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Un état de nature chez Rousseau ?

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 11 juin 2016

 

Car ce n'est pas une légère entreprise de démêler ce qu'il y a d'originaire et d'artificiel dans la nature actuelle de l'homme, et de bien connaître un état qui n'existe plus, qui n'a peut-être point existé, qui probablement n'existera jamais, et dont il est pourtant nécessaire d'avoir des notions justes pour bien juger de notre état présent. Il faudrait même plus de philosophie qu'on ne pense à celui qui entreprendrait de déterminer exactement les précautions à prendre pour faire sur ce sujet de solides observations ; et une bonne solution du problème suivant ne me paraîtrait pas indigne des Aristotes et des Plines de notre siècle. Quelles expériences seraient nécessaires pour parvenir à connaître l'homme naturel ; et quels sont les moyens de faire ces expériences au sein de la société ? Loin d'entreprendre de résoudre ce problème, je crois en avoir assez médité le sujet, pour oser répondre d'avance que les plus grands philosophes ne seront pas trop bons pour diriger ces expériences, ni les plus puissants ; concours auquel il n'est guère souverains pour les faire ; raisonnable de s'attendre surtout avec la persévérance ou plutôt la succession de lumières et de bonne volonté nécessaire de part et d'autre pour arriver au succès.

 

Discours sur l'origine et les fondements de l'Inégalité parmi les Hommes, Jean-Jacques Rousseau

 

Commentaire :

Jean-Jacques Rousseau cherche à comprendre l'origine de l'inégalité parmi les hommes. Il imagine ainsi un état de nature, originel. Mais attention, c'est un écueil souvent trouvé dans les copies : cet état originaire de nature pour Rousseau non seulement n'existe plus, mais surtout n'a "peut-être point existé". Il s'agit bien d'un état inventé et imaginé par Rousseau, pour mieux comprendre l'entrée de l'artificiel dans la vie humaine.

 

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Etat de santé de la population française

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 05 juin 2016

L'INSEE dans un rapport sur les Conditions de vie, actualisé en 2014, décrit avec une relative précision l'état de santé (voir la définition de santé) de la population française.

 

Les enseignements de cet extrait du rapport, à lire ci-dessous, font un bilan globalement positif de la santé en France, puisque non seulement la majorité des Français se disent en bonne santé, mais en plus cette moyenne est supérieure à la moyenne européenne.

Toutefois, il existe toujours d'importantes inégalités (voir la définition d'inégalités) même dans le domaine de la santé.

 

Ainsi il est à retenir 4 points :

- 68% des Français en 2012 se déclarent en bonne ou très bonne santé

- Il existe des inégalités parmi ceux qui sont touchés par les maladies

- Ces inégalités transparaissent ensuite dans les traitements des maladies

- L'argent et les revenus sont un critère déterminant de ces inégalités de santé

 

En France en 2012, 68 % de personnes se déclarent en « bonne » ou « très bonne » santé. Ce chiffre est stable depuis une dizaine d’années. Les femmes se déclarent plus souvent en mauvaise santé que les hommes, mais elles ont une espérance de vie en bonne santé plus longue. En 2011, l’espérance de vie en bonne santé à la naissance est de 62,7 ans pour les hommes et de 63,6 ans pour les femmes. La France jouit d’une position plutôt privilégiée en Europe en ce qui concerne l’ espérance de vie en bonne santé et se situe dans la moyenne sur le plan de la santé perçue.
Néanmoins, au sein de la population française, les inégalités de santé demeurent. Ces inégalités sont présentes dès l’enfance et l’adolescence, par exemple concernant la corpulence, la santé buccodentaire ou la correction des troubles de la vision. En classe de troisième, 22 % des élèves ayant au moins un parent ouvrier sont en surcharge pondérale, surpoids ou obésité), contre 12 % des enfants dont au moins un des parents est cadre. De même, 42 % des enfants d’ouvriers ont toutes leurs dents intactes (sans caries), contre 66 % des enfants de cadre.
À ces disparités dans les problèmes de santé s’ajoutent des disparités dans leur traitement. Ainsi, parmi les adolescents ayant au moins une dent cariée, les enfants de cadres ont plus souvent été traités pour ce problème que les enfants d’ouvriers (respectivement 88 % contre 66 %). Les troubles de la vision sont également inégalement corrigés : en classe de troisième, 33 % des enfants de cadres portent des verres correcteurs, contre 22 % des enfants d’ouvriers. Cet écart est imputable à des différences de troubles visuels, mais également à un défaut de dépistage et de prise en charge des troubles. En effet, à l’examen de santé scolaire, parmi les enfants sans lunettes, les enfants d’ouvriers ont plus souvent une myopie détectée que les enfants de cadres (10 % contre 6 %). Les disparités de correction de troubles de la vision se retrouvent à l’âge adulte. D’après l’enquête Handicap santé réalisée en 2008, les ouvriers, qui déclarent pourtant moins de troubles de la vision, ont plus souvent des troubles non (ou mal) corrigés. Parmi les 40-59 ans, 11 % des ouvriers déclarent avoir des difficultés pour la vision de près (« voir les caractères d’imprimerie d’un journal »), avec leurs lunettes ou lentilles s’ils en portent habituellement, contre 3 % des cadres du même âge. De même, pour la vision de loin, 4 % des ouvriers de 40-59 ans déclarent avoir des difficultés pour voir un visage à quatre mètres, contre seulement 1 % des cadres.
Les disparités de revenus sont une des sources des inégalités sociales de santé et de recours aux soins. À cet égard, les bénéficiaires de minima sociaux constituent une catégorie de la population particulièrement défavorisée. Une enquête réalisée en 2012 auprès de ces derniers a permis de comparer leur santé à celle de l’ensemble de la population. L’enquête montre qu’ils se déclarent plus souvent en mauvaise santé que le reste de la population, qu’ils ont plus souvent des problèmes de santé mentale et renoncent davantage aux soins pour des raisons financières. En effet, en 2012, moins de 60 % des bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) déclarent être en bonne santé, contre près de 80 % parmi l’ensemble des 18-59 ans. De plus, la part des bénéficiaires du RSA présentant une détresse psychologique est de 36 %, contre 14 % dans le reste de la population. Enfin, alors que leurs besoins en soins sont plus importants, ils déclarent renoncer plus souvent à des soins pour raisons financières. Ils sont 18 % à avoir renoncé à une consultation médicale au cours de l’année précédente et 27 % à avoir renoncé à des soins dentaires, contre respectivement 4 % et 11 % parmi l’ensemble des 18-59 ans.

 

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Sujet corrigé - "Dans un État démocratique, des ordres absurdes" - Spinoza, Traité théologico-politique

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 17 juin 2015

Ce sujet est notamment tombé à l'épreuve de philosophie du bac 2015. Voir tous les sujets du bac 2015.

 

"Dans un État démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d'une grande assemblée se mette d'accord sur une seule et même absurdité. Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n'est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l'appétit et à les maintenir, autant qu'il est possible, dans les limites de la raison, pour qu'ils vivent dans la concorde et dans la paix. Ôté ce fondement, tout l'édifice s'écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d'y pourvoir; aux sujets, il appartient d'exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit.
Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l'esclave est celui qui agit par commandement et l'homme libre celui qui agit selon son caprice. Cela cependant n'est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison."

SPINOZA, Traité théologico-politique (1670)

 

>> Contexte de cet extrait du Traité théologico-politique de Baruch Spinoza

 

L'auteur Baruch Spinoza

Spinoza est né à Amsterdam en 1632. Si la connaissance de sa biographie n'est pas indispensable pour comprendre cet extrait, elle pouvait vous aider beaucoup en l'occurrence. Il faut savoir que ses œuvres ne sont pas parues de son vivant sous son nom, hormis une seule en réaction à la philosophie de Descartes. Spinoza n'aura eu de cesse en effet de préserver sa liberté de penser contre les insultes et les attaques qu'il a subies au cours de sa vie, notamment après son excommunication de la communauté juive. Le Traité théologico-politique cristallise beaucoup de ces attaques, si bien qu'être qualifié de "spinoziste" devient une insulte.

 

Contexte

Le Traité théologico-politique paraît anonymement en 1670, juste avant que Louis XIV n'attaque les Provinces-Unies, provoquant la prise de pouvoir du parti de Guillaume d'orange et que les frères De Witt soient assassinés, ce qui fait craindre le retour de la censure pour motifs religieux.

 

>> Explication de l'extrait

 

Relevons les idées principales de cet extrait du Traité théologico-politique :

 

Spinoza commence par justifier à partir de deux arguments le bienfondé de l'Etat démocratique contre l'autoritaire. Le premier est le suivant :

Dans un État démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d'une grande assemblée se mette d'accord sur une seule et même absurdité.

Le nombre de citoyens permet de diminuer les risques de se tromper unanimement de manière grotesque.

 

Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n'est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l'appétit et à les maintenir, autant qu'il est possible, dans les limites de la raison, pour qu'ils vivent dans la concorde et dans la paix.

2e argument, l'Etat démocratique permet de se préserver contre l'autoritaire grâce à la fonction même de l'Etat démocratique, qui est de vouloir le bien des sujets. La raison s'oppose ici à l'appétit, qui serait dérégulé et non maîtrisé.

 

Ôté ce fondement, tout l'édifice s'écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d'y pourvoir; aux sujets, il appartient d'exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit.

Attention, l'écueil ici était de se méprendre sur ce qu'est le souverain : Spinoza n'entend pas par souverain un individu, un monarque, qui aurait tous les pouvoirs. Pour Spinoza, le souverain peut être une personne dans le sens d'une collectivité : c'est par le contrat social, et donc par l'adhésion de tous, que se constitue le souverain.


Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l'esclave est celui qui agit par commandement et l'homme libre celui qui agit selon son caprice.

Spinoza prend en quelques sortes les devants en écartant immédiatement une mauvaise conclusion qui pourrait être tirée de ce qu'il vient de dire. Cette conclusion tirée à tort, la voici : du simple fait que l'homme obéisse, il serait esclave. C'est une mauvaise déduction que Spinoza va réfuter.

 

Cela cependant n'est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison.

Spinoza propose une nouvelle définition de la liberté, plus juste : la liberté, ce n'est pas faire tout ce que l'on souhaite, mais c'est se guider par sa raison. Au contraire, est esclave non pas celui qui obéit, mais celui qui n'agit pas par sa raison, c'est-à-dire qui vit selon ses caprises, ses souhaits et ses passions sans les réguler par la raison. Grâce à ces explications de ce qu'est la liberté, Spinoza peut justifier l'idée d'un contrat social, dont découlerait le souverain, et qui commanderait aux hommes. Pour autant, la raison aboutit à concevoir un Etat démocratique, qui demeure une garantie contre l'arbitraire.

 

Donnez vos avis, vos plans, dans les commentaires ci-dessous. Et n'hésitez pas à consulter les autres sujets/corrigés :

-> Sujets en philosophie du bac 2015

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