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La lecture agrandit l'âme, et un ami éclairé la console. - Voltaire

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 09 novembre 2016

Les personnages du conte philosophique de Voltaire utilisent le mot "ingénu" dans le sens de quelqu'un qui "dit toujours naïvement ce qu'il pense".

Dans ce conte, celui que l'on appelle l'Ingénu est un Huron : un Indien du Canada.

Ce chapitre, dont l'intitulé signifie beaucoup : "Comment l'Ingénu développe son génie.", est l'occasion pour Voltaire de faire l'éloge de la lecture, des connaissances, de la culture, et du sens critique.

Il y est aussi question de la censure, du gouvernement qui s'oppose à ce savoir libre, des ouvrages que l'on brûle.

 

La lecture agrandit l'âme, et un ami éclairé la console. Notre captif jouissait de ces deux avantages qu'il n'avait pas soupçonnés auparavant. Je serais tenté, dit−il, de croire aux métamorphoses, car j'ai été changé de brute en homme. Il se forma une bibliothèque choisie d'une partie de son argent dont on lui permettait de disposer. Son ami l'encouragea à mettre par écrit ses réflexions. Voici ce qu'il écrivit sur l'histoire ancienne :


« Je m'imagine que les nations ont été long−temps comme moi, qu'elles ne se sont instruites que fort tard, qu'elles n'ont été occupées pendant des siècles que du moment présent qui coulait, très peu du passé, et jamais de l'avenir. J'ai parcouru cinq ou six cents lieues du Canada, je n'y ai pas trouvé un seul monument ; personne n'y sait rien de ce qu'a fait son bisaïeul. Ne serait−ce pas là l'état naturel de l'homme ? L'espèce de ce continent−ci me paraît supérieure à celle de l'autre. Elle a augmenté son être depuis plusieurs siècles par les arts et par les connaissances. (...)
J'aime les fables des philosophes, je ris de celles des enfants, et je hais celles des imposteurs. »


Il tomba un jour sur une histoire de l'empereur Justinien. On y lisait que des apédeutes de Constantinople avaient donné, en très mauvais grec, un édit contre le plus grand capitaine du siècle, parce que ce héros avait prononcé ces paroles dans la chaleur de la conversation :

« La vérité luit de sa propre lumière, et on n'éclaire pas les esprits avec les flammes des bûchers. »

Les apédeutes assurèrent que cette proposition était hérétique, sentant l'hérésie, et que l'axiome contraire était catholique, universel, et grec :

« On n'éclaire les esprits qu'avec la flamme des bûchers, et la vérité ne saurait luire de sa propre lumière. »

Ces linostoles condamnèrent ainsi plusieurs discours du capitaine, et donnèrent un édit.

L'Ingénu - Voltaire - CHAPITRE XI. Comment l'Ingénu développe son génie.

 

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Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de démocratie ! - Jean-Jacques Rousseau

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 09 octobre 2016

 

Qu'est-ce que la Démocratie ? Une question bien difficile, à laquelle beaucoup se sont essayés, dont... Jean-Jacques Rousseau. Le célèbre citoyen de Genêve dans son texte le Contrat social décrit un certain nombre de systèmes politiques, notamment l'aristocratie, la monarchie, et bien sûr... la démocratie.

C'est dans le Livre III, Chapitre 2, que l'on trouve une étude courte mais particulièrement critique et efficace de la Démocratie en tant que forme de gouvernement.

=> Lire en intégralité le Contrat Social, Livre Premier - Rousseau (Gratuit)

 

La démocratie n'est pas critiquée en tant qu'elle est un mauvais régime, une mauvaise forme de gouvernement, mais en tant qu'elle ne convient pas aux hommes, qu'elle est inaccessible pour l'humanité.

-> Critiques et défauts de la démocratie

 

D'où la formule si célèbre de Rousseau : "S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes."

S'arrêter à cette conclusion, sans comprendre les arguments qu'avancent Rousseau pour y aboutir serait un travail contreproductif. C'est pourquoi il est particulièrement intéressant de lire ce chapitre qu'il consacre à la Démocratie, et les raisons qui font de la Démocratie un régime inaccessible.

 

>> L'irréconciliable partage des pouvoirs

 

C'est un paradoxe que soulève Rousseau : faire la loi, c'est en même comprendre comment appliquer et exécuter cette loi. Le plus simple serait donc que la même personne se charge à la fois de l'écriture et de l'application des lois. Mais ce serait contredire de manière tout à fait inacceptable les principes de la séparation des pouvoirs, décrits à la même époque par Montesquieu.

Rousseau craint absolument tout conflit d'intérêt, et notamment les cas où des affaires personnelles prendraient le pas sur les activités publiques. Il est en revanche plus indulgent envers le gouvernement et les abus possibles du gouvernement. Entre les deux, le plus grand danger est pour Rousseau sans conteste la corruption du législateur, comme il l'explique parfaitement dans le Chapitre 4 de son ouvrage :

 

Celui qui fait la loi sait mieux que personne comment elle doit être exécutée et interprétée. Il semble donc qu'on ne saurait avoir une meilleure constitution que celle où le pouvoir exécutif est joint au législatif : mais c'est cela même qui rend ce gouvernement insuffisant à certains égards, parce que les choses qui doivent être distinguées ne le sont pas, et que le prince et le souverain, n'étant que la même personne, ne forment, pour ainsi dire, qu'un gouvernement sans gouvernement.
Il n'est pas bon que celui qui fait les lois les exécute, ni que le corps du peuple détourne son attention des vues générales pour les donner aux objets particuliers. Rien n'est plus dangereux que l'influence des intérêts privés dans les affaires publiques, et l'abus des lois par le gouvernement est un mal moindre que la corruption du législateur, suite infaillible des vues particulières. Alors, l'état étant altéré dans sa substance, toute réforme devient impossible. Un peuple qui n'abuserait jamais du gouvernement n'abuserait pas non plus de l'indépendance ; un peuple qui gouvernerait toujours bien n'aurait pas besoin d'être gouverné.

Jean-Jacques Rousseau - Du Contrat social ou Principes du droit politique - Livre III, Chapitre 4. – De la démocratie.

 

 

 


Du Contrat social
de Jean-Jacques Rousseau
fut publié en 1762
 

>> Un gouvernement concrètement impossible : les raisons pratiques

 

Rousseau fait une lecture très stricte du mot "Démocratie", qui implique que l'ensemble des citoyens soient réunis par exemple pour faire les lois. Il n'y a pas de représentation possible dans cette vision stricte de la démocratie : tous les citoyens doivent être présents et participer. Autrement, ce n'est pas une véritable démocratie, d'autant que cette nouvelle administration, cette nouvelle façon de gouverner par commissions, ou par représentations, conduirait à des dérives inévitables comme le montre l'expérience.

D'où au moins 6 limites matérielles évidentes qui font s'écrouler le rêve d'une démocratie sur Terre :

  1. Limite de temps : le peuple n'est pas constamment disponible.
  2. Limite de lieu : l'état ne doit pas être trop grand, si l'on veut rassembler le peuple entier.
  3. Limite des cas particuliers : le peuple se perdrait à vouloir régler tous les cas particuliers, qui sont une multitude, voire infinis ; cela suppose que le peuple se contente des principes généraux et donc d'une "grande simplicité de mœurs".
  4. Limite des inégalités : le peuple, en fonction de son rang et de la loi, doit être très égal. -> Voir ce que Rousseau entend par égalité.
  5. Limite du luxe : le luxe est une conséquence inévitable de la richesse, et gangrène à la fois les riches et les pauvres.
  6. Limite des guerres : la démocratie, parce qu'il s'agit d'un système qui se renouvelle et s'adapte sans cesse, qui fait constamment place au débat, est particulièrement sujette aux guerres civiles et aux conflits internes.

 

À prendre le terme dans la rigueur de l'acception, il n'a jamais existé de véritable démocratie, et il n'en existera jamais. Il est contre l'ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné. On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques, et l'on voit aisément qu'il ne saurait établir pour cela des commissions, sans que la forme de l'administration change.
En effet, je crois pouvoir poser en principe que, quand les fonctions du gouvernement sont partagées entre plusieurs tribunaux, les moins nombreux acquièrent tôt ou tard la plus grande autorité, ne fût-ce qu'à cause de la facilité d'expédier les affaires, qui les y amène naturellement.
D'ailleurs, que de choses difficiles à réunir ne suppose pas ce gouvernement ! Premièrement, un état très petit, où le peuple soit facile à rassembler, et où chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres ; secondement, une grande simplicité de mœurs qui prévienne la multitude d'affaires et de discussions épineuses ; ensuite beaucoup d'égalité dans les rangs et dans les fortunes, sans quoi l'égalité ne saurait subsister longtemps dans les droits et l'autorité ; enfin peu ou point de luxe, car ou le luxe est l'effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession, l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'état tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion.

Jean-Jacques Rousseau - Du Contrat social ou Principes du droit politique - Livre III, Chapitre 4. – De la démocratie.

 

>> La démocratie n'est pas source de tout repos

 

Ce chapitre est également l'occasion pour Rousseau de rappeler un point important : la démocratie est faite d'agitation, d'inquiétude, de changement. Elle est dangereuse, et elle demande une vigilance constance. C'est pourquoi tout citoyen d'une démocratie aurait à se répéter à vivre selon le principe : "Malo periculosam libertatem quam quietum servitium", ce qui peut se traduire par : "Mieux vaut la liberté et les dangers que la paix qui rend esclave".

Voilà pourquoi un auteur célèbre a donné la vertu pour principe à la république, car toutes ces conditions ne sauraient subsister sans la vertu ; mais, faute d'avoir fait les distinctions nécessaires, ce beau génie a manqué souvent de justesse, quelquefois de clarté, et n'a pas vu que l'autorité souveraine étant partout la même, le même principe doit avoir lieu dans tout état bien constitué, plus ou moins, il est vrai, selon la forme du gouvernement.
Ajoutons qu'il n'y a pas de gouvernement si sujet aux guerres civiles et aux agitations intestines que le démocratique ou populaire, parce qu'il n'y en a aucun qui tende si fortement et si continuellement à changer de forme, ni qui demande plus de vigilance et de courage pour être maintenu dans la sienne. C'est surtout dans cette constitution que le citoyen doit s'armer de force et de constance, et dire chaque jour de sa vie au fond de son cœur ce que disait un vertueux palatin dans la diète de Pologne : Malo periculosam libertatem quam quietum servitium.
S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes.

Jean-Jacques Rousseau - Du Contrat social ou Principes du droit politique - Livre III, Chapitre 4. – De la démocratie.

 

 

+ d'articles sur Jean-Jacques Rousseau :

  1.  3 sortes d'éducation, but et origines - Jean-Jacques Rousseau
  2.  Résumé du 1er livre du Contrat social de Rousseau
  3.  La Famille, la plus ancienne des sociétés - Rousseau
  4.  Un état de nature chez Rousseau ?
  5.  La plus utile et importante règle pour élever un enfant - Jean-Jacques Rousseau
  6.  La meilleure législation au monde ? La devise française ! - Rousseau

 

-> Culture générale : la Démocratie <-

 

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Résumé de Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler - PARTIE 2

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 07 septembre 2014

Suite de l'analyse et de la critique du livre de Valérie Trierweiler Merci pour ce moment.

Retrouver la Première Partie - Analyse de Merci pour ce moment

Pour rappel, voici la problématique de cette critique du nouvel ouvrage, déjà best-seller, de l'ex-Première Dame de France Valérie Trierweiler :

Qu'est-ce qu'a voulu dire Valérie Trierweiler dans son livre ? Quelle est l'originalité d'un tel livre dans la vie politique de la Ve République depuis 1958 ?

La seconde partie de l'analyse suit toujours l'ordre du livre ; elle est composée de trois axes :

  1. Donner sa vérité sur les polémiques grâce à Merci pour ce moment
  2. Les derniers moments d'une Première Dame désillusionnée
  3. Portée de l'ouvrage Merci pour ce moment
     

 

>> Donner sa vérité sur les polémiques grâce à Merci pour ce moment

 

Nicolas Sarkozy sera-t-il de retour en 2017 ? Valérie Trierweiler répond oui ! Pour elle, il a besoin de sa vengeance.

France Hollande a-t-il volontairement fait un afront en ne respectant pas les bonnes coutumes lors de la passation ? Valérie Trierweiler répond non. Et d'ajouter, "D’ailleurs, il tourne les talons sans m’attendre non plus…"

Si elle égratigne Michel Rocard, qui "monopolise la parole, comme à son habitude", c'est plutôt le portrait de Hollande qui intéresse le lecteur. Le président est décrit comme un homme qui cherche à se construire un destin exceptionnel, au-delà du commun des mortels. Cette description est à mettre en contraste avec l'image de "président normal" qu'a voulu se construire François Hollande tout au long de sa campagne et de la présidence. Cette volonté d'avoir un destin est reliée pour Trierweiler à la peur de la mort : "Il refuse de parler de la mort, il ne sait pas faire avec les mourants ni avec les grands malades."

Valérie Trierweiler évoque alors la mort de la mère de François Hollande, et la place difficile qu'elle essaie de trouver.

 

- Le facteur Ségolène Royal

 

Il est question de l'élection présidentielle en 2007. Les primaires socialistes ont commencé depuis 2005, année durant laquelle Ségolène Royal annonce sa candidature dans... Paris Match, où est engagée Valérie Trierweiler alors sa rivale. Ségolène Royal est décidée à représenter le PS pour l'élection, malgré ce que pensait au départ François Hollande. "Plus rien n’arrête Ségolène Royal. Son ambition et son énergie sont décuplées par sa colère et sa souffrance face aux difficultés de son couple, qu’elle tait."

Or, pour des raisons politique, Royal et Hollande préfèrent s'afficher ensembles. Il s'agit de donner l'image d'un couple stable et heureux, idéal pour la communication politique, et situation la plus appréciée des électeurs, comme l'a montré l'histoire de la Ve République. Être un couple stable semble le modèle idéal pour un candidat politique, le plus rassurant. Or à cette époque la liaison entre Hollande et Trierweiler, bien que seulement officieuse, existe bel et bien.

Ce qui vaut ces mots à l'auteur : "Je ne veux pas participer au mensonge médiatique du couple uni qui s’épaule dans la course à l’Élysée.", que forment Ségolène Royal et François Hollande.

Toutefois, le couple uni aux yeux des médias ne l'est pas autant en privé d'après Valérie Trierweiler, qui évoque les "dissensions entre le parti et l’équipe de campagne, entre elle et lui". Ségolène Royale n'est pas assez crédible ni assez compétente pour François Hollande : "Combien de fois François me répète-t-il qu’elle n’a pas le niveau ?"


Valérie Trierweiler

- Comment François Hollande veut rattraper Valérie Trierweiler

 

Valérie Trierweiler raconte comment François Hollande a essayé de la faire revenir, lui envoyant des textos régulièrement pleins de promesses.

Notamment lors de la commémoration du D-Day : "Entre son dîner avec Barack Obama et son souper avec Vladimir Poutine, il trouve le temps de m’écrire un nouveau texto". Ce qui frappe le lecteur, c'est cette imbrication entre la vie publique, officielle, et sa vie privée, qui semble un impératif diplomatique au même titre que les relations gouvernementales.

 

- Le trio Hollande-Royal-Trierweiler

 

Après avoir relaté l'épisode de l'arrestation de DSK, Valérie Trierweiler raconte les primaires socialistes avant l'élection de 2012. Alors que la presse se réjouit de l'affrontement entre Hollande et Royal pour l'investiture, l'auteur fait une déclaration à la fois sibylline et fracassante : "Je sais ce que Ségolène Royal lui a demandé en échange de son ralliement, y compris financièrement, et je ne doute pas qu’elle ait obtenu gain de cause".

Sans s'attarder sur les enjeux de ce pacte, l'ironie de ses tweets, autrefois comprise que par quelques uns, peut être mise au jour : "J’écris un tweet pour la féliciter de « son ralliement sincère et désintéressé ». Mon ironie n’est compréhensible que d’un petit cercle d’initiés." C'est une private joke, mais elle montre combien le monde politique peut avoir ses codes, et comment des déclarations publiques apparemment anodines peuvent révéler un double sens. Le discours publique, dont on ne soupçonnait pas la duplicité, propose deux lignes d'interprétation, dont l'une n'est autorisée que pour un monde politique restreint et clos. - A propos de ces private jokes, Valérie Trierweiler écrira plus tard à propos de Hollande dans le livre : "il m’adressait en public des messages que moi seule pouvait comprendre".

Une anecdote sur un film des succès du PS, dans lequel n'apparaît pas Ségolène Royal - ce qui est interprété comme la volonté de Valérie Trierweiler -, montre la surinterprétation des médias, de la "machine folle" comme elle les appelle.

Valérie Trierweiler reconnaît alors être littéralement sous la coupe de l'hystérie, sous l'effet "des excès émotionnels incontrôlables", dans un contexte d'emballement général : "il m’est physiquement impossible de les voir tous les deux main dans la main sur scène".

Ces sentiments exacerbés sont toujours alimentés par une jalousie envers Ségolène Royal. Tout est question d'image politique, et chaque personnage politique semble tenter de manipuler tant que possible le souvenir qui restera des événements, l'image forte qui marquera.

Trierweiler se prend également à ce jeu : "Je sais qu’elle refuse de me serrer la main. Je décide de la coincer. J’attends qu’elle regagne sa place. Je fais signe à quelques photographes et je m’avance droit vers elle. Je lui fais un coup… à la Royal"

Tout est bien une partie stratégique en matière de politique, dont les médias sont à la fois les vecteurs et les outils.

 

- "pas jojo, la famille Massonneau"

 

Cette déclaration adressée à Valérie Trierweiler à propos de sa famille est très mal ressentie. C'est à partir de cette anecdote que Trierweiler développe ce qui a le plus marqué à la sortie du livre Merci pour ce moment, et qui a eu le plus de retentissement dans la presse. Il s'agit du dédain dont fait preuve François Hollande, notamment pour des petites gens.

Valérie Trierweiler achève son ex-mari en deux sentences qui ont provoqué un choc dans l'opinion :

"Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le Président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé « les sans-dents », très fier de son trait d’humour."

C'est sans doute à la suite de ces phrases en particulier que deux jours après la sortie de Merci pour ce moment, un sondage indique que 37 % des Français jugent que livre modifie "en mal" l'image qu'ils ont du chef de l'État.

 

- Une réputation à tenir

 

De manière plus imprévisible, une critique est glissée à l'encontre de Wikipédia, qui continuerait à colporter une rumeur quant à un grand héritage reçu par Valérie Trierweiler : "la rumeur tenace perdure encore et s’affiche toujours sur Wikipédia". Au-delà de la remise en cause du principe de Wikipédia, où l'information livrée à l'usage et à la manipulation du public, peut se faire une place parfois sans fondement, c'est encore de la part de Valérie Trierweiler une critique plus générale des médias et des rumeurs lancinantes, à l'importance de la réputation.

"En dehors de Laurent Fabius, il ne faut pas être expert pour comprendre que la plupart des nouveaux ministres n’ont pas le niveau." Ce commentaire apparemment gratuit, - ou sans réelle justification si ce n'est que ce jugement semble être conforté par la presse -, est toutefois suffisamment acerbe pour être relevé.

Après le récit de son voyage aux Etats-Unis avec François Hollande, elle raconte comment le livre La Frondeuse n'est selon elle que le résultat d'une journaliste qui a trahi sa confiance et déformé ses propos.

S'ensuit une campagne de dénigrement, que Valérie Trierweiler analyse elle-même dans un jugement qui est de plus en plus partagé à la fois par les observateurs et les célébrités elles-mêmes : "Les sociétés connectées favorisent ce que les chercheurs américains appellent une « épidémie de dénigrement » et une « culture de l’humiliation »."

Les Premières Dames du monde ont en commun de subir chaque fois trois types de critiques, que Valérie Trierweiler résument ainsi :

  1. de se mêler des affaires de leur mari,
  2. d’avoir de l’ambition pour deux
  3. et de dépenser l’argent public de manière indue

 

>> Les derniers moments d'une Première Dame désillusionnée

 

- La gloire contre le bonheur

 

François Hollande est décrit comme un homme ambitieux, qui cherche le pouvoir, qui cherche le poste le plus honorifique.

En plus de révéler un commentaire qui pourrait s'avérer blessant pour son second ministre dans l'ordre d'importance du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères, le dialogue que rapporte alors Valérie Trierweiler montre le piège dans lequel s'est enfermé Hollande, ou le choix qu'il a fait, en obtenant le poste glorieux de président - et encore, frappé d'impopularité -, au prix de son bonheur :

"il me dit, alors que nous parlions de Fabius :
– C’est terrible pour lui, il a raté sa vie.
– Pourquoi dis-tu ça ?
– Parce qu’il n’est jamais devenu président.
– Mais ça ne veut pas dire qu’il a raté sa vie. Il a l’air heureux dans ce qu’il fait et avec sa compagne. Et toi, es-tu heureux ?
– Non.
"

Ce dialogue, rapporté dans les extraits du Figaro, est significatif d'une fonction présidentielle souvent idéalisée et noble, mais qui pourrait tout au long de la Ve République n'avoir été que l'objet d'ambitions égoïstes, d'hommes avides de réussir.

Tout au long du récit, Valérie Trierweiler a égrainé les exemples de son engagement auprès d'associations, ou de causes politiques, tout comme son combat pour libérer les otages de Boko Haram, ou son soutien aux enfants handicapés. Le handicap est d'ailleurs l'occasion d'une phrase prononcée par Hollande, stupéfiante pour Valérie Trierweiler  : "Comment as-tu trouvé Croizon ? – Je n’aime pas les handicapés qui font commerce de leur handicap."

 

- L'opinion publique souveraine

 

A cause d'une baisse de popularité, le président renonce à reprendre des vacances, qui étaient pourtant studieuses.

Traduisant pour certains un manque d'affection, Valérie Trierweiler voit de la vérité au fond des propos d'un proche : "J’ai l’impression que son amour est lié à sa cote de popularité". C'est encore l'association des sentiments et de l'administratif froid qui frappe dans cette formule. L'amour ne semble être qu'un moyen au service de la politique du président.

Le rôle de l'opinion publique est marquant. La qualité de ce passage du livre de Valérie Trierweiler est de révéler l'inverse de ce que les politiques tentent d'imposer comme une image : les enquêtes d'opinions et les sondages les touchent. On est bien loin en effet des propos qui entendent mener une politique peu importe les avis ; de ceux qui prétendent diriger sans se soucier des sondages, de ceux qui déclarent maintenir une ligne et ne pas être gouverné ou freiné par les rênes de l'impopularité.

L'opinion publique semble en effet importante à deux niveaux :

  1. Un premier niveau public, car il contraint la vie politique, il dresse des voies dans la conduite des affaires publiques.
  2. Mais aussi un second niveau, plus caché et plus intime, celui de la personne même du personnage politique, en l'occurrence du président. C'est bien de sa fierté, de son estime de soi, dont il est question : le sondage semble avoir un véritable poids dans cette image de soi qu'a le président, qui bien sûr n'est pas révélée en public, mais a des répercussions presque plus importantes : "il tient à sa popularité comme à la prunelle de ses yeux".

 

Elle ajoutera quelques pages plus tard, à la fois pour elle et les autres : "ceux qui vous diront être indifférents à l’impopularité mentent". (page 364)

 

- 2017

 

François Hollande avait tôt en tête l'hypothèse de prendre Manuel Valls comme premier ministre. Mais ce choix n'est pas sans conséquence, et le livre de Valérie Trierweiler a le mérite de rappeler que le Président a toujours constamment en tête les futures élections. "Si en 2017, tu es en état de faiblesse, il exigera des primaires pour se présenter." Au-delà d'une rivalité sur le plan idéologique, de vue politique et économique, c'est aussi une question politique et stratégique pour un avenir personnel.

Il est intéressant de voir comment cette relation ambigüe entre le Président et le Premier ministre a jalonné la Ve République : c'est en effet l'occasion de se rappeler Pompidou, premier ministre devenu président, tout comme Chirac, etc.

 

- La fin du récit d'une femme engagée, jalouse et trompée

 

Après avoir évoqué l'ambiance des bains de foule, puis l'affaire Cahuzac, Valérie Trierweiler évoque ses actions pour les associations, et celles de son cabinet dont elle assure l'utilité malgré ce que l'opinion voulait bien entendre : "Si les associations ont toujours vu l’utilité de mon rôle, l’opinion ne m’a pas fait de cadeau.".

L'affaire Leonarda - dans laquelle une élève avait été cherchée lors d'une sortie scolaire pour être expulsée avec sa famille - montre le souci de conciliation constant du Président, qui semble hésitant, incapable à décider.

Valérie Trierweiler revient sur sa jalousie affirmée, au travers de l'évènement des obsèques de Nelson Mandela, et par contraste, après sa rupture sur les nombreux SMS qu'elle reçoit quotidiennement : "J’ai compté vingt-neuf sms hier".

Les aveux du président sur la peine qu'il a rencontrée à être un couple en milieu politique avec Ségolène Royal paraissent faire écho à la même souffrance que Valérie Trierweiler décrit sur son parcours dans Merci pour ce moment. François Hollande lui "confie sa souffrance d’avoir partagé cette vie publique, d’avoir été plusieurs fois effacé au profit de la mère de ses enfants.", et résumée par ces mots qui lui avaient été adressés : "Bonjour Monsieur Royal !".

La formule est aussi simple qu'efficace dans son style pour exprimer comment Hollande n'existait à ce moment que par son épouse, et fait penser au sentiment de satisfaction que pourrait représenter en retour l'élection de François Hollande en 2012 après l'échec de 2007.

Pour le lecteur, c'est deviner qu'une part de la souffrance exprimée par Valérie Trierweiler a été de la même manière vécue par François Hollande. Valérie Trierweiler fait remonter cette peine à la nomination de Ségolène Royal en tant que ministre de Mitterrand, tandis que le nom de François Hollande était écarté.

Au final, Valérie Trierweiler aura trouvé la satisfaction d'avoir porté la loi sur le mariage pour tous, à laquelle elle accorde un rôle clé pour l'avenir. Elle espère, dans les derniers mots, pouvoir être aimée autant qu'elle a aimé.

 

>> Portée de l'ouvrage Merci pour ce moment

 

- Un témoignage à retenir sur un épisode de la Ve République

 

Pour résumer l'ouvrage Merci pour ce moment, une expression nous a semblé pertinente, analyse faite par Valérie Trierweiler elle-même :

"c’est là le « paradoxe Hollande », cet homme qui ne veut pas partager la lumière, [...] amoureux d’une femme qui avait un métier, un passé [...] Il a choisi la passion. Ainsi vont les hommes politiques, ces êtres orgueilleux et forts, qui veulent tout et le contraire de tout, car leurs ambitions n’ont pas de limites.".

 

- Les intentions d'un auteur aimant et blessé

 

L'impression générale qui se dégage de Merci pour ce moment, peut être saisie par le prisme d'une pièce de Victor Hugo que cite Valérie Trierweiler dans les dernières pages, Lucrèce Borgia, et cette parole de Lucrèce à son époux Don Alphonso  :

« Vous avez laissé le peuple se railler de moi, vous l’avez laissé m’insulter… Qui épouse protège. »

Lucrèce Borgia, Victor Hugo

Valérie Trierweiler se reconnaît dans cette femme qui a subi les humiliations de la foule, de l'opinion public, souvent injustement.

Elle apparaît comme une femme jalouse, mais surtout blessée. Le regret est celui de n'avoir pas été suffisamment aimée, d'avoir été trompée, mentie, et ce à proportion de son amour qu'elle avait pour le président.

Merci pour ce moment a un titre ambigü, à la fois reconnaissant du temps passé et des plaisirs qu'elle y a trouvé, notamment au jeu de l'amour, mais surtout ironique quant à ce bref instant - "moment" - dont elle est sortie accablée.

L'ouvrage semble bien être le dernier acte en date d'une vengeance calculée - l'ouvrage a été imprimé dans le plus grand secret en Allemagne, et Valérie Trierweiler était prafaitement consciente des conséquences politiques désastreuses qu'il aurait pour Hollande.

Mais l'envie de rétablir sa propre vérité, après toutes les injustices, a été plus fort, malgré les tentatives répétées de François Hollande pour l'en empêcher, en filligranes tout au long du récit. A ce jeu, et bien qu'une nouvelle fois critiquée et insultée pour avoir sorti ce livre, Valérie Trierweiler semble sortir gagnante si l'on considère ce sondage publié à la sortie qui indique que 53% des Français préfèrent Trierweiler plutôt que Hollande.

 

- L'ampleur du phénomène Merci pour ce moment

 

Dès sa sortie, Merci pour ce moment était en rupture de stock chez les libraires, battant des records de vente remontant à 4 ou 5 ans.

C'est un coup qui n'admet pas de répliques comme l'ont souligné nombre d'éditorialistes. "un poison lent et sans antidote" comme l'écrit Laurent Neumann dans LePoint.

Difficile de savoir si l'ampleur de l'événement était calculée par Valérie Trierweiler, à l'image de l'affaire du tweet. Elle dit regretter que l'on ne se souvienne que des mauvais passages, cet article devrait lui avoir fait justice, puisqu'il reprend objectivement l'ensemble de l'ouvrage, même si la critique et l'analyse en est le fil directeur.

François Hollande s'est dit "atterré" par la sortie de l'ouvrage, et bien que se montrant réservé à commenter, il a déclaré en marge d'un conseil de l'OTAN :

La fonc­tion prési­den­tielle doit être respec­tée. Pour ce qui me concerne, je n'accep­te­rai jamais que puisse être mis en cause ce qui est l'enga­ge­ment de toute ma vie, de tout ce qui a fondé ma vie poli­tique, mes enga­ge­ments, mes respon­sa­bi­li­tés, les mandats que j'ai exercé.

 

 

Merci pour ce moment est publié aux éditions des Arènes, nous vous conseillons d'acheter ce livre, disponible par exemple sur Amazon :

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