toutes déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d'une certaine façon déterminée. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d'une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvements et, l'impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu'elle est nécessaire, mais parce qu'elle doit être définie par l'impulsion d'une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l'entendre de toute chose singulière, quelle que soit la complexité qu'il vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent être ses aptitudes, parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d'une certaine manière déterminée.

Spinoza utilise la comparaison avec une pierre. La pierre est contrainte lorsque quelque chose la pousse.

 

Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu'elle continue de se mouvoir, pense et sache qu'elle fait effort, autant qu'elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurément, puisqu'elle a conscience de son effort seulement et qu'elle n'est en aucune façon indifférente, croira qu'elle est très libre et qu'elle ne persévère dans son mouvement que parce qu'elle le veut.

Spinoza fait le lien avec la conscience. Nous sommes tous conscients de nos mouvements. Nous sommes conscients de nos action. Pour autant, sommes-nous libres ?

 

Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s'il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu'ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d'autres de même farine, croient agir par un libre décret de l'âme et non se laisser contraindre.

Il ne faut pas voir notre liberté comme un libre décret. Nous n'avons pas le libre arbitre. Nous sommes simplement conscients de nos actions, mais ces actions sont en quelque sorte destinées. Nous n'y pouvons rien. Nous ne pouvons que suivre ce que Dieu fait de nous, nécessairement, et sans qu'on puisse le modifier.

 

Classé dans : Culture Générale - Mots clés : lettre à Schuller, Spinoza, étude, commentaire, philosophie, sciences po, IEP - aucun commentaire


La lecture agrandit l'âme, et un ami éclairé la console. - Voltaire

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 09 novembre 2016

Les personnages du conte philosophique de Voltaire utilisent le mot "ingénu" dans le sens de quelqu'un qui "dit toujours naïvement ce qu'il pense".

Dans ce conte, celui que l'on appelle l'Ingénu est un Huron : un Indien du Canada.

Ce chapitre, dont l'intitulé signifie beaucoup : "Comment l'Ingénu développe son génie.", est l'occasion pour Voltaire de faire l'éloge de la lecture, des connaissances, de la culture, et du sens critique.

Il y est aussi question de la censure, du gouvernement qui s'oppose à ce savoir libre, des ouvrages que l'on brûle.

 

La lecture agrandit l'âme, et un ami éclairé la console. Notre captif jouissait de ces deux avantages qu'il n'avait pas soupçonnés auparavant. Je serais tenté, dit−il, de croire aux métamorphoses, car j'ai été changé de brute en homme. Il se forma une bibliothèque choisie d'une partie de son argent dont on lui permettait de disposer. Son ami l'encouragea à mettre par écrit ses réflexions. Voici ce qu'il écrivit sur l'histoire ancienne :


« Je m'imagine que les nations ont été long−temps comme moi, qu'elles ne se sont instruites que fort tard, qu'elles n'ont été occupées pendant des siècles que du moment présent qui coulait, très peu du passé, et jamais de l'avenir. J'ai parcouru cinq ou six cents lieues du Canada, je n'y ai pas trouvé un seul monument ; personne n'y sait rien de ce qu'a fait son bisaïeul. Ne serait−ce pas là l'état naturel de l'homme ? L'espèce de ce continent−ci me paraît supérieure à celle de l'autre. Elle a augmenté son être depuis plusieurs siècles par les arts et par les connaissances. (...)
J'aime les fables des philosophes, je ris de celles des enfants, et je hais celles des imposteurs. »


Il tomba un jour sur une histoire de l'empereur Justinien. On y lisait que des apédeutes de Constantinople avaient donné, en très mauvais grec, un édit contre le plus grand capitaine du siècle, parce que ce héros avait prononcé ces paroles dans la chaleur de la conversation :

« La vérité luit de sa propre lumière, et on n'éclaire pas les esprits avec les flammes des bûchers. »

Les apédeutes assurèrent que cette proposition était hérétique, sentant l'hérésie, et que l'axiome contraire était catholique, universel, et grec :

« On n'éclaire les esprits qu'avec la flamme des bûchers, et la vérité ne saurait luire de sa propre lumière. »

Ces linostoles condamnèrent ainsi plusieurs discours du capitaine, et donnèrent un édit.

L'Ingénu - Voltaire - CHAPITRE XI. Comment l'Ingénu développe son génie.

 

Classé dans : Culture Générale - Mots clés : lecture, savoir, école, connaissance, critique, culture, Voltaire, ingénu, chapitre XI, génie, étude, apprendre, développer son esprit - aucun commentaire


La meilleure législation au monde ? La devise française ! - Rousseau

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 07 septembre 2016

La meilleure législation au monde est celle qui garantit la devise de la République française !

En tout cas, une partie de la devise : Liberté, Égalité, Fraternité. La fraternité est sans aucun doute importante pour Rousseau, mais il insiste davantage sur les deux premiers mots : liberté et égalité.

Bien sûr, il est anachronique d'associer Jean-Jacques Rousseau, qui vécut de 1712 à 1778, avec la formule employée pour la première fois par Maximilien Robespierre en décembre 1790 : "Liberté, égalité, fraternité". Et il n'est nul besoin d'ajouter que vous ne comettrez pas cet impair dans vos copies.

Toutefois, pour des considérations purement pédagogiques, nous espérons qu'il s'agit là d'un excellent moyen pour graver à jamais dans vos esprits : les deux principaux buts, les deux principales visées de la meilleure législation possible : LIBERTÉ et ÉGALITÉ.

Du moins c'est ce qu'affirme Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat social, texte dans lequel il cherche à définir les principes des systèmes politiques.

=> Ebook gratuit Du Contrat social ou Principes du droit politique - Jean-Jacques Rousseau

 

>> Égalité ?

 

Attention toutefois à ne pas méprendre ce que Rousseau entend par égalité. Il ne faut pas se représenter l'égalité comme un ensemble de personnes qui partageraient exactement la même somme d'argent, le même patrimoine, les mêmes pouvoirs, les mêmes grades. Au contraire, les citoyens peuvent avoir des degrés de puissance, de pouvoirs, et de richesses différents, mais :

  1. les citoyens sont égaux devant la loi et en fonction de leur rang
  2. les citoyens ne doivent pas être si pauvres qu'ils devraient se vendre, ni si riches qu'ils pourraient acheter les autres

 

Si l'on recherche en quoi consiste précisément le plus grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation, on trouvera qu'il se réduit à deux objets principaux, la liberté et l'égalité : la liberté, parce que toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l'état ; l'égalité, parce que la liberté ne peut subsister sans elle.
J'ai déjà dit ce que c'est que la liberté civile : à l'égard de l'égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes ; mais que, quant à la puissance, elle soit au-dessus de toute violence, et ne s'exerce jamais qu'en vertu du rang et des lois ; et, quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un, autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre : ce qui suppose, du côté des grands, modération de biens et de crédit, et, du côté des petits, modération d'avarice et de convoitise.
Cette égalité, disent-ils, est une chimère de spéculation qui ne peut exister dans la pratique. Mais si l'abus est inévitable, s'ensuit-il qu'il ne faille pas au moins le régler ? C'est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l'égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir.

Du Contrat social ou Principes du droit politique - Chapitre 11. – Des divers systèmes de législation. - Jean-Jacques Rousseau

 

>> Liberté ?

 

Dans cet extrait, Rousseau mentionne très brièvement ce qu'il entend pour liberté, et uniquement pour renvoyer le lecteur à ses autres écrits : "J'ai déjà dit ce que c'est que la liberté civile".

Il faut dire que Rousseau s'est déjà étendu longuement sur la liberté dans tout le livre précédent du Contrat social. Ainsi, pour comprendre ce que Rousseau entend par liberté, il est impératif de reprendre l'ensemble du Premier livre du Contrat social.

Vous pouvez soit lire le résumé que nous avons fait pour vous : Résumé du 1er livre du Contrat social de Rousseau, soit lire l'intégralité du Livre Premier si vous avez davantage de temps.

 

+ d'articles sur Jean-Jacques Rousseau :

  1.  3 sortes d'éducation, but et origines - Jean-Jacques Rousseau
  2.  Résumé du 1er livre du Contrat social de Rousseau
  3.  La Famille, la plus ancienne des sociétés - Rousseau
  4.  Un état de nature chez Rousseau ?
  5.  La plus utile et importante règle pour élever un enfant - Jean-Jacques Rousseau
  6.  Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de démocratie ! - Jean-Jacques Rousseau

 

-> Culture générale : la Démocratie <-

 

Classé dans : Culture Générale - Mots clés : Rousseau, législation, égalité, liberté, valeurs, premier livre, contrat social, deuxième livre, principes, droit politique, politique, Jean-Jacques Rousseau, étude, devise française, Robespierre - aucun commentaire


page 1 sur 3 suivante »