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Les Etats-Unis à l'époque de la guerre du Vietnam - Histoire populaire de la société des Etats-Unis après 1945

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 27 février 2019

 

Pour comprendre qu'est-ce qu'une histoire populaire des Etats-Unis, le travail d'historien de Howard Zinn, et pour retrouver le sommaire de cette histoire : rendez-vous ici Histoire populaire de la société des Etats-Unis après 1945.

 

>> Les Etats-Unis à l'époque de la guerre du Vietnam

 

>> La 1ère partie de la guerre d'Indochine

 

En 1945, le Japon évacua l'Indochine. Les révolutionnaires dirigés par Ho Chi Minh qui les avaient combattus rédigent une Déclaration d'indépendance, où ils critiquent en particulier les colonialistes français.

Craignant le contrôle des puissances occidentales sur l'Indochine, Ho Chi Minh envoie des lettres au président Truman en 1945 et 1946, ainsi qu'une aux Nations unies, en rappelant le principe d'autodétermination, mais le président Américain ne fit aucune réponse.

La guerre d'Indochine commença en octobre 1946, quand les Français bombardèrent le port d'Haiphong. Les Etats-Unis vinrent en aide aux Français : ils financèrent en tout 80% de la guerre française. Les raisons invoquées étaient celles de lutter contre le communisme, et ce qui fut appelé plus tard la théorie des dominos : si un pays devenait communiste, il deviendrait contagieux pour ses voisins.

En 1954, les Français renoncèrent à la guerre, devant une population fidèle à Ho Chi Minh. Le Sud-Vietnam demeura sous l'emprise des Etats-Unis, qui placèrent Ngo Dinh Diem au gouvernement. Peu populaire du fait de sa religion, catholique alors que la population était plutôt bouddhiste, de ses intérêts économiques, alors que la population était composée de petits paysans, Diem réagissait avec force, et emprisonnait notamment les opposants qui dénonçaient la corruption. Vers 1958, la guérilla alimentée par le Nord-Vietnam menaçait le gouvernement. Le Front national de libération, connu sous le sigle FNL, réunit les mécontents. Pike estimait à environ 300 000 le nombre de membres du FNL début 1962.

 

>> La 2nde partie de la guerre d'Indochine

 

Kennedy en 1961 prit la suite de l'action engagée par Truman et Eisenhower. En mai 1963, l'immolation par le feu d'un moine bouddhiste à Saigon fut prise en exemple par d'autres moines. La réaction de la police engrangea de nombreuses violences.

Des généraux vietnamiens, en contact avec le responsable local de la CIA,, complotèrent contre Diem. Ceci n'allait pas contre les intérêts des Etats-Unis, pour qui Diem était devenu gênant. Les généraux prirent le palais présidentiel le 1er novembre 1963, et Diem en fuite fut rattrapé et exécuté.

3 semaines après, Lyndon Johnson succédait à Kennedy, après l'assassinat de ce dernier.

Lyndon B. Johnson
Conférence de Lyndon B. Johnson le 28 juillet 1965,
"Why we are in Vietnam"

Au Sud-Vietnam, le FNL demeurait populaire. Johnson prit pour prétexte le fait que "le destroyer américain Maddox" avait "été l'objet d'une agression injustifiée", évènement qui n'aurait été en fait qu'un coup monté des Etats-Unis, pour relancer la guerre au Vietnam. En 1965, plus de 200 000 soldats furent d'abord envoyés, bientôt rejoints par 200 000 autres soldats en 1966. Des régions entières du Sud Vietnam furent déclarées "Free Fire Zones" : toute personne s'y trouvant, même civile, était considérée comme un ennemi. Les hommes qui pouvaient orter une arme étaient tués, les maisons détruites par le feu, et des camps de réfugiés avaient été mis en place. La Croix-Rouge internationale a fait part depuis de documents estimant le nombre de prisonniers dans ces camps au plus fort de la guerre : 65000 personnes à 70000 personnes.

La Cour suprême, à qui furent adressées des pétitions pour montrer l'inconstitutionnalité de la guerre, se refusa d'étudier la question. A la fin de la guerre,  7 millions de tonnes de bombes avaient été lancées au Vietnam. Les produits toxiques délivrés eurent aussi de forts impacts négatifs sur l'environnement et probablement sur les naissances.

Le 16 mars 1968 eut lieu la tragédie de My Lai, du nom du village : tous les habitants y furent tués, regroupés dans une fosse. Il s'agirait de 450 à 500 personnes, surtout des femmes, des enfants, et des vieux, selon Seymour Hersh qui a dédié un livre à cet évènement. My Lai n'aurait pourtant pas été un cas isolé.

Au début de cette année 1968, le FNL lance l'offensive du Têt, et parvient jusqu'à Saigon, même si l'attaque est contrecarrée.

 

>> Les premières protestations contre la guerre au Vietnam

 

La popularité de Johnson est si basse que celui-ci annonce en 1968 qu'il ne se représentera pas. Les Etats-Unis commencent à faire revenir leurs troupes.

La même année, Richard Nixon succède à Johnson à la présidence, et continue le retrait des troupes. En février 1972, les soldats américains sont 150 000 seulement au Vietnam. Nixon confie la poursuite du conflit aux forces sud-vietnamiennes, en ne faisant que financer et soutenir matériellement le gouvernement : c'est la "vietnamisation" du conflit. C'est un moyen pour Nixon de ne pas arrêter la guerre, tout en contentant la population.

En 1970, Nixon et Henry Kissinger essaient de s'imposer au Cambodge, mais c'est un échec. En 1971, 800 00 tonnes de bombes auraient été envoyées au Laos, Cambodge, et Vietnam, par les Etats-Unis, notamment en soutenant le Sud-Vietnam contre le Laos.

Les oppositions de la population américaine vinrent en particulier du mouvement pour les droits civiques. Le SNCC, Student Nonviolent Coordinating Committee, s'opposa publiquement en 1966 à la "politique agressive en parfaite violation des lois internationales" des Etats-Unis. Le boxeur Muhammad Ali dénonça une "guerre de l'homme blanc", et Martin Luther King déclara : "D'une manière ou d'une autre, cette folie doit cesser".

A partir de 1964, le slogan "Nous n'irons pas" irriguait la société américaine, tandis que des jeunes refusaient de s'inscrire pour l'incorporation.  Un de ces protestataires, David O'Brien, brûla ses papiers militaires ; cet acte fut l'objet d'une décision de la Cour suprême, qui refusa l'argument de la "liberté d'expression".

Le nombre de personnes réfractaires traitées en justice explosa : milieu 1965, 385 poursuites judiciaires, en 1968, 3500 poursuites, et 300 960 en 1969.

 

>> L'amplification des mouvements de contestation de la guerre

 

Deux évènements contribuèrent à sensibilier l'opinion américaine. Ce fut deux suicides par le feu pour protester contre la guerre : le premier le 2 novembre 1965, exécuté par Norman Morrison devant le Pentagone, et le second fut celui d'Alice Hertz la même année à Detroit.

Le 15 octobre 1969, ils furent 100 000 à manifester à Boston contre la guerre. En 1970, des manifestations de même ampleur eurent lieu toute l'année à Washington.Et la protestation gagna même la classe moyenne et les professions libérales, ce qui est relativement rare.

Autour du gouvernement, voire même au sein du gouvernement, des voix commencèrent également à s'élever, comme celle de Daniel Ellsberg. Avec son ami Anthony Russo, ils publièrent des documents secrets, envoyés aux membres du Congrès et au New York Times qui commença à diffuser dès juin 1971 des extraits connus sous le nom de Pentagon Papers.

Des prêtres et des religieuses catholiques se joignirent à la protestation, comme le père Philip Berrigan, le frère de Daniel Berrigan, ou Mary Moylan.

Lorsque Nixon commanda d'envahir le Cambodge, les protestations attinrent un paroxysme. Le 4 mai 1970, la garde nationale fit 4 morts et un paralysé parmi les étudiants de la Kent State University, ce qui provoqua la plus grande grève estudiantine jamais vue dans le pays, touchant 400 universités et collèges. Le FBI compte 1785 manifestations au cours de l'année scolaire 1969-1970.

 

>> La fin de l'engagement des Etats-Unis au Vietnam

 

En août 1965, 61% des Américains pensaient que l'engagement au Vietnam n'était pas une mauvaise chose.  Le rapport fut inversé en mai 1971 : 61% considérant que l'engagement au Vietnam était une mauvaise chose.

Cette désapprobation était la plus forte chez les personnes âgées de plus de 50 ans, chez les Noirs, et chez les femmes.

Les soldats eux-mêmes commencèrent à devenir pacifistes. Aux actes individuels de désobéissance suivirent les désertions, : 50 000 à 100 000 déserteurs. Une presse clandestine se développa dans les bases militaires, à partir de 1970. Même sur le front vietnamien, les militaires s'opposaient parfois à des actions de la guerre.

Ces hommes furent menacés d'être supprimés des rangs une fois que les Etats-Unis retirèrent leurs troupes en 1973. Il s'agissait d'environ 6000 hommes, parmi lesquels beaucoup de Noirs.

L'engagement américain au Vietnam prit en effet fin à l'automne 1973, après une ultime tentative pour faire reculer le Nord-Vietnam. Après le retrait, les Etats-Unis continuèrent de soutenir le gouvernement de Saigon, mais celui-ci vacilla sous les attaques du Nord-Vietnam en 1975 : Saigon fut nommé Ho Chi Minh-Ville et le Vietnam fut réunifié.

 

 

-> Histoire populaire de la société des Etats-Unis après 1945 <-

 

 

 

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V. Le protectionnisme

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 10 février 2019

 

A. Présentation du protectionnisme

 

Le protectionnisme se définit comme l’ensemble des mesures tarifaires ou non visant à protéger les producteurs locaux de la concurrence étrangère.

La mondialisation fait que l’on devrait retrouver, en théorie, de moins en moins de protectionnisme pour pouvoir faire avancer le marché libre.

Cependant, la concurrence n’est en pratique jamais pure et parfaite et il semble que dans certains cas (par exemple dans le cas des entreprises naissantes), un certain protectionnisme soit justifié.

Si les pays développés ont effacé presque toutes leurs barrières douanières (sauf dans certains secteurs sensibles tels que l’agriculture), les pays émergents sont plus enclins à un fort protectionnisme.

Le combat contre le dumping, pratique par laquelle les entreprises étrangères vendent moins cher que les entreprises domestiques, mène à des politiques protectionnistes.

Un indicateur du protectionnisme, l’OTRI, a été créé en calculant les prix intérieurs comparés aux prix extérieurs.

L’agriculture est le secteur le plus protégé, loin devant le textile et l’industrie. Cependant, les niveaux de protection changent avec les accords bilatéraux passés entre les pays et avec la création de grandes zones économiques telles que l’UE.

Chaque année, l’OMC compte de plus en plus de traités bilatéraux entre les pays, ce qui crée une sorte de chaos de l’économie mondiale. Ces accords sont généralement passés pour établir des règles précises de marchandisation des produits et pour les uniformiser.

En effet, les droits de douanes ne sont plus les obstacles majeurs, notamment dans les pays développés. Ils se situent davantage à d’autres niveaux, comme les normes d’hygiène par exemple.

 

B. La pensée économique autour du protectionnisme



On retrouve généralement 2 façons opposées de penser les échanges internationaux :

  1. une vision libérale du marché, qui montre un monde ouvert à tous les échanges
  2. une vision d'un monde seulement régulé par les règles des pays et par les accords bilatéraux.

Ces deux visions se confrontent, notamment sur le fait qu’il ne peut y avoir de libre concurrence sans régulation (pour éviter les monopoles par exemple).


De plus, dans les échanges internationaux, les Etats cherchent toujours à améliorer les avantages comparatifs. Bien que les protections douanières continuent de reculer, on retrouve toujours de nombreux obstacles non tarifaires qui tendent de s’implanter au sein même de certaines zones économiques privilégiées et qui cherchent à maintenir certaines formes d’interventionnisme d’état (politiques anti-dumping, patriotisme économique, etc.).

En France, le mercantilisme est l’idée qu’on va développer une industrie (manufactures) en mettant des barrières douanières pour s’affranchir de l’extérieur. Le colbertisme vise à protéger l’industrie française de l’extérieur (protectionnisme).

Colbert en profite pour protéger les frontières, bâtir des villes fortes, etc. Elan industriel et commercial assez important. Cette période se voit à travers des visages plutôt différents selon les pays.


La pensée libérale se développe par la philosophie et John Locke élabore par exemple la doctrine du droit naturel : les hommes naissent avec des droits naturels, dont la propriété. Il découle de cette idée la liberté de commercer également.


La pensée physiocratique (avec François Quesnay en France) se base sur l’idée que la production va mener à la croissance, et notamment par l’agriculture.

Dans le libéralisme, on retrouve les idées de Locke et Hume : le rôle de l’état est de faire respecter les droits naturels et de ne surtout pas intervenir dans les activités économiques. Les principes du libéralisme, c’est la raison (la religion n’est plus un élément central), la liberté, etc.

Ricardo défend lui les avantages comparatifs : un pays a tout intérêt à tenter de produire ce qu’il produit le mieux.

Les économistes classiques sont souvent appelés les économistes pessimistes car ils pensent que l’économie se tourne toujours vers un état stationnaire : d’après eux, il y aura toujours une baisse de profits à un moment ou à un autre. Le système irait à sa fin car il y aurait de moins en moins de croissance. L’ouverture à l’internationale serait une façon de retarder le moment où on arrivera à un état stationnaire. D’après eux, la valeur d’un bien est égale à la quantité de travail nécessaire à la faire. Marx parle alors d’exploitation par exemple. La valeur du travail est alors calculée en fonction du niveau des subsistances, basé sur le niveau du blé (qui fixe le niveau des salaires). Pour Ricardo, le commerce extérieur serait une solution recherchée.

 

C. Un contournement du protectionnisme et de nouvelles logiques


 

L’économie internationale se développe par certains types de différenciation :

 

  • L'avantage technologique, comme le montre Posner. Le cycle de vie d’un produit (théorie de Vernon) est l’idée qu’un produit a une durée de vie. Lorsque l’élasticité de la demande est faible (même si le prix augmente, la demande reste la même) les offreurs trouvent logiquement une demande solvable dans le pays.
  • L’homogénéité/hétérogénéité du produit : la différenciation des produits peut être horizontale ou verticale (si les produits sont différenciés par la qualité).
  • Ddemande de la différence (Bernard Lassudrie-Duchêne) : les consommateurs cherchent à travers la consommation à se différencier les uns des autres. La demande joue un rôle important dans ce domaine.


Aujourd’hui, les rendements sont décroissants : l’unité marginale est de moins en moins rentable. Les économies d’échelle interne sont propres à une entreprise.

Le modèle de Brander et Spencer montre que, dans certains cas, quand il faut des investissements très élevés, seules de très grosses entreprises peuvent être sur le marché.

Il n’y a donc pas de règle de la concurrence parfaite. Ce modèle montre qu’il y a des coûts d’entrée qui sont très forts pour arriver sur les marchés et que, sans subvention, tous les pays y perdraient. Les théories modernes montrent l’intérêt que le commerce international a en créant des situations nouvelles : les entreprises cherchent à s’établir sur les marchés. Le protectionnisme peut prendre des formes plus ou moins larvées, ce qui va donner la constitution d’un système bien plus opaque.

 

 

Sommaire du Cours d'économie sur la Mondialisation :

 

 

-> Culture générale : la Mondialisation <-

 

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Enrichir son Vocabulaire pour Briller avec les Mots

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 09 février 2019

 « Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux.  »

 René Char, Extrait de Chants de la Balandrane

 

Vous connaissez l'importance des mots dans une langue.

Que ce soit pour séduire, pour étudier, pour comprendre, pour impressioner, pour réussir, les mots sont un atout essentiel.

C'est pour tous ces usages que nous vous proposons ces listes de vocabulaires. Ces mots sont utiles, encore vivants, et beaux.

Si vous les rencontrerez inévitablement, ils sont pourtant suffisamment rares pour mériter leur place dans une collection qui pourra enrichir la somme de vocabulaire que vous possédez déjà.


René Char

 

 

N'hésitez pas aussi si vous avez davantage de temps à LIRE, LIRE, LIRE. C'est le meilleur moyen pour enrichir à la fois votre vocabulaire, ET votre culture.

 

Retrouvez aussi :

-> Définitions de Culture générale

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Résumé de Multiculturalisme, Charles Taylor

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 08 février 2019

Le multiculturalisme est une notion de plus en plus importance dans les sociétés actuelles. L'auteur Charles Taylor lui consacre un ouvrage intitulé "Multiculturalisme. Différence et démocratie" dont voici un résumé.




Résumé du livre Multiculturalisme par Charles Taylor



Charles Taylor, né en 1931, coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles en 2007, a consacré tout un essai sur le thème du multiculturalisme.


Charles Taylor part tout d'abord du constat que les mouvements politiques se servent du besoin de reconnaissance des hommes.

Or d'après Charles Taylor, reconnaissance et identité sont liés.

Le discours de reconnaissance a été rendu familier aux hommes de deux façons :


1) Dans la sphère privée. Dans la sphère privée, l'identité et le moi se constituent grâce au dialogue, grâce aux interactions avec les autres qui nous importent.
2) Dans la sphère publique. La reconnaissance égalitaire au fur et à mesure de l'histoire de la société a pris un rôle de plus en plus important.

 

I. Deux politiques face au multiculturalisme

 

A. Deux politiques fondées sur un même principe : le respect égal.

 


Dans ce deuxième cas de la sphère publique, étudié par Charles Taylor, deux mouvements semblent se dégager :


1. La société actuelle a prôné la valeur d'égalité entre les citoyens, une égale dignité entre eux.
2. Au contraire, le développement de la perception de l'identité a renforcé les singularités, a encouragé la différence : "Tout le monde devrait être reconnu en fonction de son identité unique."

S'est ainsi mise en place une politique de la différence. Cette politique de la différence "dénonce toutes les discriminations et refuse toute citoyenneté de seconde classe."

 

Charles Taylor
Charles Taylor a consacré un de ses essais
au thème du multiculturalisme,
de la différence dans la démocratie.


- La politique de la dignité égalitaire a pour fondement l'idée que l'intégralité des êtres humains sont dignes de respect. Pour Kant, parmi les premiers à avoir défini cette dignité, les hommes étaient dignes en vertu de leur rationnalité et de leur capacité à diriger leur vie selon des principes.
C'est cette idée qui a été retenue, et qui fonde la vision actuelle de la dignité égalitaire : tout homme ayant un "potentiel humain universel", chacun mérite du respect.


- La politique de la différence a en partie les mêmes fondements. Le potentiel universel sert alors à former et "définir sa propre identité en tant qu'individu et en tant que culture". 


 

B. Contradiction entre les deux politiques

 

 


Or ces deux politiques, fondées toutes deux sur un même principe de respect égal, entrent en contradiction.


La première politique implique que tout le monde soit traité "en étant aveugles aux différences".
La seconde politique implique de "reconnaître et même favoriser la particularité".


La première politique reproche à la seconde de "violer le principe de non-discrimination".
La seconde politique reproche à la première de "nier toute identité en imposant aux gens un moule homogène qui ne leur est pas adapté".

La politique d'égale dignité a été portée principalement par les idées de deux auteurs : Rousseau d'une part, et Kant d'autre part.

 

II. Toutes les cultures ont-elles la même valeur ?

 

A. Des sociétés de plus en plus multiculturelles

 



Charles Taylor constate que les sociétés actuelles deviennent de plus en plus multiculturelles. Elles "se tournent vers le multiculturalisme".

La thèse de Charles Taylor est que le libéralisme n'est pas totalement neutre en ce qui concerne la culture. En effet selon lui, "le libéralisme ne peut ni ne doit revendiquer une neutralité culturelle complète".


Emerge pourtant un paradoxe : bien que les sociétés soient de plus en plus multiculturelles, elles sont dans le même temps de plus en plus perméables, c'est-à-dire qu'elles sont davantage ouvertes à des migrations multinationales.


Il ne s'agit en fait pas d'une contradiction, mais ces deux tendances vont ensembles. La seule difficulté réside dans le fait que certains sont à la fois citoyens du pays, et appartiennent également à la même culture qui remet en question "le territoire philosophique" de ce même pays.

Ainsi, le débât actuel concerne la supériorité d'une culture sur une autre culture.

Historiquement, les sociétés occidentales sont critiquées pour avoir tenté d'imposer une culture au temps des colonies. Mais aussi pour leur politique actuelle de mise à l'écart des minorités culturelles, qui apparaît comme du mépris.


La question posée n'est plus seulement : est-ce qu'il est bon, est-ce qu'il est légitime, de laisser  les autres cultures survivre ? L'enjeu retenu dan la société actuelle est désormais plus grand : reconnaître "la valeur égale des différentes cultures". Il s'agit en effet de contribuer à la survivance des cultures : non seulement laisser survivre les autres cultures, mais aussi de reconnaître leur mérite.


Cette exigence de reconnaître les cultures, alors qu'elle était implicite avant, est dans les sociétés actuelles devenue explicite. Répandre l'idée que nous sommes formés par la reconnaissance a en effet permis à cette exigence de reconnaître le mérite des autres cultures de devenir explicite.


Ce raisonnement sous-entend que nous devons un égal respect à toutes les cultures. Charles Taylor soutient alors la thèse que cette présomption a une partie vraie, mais "qu'elle est nullement dépourvue de difficultés et qu'elle implique une sorte d'acte de foi".

En effet selon lui, toute culture peut apprendre à l'humanité, même si les cultures peuvent passer par des phases de décadence. Cela ne revient pas non plus à dire que toutes les formes d'art d'une culture sont d'égale valeur. Mais au moins, "toutes les cultures humaines qui ont animé des sociétés entières durant des périodes parfois considérables ont quelque chose d'important à dire à tous les êtres humains."

C'est cette pensée qui doit animer l'homme quand il étudie toute autre culture. 

 


Charles Taylor, Le multiculturalisme
Charles Taylor, Le multiculturalisme,
Flammarion, 21 octobre 2009

 

B. Toutes les cultures n'ont pas nécessairement une valeur égale

 



En revanche ce que refuse Charles Taylor, ce serait une obligation à conclure quoi qu'il arrive que telle culture a une valeur égale ou plus grande qu'une autre culture. Pour lui, cette démarche ne serait pas éthique, car ce jugement aurait été indépendant de la volonté, il aurait été posé a priori, sans que l'on puisse le modifier après étude. On ne peut exiger de considérer que toutes les cultures se valent.

Trois conséquences :


La première conséquence est de s'écarter dans une certaine mesure de ce que Charles Taylor appelle les théories "subjectivistes", dérivées de Nietzsche, Foucault, ou Derrida, qui énoncent que tout jugement de valeur n'est pas un libre choix de l'homme, mais qu'il est imposé par des structures de pouvoir.


La seconde conséquence est la nécessité de ne pas juger seulement avec nos vieux critères, propres et familiers, mais avec de nouveaux critères qui n'apparaissent qu'après avoir étudié les différentes cultures. En effet l'analyse de nouvelles cultures transforme nos propres critères de considération, qui nous permet d'échapper à l'ethnocentrisme (le fait d'être centré sur des considérations propres uniquement à notre éthnie).


La troisième conséquence est le refus d'un jugement favorable a priori, avant toute chose. C'est-à-dire qu'on ne doit pas penser qu'une autre forme de culture est forcément, nécessairement, bonne ou meilleure. Dans le cas contraire, ce serait un double faute : d'abord parce qu'une telle exigence serait "homogénéisante". Ensuite, parce que l'on ne peut juger seulement avec ses propres critères originaires, ce serait tomber dans l'ethnocentrisme déjà mentionné.

Ainsi, "sous cette forme, l'exigence de reconnaissance égale est inacceptable."


 

>> En conclusion de ce résumé sur le multiculturalisme

 



L'homme se sert donc de la présomption pour étudier les autres cultures. Cette présomption nécessite une ouverture aux différentes cultures, pour pouvoir modifier ses critères de jugement : "ce que la présomption requiert de nous n'est pas de trancher péremptoirement et de manière inauthentique sur l'égalité de valeur ; mais d'être ouverts à l'étude culturelle comparative, pour déplacer nos horizons vers des mélanges nouveaux".


Enfin, Charles Taylor se permet de conclure son essai par une exigence. Il s'agit d'un rappel à l'humilité de l'homme ; l'homme n'a pas encore atteint le point où il pourra juger parfaitement et de manière évidente de la valeur des cultures : "nous sommes très loin de cet ultime horizon du haut duquel la valeur relative des différentes cultures pourrait être évidente."



Vous pourrez lire avec intérêt les différents commentaires qu'ont écrit en réaction à cet essai Susan Wolf, Steven Rockefeller, ou encore Michael Walzer.


-> En 2014, le concours des IEP s'intéressait à la CULTURE. Les meilleurs articles sur la culture à consulter ici ! <-







 

Classé dans : Culture Générale - Mots clés : culture, IEP, multiculturalisme, résumé, Charles Taylor, multiculturalism, différence, démocratie, cultures, concours, explication, cours, fiche - 3 commentaires


Histoire populaire de la société des Etats-Unis après 1945

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 04 février 2019

Histoire populaire de la société des Etats-Unis après 1945

 

Ces informations sont pour la plupart issues du célèbre ouvrage de Howard Zinn, Une Histoire populaire des États-Unis. Howard Zinn (1922-2010) fut un historien critique et pacifiste de l'histoire des Etats-Unis, et son œuvre reflète certainement ses efforts pour une reconsidération de l'histoire des Etats-Unis.

 

Nous vous proposons trois grandes réflexions sur l'histoire des Etats-Unis après 1945.

 

1. Le début de la Guerre Froide et la doctrine Truman

 

- L'aide à la Grèce

- La guerre de Corée

- Lutte contre le communisme

- Joseph McCarthy

- L'affaire d'espionnage Rosenberg

- La culture au service de l'anticommunisme

- Le budget militaire

- Plan Marshall et aides économiques

- L'intervention des Etats-Unis

- Les inégalités de la population américaine

 

2. La révolte noire

 

- Le réveil de la conscience Noire américaine

- Rosa Parks

- Sit-in et Freedom Rides

- La réaction du Congrès et de la présidence

- La marche sur Washington de 1963

- L'assassinat de Malcolm X puis de Martin Luther King

- L'amélioration relative des conditions de vie de la population Noire

 

3. Les Etats-Unis à l'époque de la guerre du Vietnam

 

- La 1ère partie de la guerre d'Indochine

- La 2nde partie de la guerre d'Indochine

- Les premières protestations contre la guerre au Vietnam

- L'amplification des mouvements de contestation de la guerre

- La fin de l'engagement des Etats-Unis au Vietnam

 

 

 

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