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Les sectes grecques : Écoles, Académie et Lycée

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 10 octobre 2016

Comment étudier l'histoire de la philosophie ? Alors que récemment, cette étude se fait en y voyant les continuités, le développement, le cours, les historiens de la philosophie n'ont pas toujours été aussi assidus à rendre compte de ces évolutions, de ces enchaînements.

L'histoire de la philosophie s'est d'abord racontée de manière plus ponctuelle, plus ciblée : par l'étude des sectes. Qu'entend-on par secte ? Ce n'est décidément pas la même acceptation que nous lui reconnaissons aujourd'hui en parlant des sectes religieuses. Explications ici.

 

>> Sectes ou Écoles ?

 

La définition que donne le CNRTL du mot Secte vous éclairera mieux que nous ne le pouvons sur le lien entre École et Secte :

Ensemble de personnes qui se réclament d'un même maître et professent sa doctrine philosophique, religieuse ou politique, ses opinions

Par les mots"maître" et "doctrine", la relation entre secte et école est d'emblée établie. Et pour cause, voici maintenant la définition du mot École d'après le CNRTL :

Ensemble des disciples d'un maître.

P. ext. Doctrine, courant, système, prôné par un maître ou un ensemble de personnes.

 

Voici ce que dit Émile Bréhier à propos des écoles et comment ces sectes, - mots qu'il semble employer de manière quasiment synonyme - ont façonné les vues sur l'histoire de la philosophie de manière éparpillée, ponctuelle, et désordonnée :

 

Notre histoire de la philosophie est véritablement née à l’époque de la Renaissance, lorsque l’on découvrit en Occident les compilateurs de la fin de l’antiquité, Plutarque, dont les écrits renferment un traité Sur les opinions des philosophes, Sextus Empiricus, Stobée, les Stromates de Clément d’Alexandrie et surtout les Vies des Philosophes de Diogène Laërce qui rassemble en un inexprimable désordre des débris de toutes les œuvres antiques d’histoire de la philosophie depuis les travaux des disciples d’Aristote. Par ces auteurs s’ouvraient, sur la diversité des sectes antiques, sur la succession des chefs d’école et des écoles elles-mêmes, des perspectives qui avaient entièrement échappé à la pensée médiévale.

Histoire de la Philosophie - Émile Bréhier - Tome 1 - Antiquité et Moyen Âge - INTRODUCTION

 

Dans cet essaimage d'écoles, que vous pouvez plus facilement vous représenter en vous référant au tableau à la fin de cet article, deux écoles retiennent l'attention, parce qu'ils ont également formé deux mots célèbres du vocabulaire éducatif : l'Académie de Platon et le Lycée d'Aristote.

Si les écoles du stoïcisme et de l'épicurisme sont également deux exemples mémorables, nous nous attarderons ici sur ces deux sectes : l'Académie et le Lycée.

 

>> Zoom sur l'Académie de Platon

 

Dates de l'Académie :  environ 387 av. J.-C. à 86 av. J.-C.

Fondateur : Platon

L'Académie était avant tout le nom d'un terrain, situé dans les alentours d'Athènes. Il y avait au moins deux lieux d'enseignement différents :

  1. le gymnase (pour les débutants)
  2. le jardin (pour les initiés)

En ces endroits, Platon donnait des leçons philosophiques voire ésotériques, comme une célèbre leçon sur le Bien. Mais plus précisément, en quoi consistait l’enseignement de Platon ?

C’est ce qu’il est difficile de savoir, parce que la plupart de ses œuvres, destinées à un large public, n’en doivent pas être le reflet ; il faut en excepter pourtant ces sortes d’exercices logiques que sont la seconde partie du Parménide et les débuts du Théétète et du Sophiste ; si l’on fait attention que ces exercices sont destinés à éprouver la vigueur logique de l’étudiant, que, en outre, Platon considère l’influence de la parole vivante comme bien supérieure à celle de l’écrit (Phèdre), enfin que la parole, tel que l’entend un socratique, est moins exposé suivi que discussion, nous pouvons sans doute conclure que l’exposé doctrinal ne doit pas y avoir eu la place qu’il a prise chez Aristote.

Histoire de la Philosophie - Émile Bréhier - Tome 1 - CHAPITRE III : PLATON ET L’ACADÉMIE

 

L'Académie a donné lieu à un héritage très important. Toutefois, les désaccords quant à ce qu'il faut faire et retenir de la doctrine de Platon semblent avoir causé assez tôt sa perte :

 

L’Académie, après Platon, eut successivement pour chefs, Speusippe, le neveu du maître (348-339), Xénocrate (339-315), Polémon (315-269). (...) il n’existe pas à ce moment d’orthodoxie platonicienne, et c’est même l’occasion d’un vif reproche que les néo-platoniciens firent aux successeurs directs de Platon. Aussi le platonisme, miné par les divergences d’école, est ruiné par l’attaque des nouveaux dogmatismes en formation ; Aristote, les Stoïciens et Épicure s’accordent pour le combattre.

Histoire de la Philosophie - Émile Bréhier - Tome 1 - CHAPITRE III : PLATON ET L’ACADÉMIE

 

> Zoom sur le Lycée d'Aristote

 

Si Aristote a aussi été professeur pour l'Académie de Platon, il a également fondé sa propre école divergente, comme évoqué ci-dessus : le Lycée.

Dates du Lycée :  en 335 av. J.-C. jusqu'en 47 av. J.-C.

Fondateur : Aristote

 

Le Lycée est également appelé "école péripatéticienne", tout simplement car Aristote marchait en enseignant à ses élèves. Ce qui est bien le sens du mot péripatéticien : "qui aime se promener en discutant".

 

En quelles circonstances le Lycée a-t-il été créé ? Il est indispensable de revenir sur le contexte politique de l'époque pour éclaircir cette question.

 

Lorsqu’il retourna, en 335, dans Athènes où le parti national, réduit au silence après la déchéance politique de la cité, subsistait pourtant encore, ce métèque devait être connu comme partisan de la Macédoine. Il ne rentra pas à l’Académie, mais fonda au Lycée une nouvelle école, où il enseigna pendant treize ans. A la mort d’Alexandre (323), le parti national athénien que dirigeait encore Démosthènes l’obligea à quitter la ville ; il se retira à Chalcis, en Eubée, dans une propriété héritée de sa mère, où il mourut en 322, à 63 ans. (...) d’Aristote au contraire, il ne reste que d’infimes fragments des ouvrages écrits pour un public étendu ; ce que nous avons de lui, ce sont des cours qu’il rédigea soit pour l’enseignement au Lycée, soit peut-être pour des leçons qu’il fit sans doute à Assos, avant d’être précepteur d’Alexandre : notes rédigées par un professeur pour lui-même, sans aucune recherche de la perfection littéraire, parfois simples points de repère pour le développement oral, où ont pu même, quand ces recueils furent publiés après sa mort, se glisser des notes d’élèves.

Histoire de la Philosophie - Émile Bréhier - Tome 1 - CHAPITRE IV : ARISTOTE ET LE LYCÉE

 

Tout comme Platon enseignint en au moins deux endroits différents selon le niveau des étudiants, Aristote donnait deux types de leçons :

  1. Un cours « exotérique » l'après-midi (pour tous)
  2. Un cours « acroamatique » le matin (pour les inités).

 

>> Tableau des écoles grecques en métaphysique

 

Le site chrétien christus.fr a réalisé ce tableau des écoles grecques en lien avec leur étude sur la métaphysique.

Ce tableau a le mérite de vous montrer la diversité des "écoles" dénombrables dans l'histoire de la philosophie grecque.

 

 

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La plus utile et importante règle pour élever un enfant - Jean-Jacques Rousseau

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 26 mai 2016

Après avoir découvert quelles étaient les 3 sortes d'éducation, et leur but, il faut dégager les principes qui feront d'une éducation la meilleure façon d'élever un enfant.

Comprendre pourquoi l'éducation jusqu'alors n'est pas à la hauteur et n'est pas bénéfique aux hommes, c'est imméditament identifier ce qu'il faut faire pour produire une bonne éducation, pour aider au développement de l'enfant.

Et de manière presque paradoxale, Rousseau affirme en matière d'éducation les bienfaits du laisser-faire contre les dégâts de la contrainte et de tout ce qui est inculqué à l'enfant, du moins aux débuts de l'enfance - Rousseau parle en particulier de la naissance jusqu'à l'âge de 12 ans.

 

>> Pourquoi depuis le début on a mal éduqué les hommes

Selon Jean-Jacques Rousseau, l'homme n'a jamais su éduquer convenablement les enfants. Insistons sur le mot jamais : "depuis qu'on se mêle d'élever des enfants", c'est-à-dire depuis que cette éducation s'est en quelque sorte institutionalisée, depuis que l'homme s'est donné pour mission d'éduquer les enfants, depuis qu'il est conscient de cette pratique éducative.

Rousseau part du principe qu'à la naissance, le coeur d'un enfant est pur. Or pour inculquer des principes, pour éduquer, les adultes ont pris l'habitude de solliciter et de faire naître de mauvaises habitudes chez l'enfant. On peut penser ici à la compétition, au châtiment promis si l'enfant n'obtient pas de résultats suffisants, ou même la récompense que l'on fait miroiter dans le cas où il obtiendrait de bons résultats.

Cette éducation, c'est donc un acharnement contre l'enfant. C'est pourquoi Rousseau préconise d'arrêter : il faut laisser l'enfant. Son cœur est pur, et il faut préserver ce cœur pur.

 

Il est bien étrange que, depuis qu'on se mêle d'élever des enfants, on n'ait imaginé d'autre instrument pour les conduire que l'émulation, la jalousie, l'envie, la vanité, l'avidité, la vile crainte, toutes les passions les plus dangereuses, les plus promptes à fermenter, et les plus propres à corrompre l'âme, même avant que le corps soit formé. À chaque instruction précoce qu'on veut faire entrer dans leur tête, on plante un vice au fond de leur coeur ; d'insensés instituteurs pensent faire des merveilles en les rendant méchants pour leur apprendre ce que c'est que bonté ; et puis ils nous disent gravement : Tel est l'homme, Oui, tel est l'homme que vous avez fait.
On a essayé tous les instruments, hors un, le seul précisément qui peut réussir : la liberté bien réglée. (...) Ne donnez à votre élève aucune espèce de leçon verbale ; il n'en doit recevoir que de l'expérience : ne lui infligez aucune espèce de châtiment, car il ne sait ce que c'est qu'être en faute : ne lui faites jamais demander pardon, car il ne saurait vous offenser. Dépourvu de toute moralité dans ses actions, il ne peut rien faire qui soit moralement mal, et qui mérite ni châtiment ni réprimande. (...)

Posons pour maxime incontestable que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits : il n'y a point de perversité originelle dans le coeur humain ; il ne s'y trouve pas un seul vice dont on ne puisse dire comment et par où il y est entré. La seule passion naturelle à l'homme est l'amour de soi-même, ou l'amour-propre pris dans un sens étendu. Cet amour-propre en soi ou relativement à nous est bon et utile ; et, comme il n'a point de rapport nécessaire à autrui, il est à cet égard naturellement indifférent ; il ne devient bon ou mauvais que par l'application qu'on en fait et les relations qu'on lui donne. Jusqu'à ce que le guide de l'amour-propre, qui est la raison, puisse naître, il importe donc qu'un enfant ne fasse rien parce qu'il est vu ou entendu, rien en un mot par rapport aux autres, mais seulement ce que la nature lui demande ; et alors il ne fera rien que de bien.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Second

 

>> Laissez les enfants casser les meubles

 

Cette formule provocatrice, laissez les enfants casser les meubles, correspond pourtant à la neccesité évoquée ci-dessus : laissez votre enfant avec son coeur pur, laissez-le expérimenter, ne le blâmez pas.

Certes si vous pouvez sauver quelques meubles, par exemple en ne les exposant pas, en changeant les objets précieux par des objets sans intérêt, de sorte que votre enfant ne les cassera pas : faites le. Mais si jamais il s'avère que votre enfant casse le meuble auquel vous teniez tant, si jamais il brise les vitres de votre appartement, ne le punissez pas. Prenez-en à vous-même de n'avoir pas été assez précautionneux, car cet enfant au cœur pur ignore tout de ce qu'il vient de faire, il a simplement suivi sa nature.

 

Je n'entends pas qu'il ne fera jamais de dégât, qu'il ne se blessera point, qu'il ne brisera pas peut-être un meuble de prix s'il le trouve à sa portée. Il pourrait faire beaucoup de mal sans mal faire, parce que la mauvaise action dépend de l'intention de nuire, et qu'il n'aura jamais cette intention. S'il l'avait une seule fois, tout serait déjà perdu ; il serait méchant presque sans ressource.
Telle chose est mal aux yeux de l'avarice, qui ne l'est pas aux yeux de la raison. En laissant les enfants en pleine liberté d'exercer leur étourderie, il convient d'écarter d'eux tout ce qui pourrait la rendre coûteuse, et de ne laisser à leur portée rien de fragile et de précieux. (...)
Que si, malgré vos précautions, l'enfant vient à faire quelque désordre, à casser quelque pièce utile, ne le punissez point de votre négligence, ne le grondez point ; qu'il n'entende pas un seul mot de reproche ; ne lui laissez pas même entrevoir qu'il vous ait donné du chagrin ; agissez exactement comme si le meuble se fût cassé de lui-même ; enfin croyez avoir beaucoup fait si vous pouvez ne rien dire.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Second

 

>> Perdre du temps : la plus importante de toutes les règles

 

Pour Rousseau, le temps de l'oisiveté, le temps de l'expérience inoffensive, le temps de l'insouciance est essentiel à la construction, au développement, et donc à l'éducation d'un homme. C'est pourquoi il faut préserver cette période sacrée pour l'enfant. Laissez-votre enfant respirer, faire ce qu'il veut, laissez la nature agir en lui, invite Rousseau.

Le risque est de vouloir trop tôt orienter, guider, et contraindre l'enfant, sans même savoir ce vers quoi sa nature le pousse. Ce comportement serait néfaste, et ferait perdre davantage encore de temps pour rattraper les dégâts. Au contraire, il faut laisser le temps à l'enfant pour découvrir ses inclinaisons personnelles, pour découvrir comment il s'épanouit, ce qu'il est réellement appelé à faire. Ce n'est qu'ainsi qu'on pourra l'encourager dans cette voie, et lui donner une bonne éducation.

Il est intéressant aussi de noter que Rousseau mentionne l'âge de 12 ans, comme le point jusqu'auquel il faut garantir cette bonne éducation et préserver le cœur innocent de l'enfant.

 

Oserais-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l'éducation ? ce n'est pas de gagner du temps, c'est d'en perdre. Lecteurs vulgaires, pardonnez-moi mes paradoxes : il en faut faire quand on réfléchit ; et, quoi que vous puissiez dire, j'aime mieux être homme à paradoxes qu'homme à préjugés. Le plus dangereux intervalle de la vie humaine est celui de la naissance à l'âge de douze ans. C'est le temps où germent les erreurs et les vices, sans qu'on ait encore aucun instrument pour les détruire ; et quand l'instrument vient, les racines sont si profondes, qu'il n'est plus temps de les arracher. Si les enfants sautaient tout d'un coup de la mamelle à l'âge de raison, l'éducation qu'on leur donne pourrait leur convenir ; mais, selon le progrès naturel, il leur en faut une toute contraire. Il faudrait qu'ils ne tissent rien de leur âme jusqu'à ce qu'elle eût toutes ses facultés ; car il est impossible qu'elle aperçoive le flambeau que vous lui présentez tandis qu'elle est aveugle, et qu'elle suive, dans l'immense plaine des idées, une route que la raison trace encore si légèrement pour les meilleurs yeux.
La première éducation doit donc être purement négative. Elle consiste, non point à enseigner la vertu ni la vérité, mais à garantir le coeur du vice et l'esprit de l'erreur.
(...)
Exercez son corps, ses organes, ses sens, ses forces, mais tenez son âme oisive aussi longtemps qu'il se pourra. Redoutez tous les sentiments antérieurs au jugement qui les apprécie. Retenez, arrêtez les impressions étrangères : et, pour empêcher le mal de naître, ne vous pressez point de faire le bien ; car il n'est jamais tel que quand la raison l'éclaire. Regardez tous les délais comme des avantages : c'est gagner beaucoup que d'avancer vers le terme sans rien perdre ; laissez mûrir l'enfance dans les enfants. Enfin, quelque leçon leur devient-elle nécessaire ? gardez-vous de la donner aujourd'hui, si vous pouvez différer jusqu'à demain sans danger.
Une autre considération qui confirme l'utilité de cette méthode, est celle du génie particulier de l'enfant, qu'il faut bien connaître pour savoir quel régime moral lui convient. Chaque esprit a sa forme propre, selon laquelle il a besoin d'être gouverné (...)
Ne faites donc pas comme l'avare qui perd beaucoup pour ne vouloir rien perdre. Sacrifiez dans le premier âge un temps que vous regagnerez avec usure dans un âge plus avancé. Le sage médecin ne donne pas étourdiment des ordonnances à la première vue, mais il étudie premièrement le tempérament du malade avant de lui rien prescrire ; il commence tard à le traiter, mais il le guérit, tandis que le médecin trop pressé le tue.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Second

 

+ d'articles sur Jean-Jacques Rousseau :

  1.  3 sortes d'éducation, but et origines - Jean-Jacques Rousseau
  2.  Résumé du 1er livre du Contrat social de Rousseau
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  4.  Un état de nature chez Rousseau ?
  5.  La meilleure législation au monde ? La devise française ! - Rousseau
  6.  Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de démocratie ! - Jean-Jacques Rousseau

 

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Résumé du Traité sur la pédagogie - Emmanuel Kant

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 06 mars 2016

Emmanuel Kant dans Über Pädagogik, que l'on peut traduire par Traité sur la pédagogie, donne sa vision de l'éducation, de l'école, de l'apprentissage.

Cette œuvre est une des dernières de sa vie, puisqu'elle a été rédigée en 1803.

-> 5 livres sur l'École et l'Éducation

=> Lire en intégralité le Traité sur la pédagogie (GRATUIT)

 

>> Définition de l'Éducation - Emmanuel Kant

 

Pour Kant, l'éducation est le propre de l'homme. Il n'est pas possible d'éduquer les animaux. Il s'agit alors de bien comprendre en quoi consiste cette "éducation".

 

Der Mensch ist das einzige Geschöpf, das erzogen werden muß. Unter der Erziehung nämlich verstehen wir die Wartung (Verpflegung, Unterhaltung), Disciplin (Zucht) und Unterweisung nebst der Bildung. Demzufolge ist der Mensch Säugling, – Zögling, – und Lehrling.

L’homme est la seule créature qui soit susceptible d’éducation. Par éducation l’on entend les soins (le traitement, l’entretien) que réclame son enfance, la discipline qui le fait homme, enfin l’instruction avec la culture.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - Introduction.

 

Pour cet essai sur la pédagogie, Kant identifie deux grands ensembles d'éducation :

  1. L'éducation physique : attention à ne pas confondre avec une "éducation sportive". Notamment : "la culture de l’esprit, que l’on peut bien aussi d’une certaine manière appeler physique" dans A. De l’éducation physique.
  2. L'éducation pratique : qui regroupe l’habileté, la prudence et la moralité.

Le Traité sur la pédagogie
est une des dernières œuvres d'Emmanuel Kant

>> L'éducation physique

 

 

> Comment cultiver sa mémoire - Emmanuel Kant

 

Emmanuel Kant insiste particulièrement sur les textes, la lecture, l'écriture. Mais il n'oublie pas la partie orale de l'éducation et de l'apprentissage, pour lesquelles les langues sont essentielles.

 

On cultivera la mémoire : 1. En lui donnant à retenir les noms qui entrent dans les récits ; 2. par la lecture et l’écriture ; il faut exercer les enfants à lire de tête et sans avoir recours à l’épellation ; 3. par les langues, que les enfants doivent apprendre en les entendant, avant d’en venir à en lire quelque chose.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - A. De l’éducation physique.

 

> Buts de l'éducation - Emmanuel Kant

 

Selon Kant, l'éducation a pour but de cultiver. Il faut ainsi distinguer :

 

1. Culture générale des facultés de l’esprit, qu’il faut bien distinguer de la culture particulière. Elle a pour but l’habileté et le perfectionnement ; ce n’est pas qu’elle apprenne quelque chose de particulier à l’élève, mais elle fortifie les facultés de son esprit. (...)

2. Culture particulière des facultés de l’esprit. Ici se présente la culture des facultés de connaître, des sens, de l’imagination, de la mémoire, de l’attention et de ce qu’on nomme l’esprit.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - A. De l’éducation physique.

 

Pour la culture générale des facultés de l'esprit, Kant présente 2 aspects :

  1. culture physique : l'enfant est passif puisqu'il reproduit simplement les actions de son maître
  2. culture morale : il s'agit de permettre à l'enfant de penser par lui-même, d'acquérir ses propres valeurs, ses propres maximes, sa propre morale. Il faut sortir d'un système où l'éducation se fonderait sur la punition, sur la contrainte extérieure, qui empêche l'enfant de développer sa propre culture morale.

Pour la culture particulière des facultés de l'esprit, Kant précise que les enfants ont djéà une imagination très développée. Il n'est donc pas nécessaire d'alimenter cette imagination, mais il est important de lui donner des directions, des limites, et de la mettre à contribution.

 

>> L'éducation pratique

 

> Définitions

 

L’éducation pratique comprend : 1. l’habileté ; 2. la prudence ; 3. la moralité.

Pour ce qui est de l’habileté, il faut veiller à ce qu’elle soit solide et non pas fugitive. On ne doit pas avoir l’air de posséder la connaissance de choses, que l’on ne peut pas ensuite réaliser. La solidité doit être la qualité de l’habileté et tourner insensiblement en habitude dans l’esprit. C’est le point essentiel du caractère d’un homme. L’habileté est nécessaire au talent.

Pour ce qui est de la prudence, elle consiste dans l’art d’appliquer notre habileté à l’homme, c’est-à-dire de nous servir des hommes pour nos propres fins. (...) Il est difficile de pénétrer les autres, mais on doit nécessairement comprendre l’art de se rendre soi-même impénétrable. Il faut pour cela dissimuler, c’est-à-dire cacher ses fautes. Dissimuler n’est pas toujours feindre et peut être parfois permis, mais cela touche de près à l’immoralité. (...)

La moralité concerne le caractère. Sustine et abstine, tel est le moyen de se préparer à une sage modération. Si l’on veut former un bon caractère, il faut commencer par écarter les passions. L’homme doit à l’endroit de ses penchants pren­dre l’habitude de ne pas les laisser dégénérer en passions, et apprendre à se passer de ce qui lui est refusé. Sustine signifie supporte et accoutume-toi à supporter.Il faut du courage et une certaine disposition d’esprit, pour apprendre à se passer de quelque chose. On doit s’accoutumer aux refus, à la résistance, etc.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - A. De l’éducation physique.

 

> Ne rendez pas vos enfants humbles

Le plus important demeure la franchise. Il faut être ni trop sûr de soi, ni pas assez. Il faut croire modérément en soi, de manière modeste, mais être franc avec soi-même : il faut se dire la vérité.

Ainsi, il est bon de prendre en considération le jugement d'autrui. Dans le cas contraire, on serait dans l'insolence, qui est à redouter.

Mais Kant détecte un problème majeur dans la société : c'est celui de rendre les enfants humbles, plutôt qu'ils acquièrent l'humilité par leur raison. Kant prend notamment l'exemple de la religion chrétienne, qui prêche l'humilité, mais qui l'enseigne de manière contreproductive.

 

On excite l’envie dans un enfant, en l’accoutumant à s’estimer d’après la valeur des autres. Il doit s’estimer au contraire d’après les idées de sa raison. Aussi l’humilité n’est-elle proprement autre chose qu’une comparaison de sa valeur avec la perfection morale. Ainsi, par exemple, la religion chrétienne, en ordonnant aux hommes de se comparer au souverain modèle de la perfection, les rend plutôt humbles qu’elle ne leur enseigne l’humilité. Il est très absurde de faire consister l’humilité à s’estimer moins que d’autres. — Vois comme tel ou tel enfant se conduit ! etc. Parler ainsi aux enfants n’est pas le moyen de leur inspirer de nobles sentiments. (...)
Le cas où l’émulation pourrait servir à quelque chose serait celui où l’on voudrait persuader à quelqu’un qu’une chose est praticable, comme, par exemple, quand j’exige d’un enfant une certaine tâche et que je lui montre que les autres ont pu la remplir.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - B. De l’éducation pratique.

 

> Faut-il apprendre aux enfants la religion ?

 

En résumé, la position de Kant pour savoir s'il faut faire un apprentissage de Dieu, expliquer la religion, le divin, la métaphysique, aux enfants, est la suivante :

Puisque dans notre société les enfants vont rencontrer le nom de Dieu, ou n'importe quelle pratique religieuse, alors oui, il est important de leur enseigner tôt ce qu'est la religion.

Une suggestion de Kant est d'utiliser l'analogie avec le père (Dieu) en tant qu'il surveille la famille (Humanité).

 

Ce qu’il y a de certain, c’est que, s’il pouvait arriver que les enfants ne fussent jamais témoins d’aucun acte de vénération envers l’Être suprême, et même qu’ils n’entendissent jamais prononcer le nom de Dieu, il serait alors conforme à l’ordre des choses d’attirer d’abord leur attention sur les causes finales et sur ce qui convient à l’homme, d’exercer par là leur jugement, de les instruire de l’ordre et de la beauté des fins de la nature, d’y joindre ensuite une connaissance plus étendue encore du système du monde, et de leur ouvrir d’abord par ce moyen l’idée d’un Être suprême, d’un législateur. Mais, comme cela n’est pas possible dans l’état actuel de la société, comme on ne peut faire qu’ils n’entendent pas prononcer le nom de Dieu et qu’ils ne soient pas témoins des démonstrations de la dévotion à son égard, si l’on voulait attendre pour leur apprendre quelque chose de Dieu, il en résulterait pour eux ou une grande indifférence, ou des idées fausses, comme par exemple la crainte de la puissance divine. Or, comme il faut éviter que cette idée ne se glisse dans l’imagination des enfants, on doit, pour les en préserver, chercher de bonne heure à leur inculquer des idées religieuses. (...) Le meilleur moyen de rendre d’abord claire l’idée de Dieu, ce serait d’y chercher une analogie dans celle d’un père de famille sous la surveillance duquel nous serions placés ; on arrive ainsi très heureusement à concevoir l’unité des hommes qu’on se représente comme formant une seule famille.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - B. De l’éducation pratique.

 

C'est l'occasion pour Emmanuel Kant de donner une définition de la religion :

"Qu’est-ce donc que la religion ? La religion est la loi qui réside en nous, en tant qu’elle reçoit son influence sur nous d’un législateur et d’un juge ; c’est la morale appliquée à la connaissance de Dieu."

 

> Laissez les enfants être des enfants

 

C'est avec beaucoup d'actualité et de modernité qu'Emmanuel Kant aborde le sujet des enfants éduqués comme des adultes.

L'apport de Kant sur ce point semble plus que jamais pertinent alors qu'au sein de nos sociétés du XXIe beaucoup critiquent en vrac la sexualisation de plus en plus précoce des jeunes, l'implication inhumaine des enfants dans les conflits guerriers, ou encore la course à la performance avec pour corrélat la sollicitation de plus en plus intense des enfants, dès leur plus tendre âge.

 

Les enfants ne doivent être instruits que des choses qui conviennent à leur âge. Bien des parents se réjouissent de voir leurs enfants parler avec la sagesse des vieillards. Mais on ne fait ordinairement rien d’enfants de cette espèce. Un enfant ne doit avoir que la prudence d’un enfant. Il ne doit pas être un aveugle imitateur. Or un enfant qui met en avant les maximes de la sagesse des hommes est tout à fait en dehors de la destination de son âge, et c’est chez lui pure singerie. Il ne doit avoir que l’intelligence d’un enfant, et ne doit pas se montrer trop tôt. Un pareil enfant ne sera jamais un homme éclairé et d’une intelligence sereine. Il est tout aussi intolérable de voir un enfant vouloir suivre déjà toutes les modes, par exemple se faire friser, porter des bagues et même une tabatière. Il devient ainsi un être affecté qui ne ressemble guère à un enfant. Une société polie lui est un fardeau, et le courage de l’homme finit par lui manquer tout à fait.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - B. De l’éducation pratique.

 

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