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Apprendre 2x mieux avec la Mémoire visuelle et auditive

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 05 novembre 2016

Qui n'a jamais rêvé de pouvoir apprendre 2 fois plus vite ?

Cela fait pourtant 2400 ans que l'on vous a donné la solution ! Ha ce bon vieux Socrate, qui aurait cru qu'il doublerait vos facultés de mémorisation ?

"Connais-toi toi-même", rappelle Socrate, en faisant allusion au précepte gravé sur le temple de Delphes.

 

Apprendre devient beaucoup plus simple si vous vous connaissez bien. Chaque individu a par définition ses particularités, ses préférences. Il en est de même en terme d'apprentissage, et de mémorisation. Comment apprendre lorsque l'on a une mémoire visuelle ? Comment apprendre avec une mémoire auditive ? Nous vous donnons tous les conseils !

 

>> Êtes-vous visuel ou auditif ?

 

Pour apprendre, plusieurs sens sont mis à contribution. Les deux types qui nous intéressent le plus pour apprendre un cours sont :

  • la mémoire visuelle
  • la mémoire auditive

 

Les autres sens sont bien sûr importants, surtout la mémoire tactile, la mémoire des gestes (c'est elle qui vous permet de vous souvenir comme on roule sur un vélo, comment on tape avec un marteau, etc.). Mais elles ne vous seront pas tellement utiles pour retenir un cours.

Or il s'avère que certains individus sont beaucoup plus sensibles à la mémoire visuelle qu'auditive, ou inversement à la mémoire auditive plutôt que visuelle. Naturellement, nous avons tous en nous des capacités pour ces deux biais, mais il existe une séparation parfois claire entre ceux qui apprennent mieux par la représentation imagée, et les autres par les sons.

Pour savoir si vous êtes plutôt visuel ou auditif, vous pouvez vous tester de multiples façons.

 

Le test du dictionnaire :

 

Par exemple, lorsque vous apprenez un nouveau mot dans le dictionnaire. Trouvez un nouveau mot dans le dictionnaire, prononcez-le. Fermez le dictionnaire. Attendez une demi-minute, fermez les yeux. Et essayez de vous souvenir de ce mot. Là, il s'agit d'analyser très subtilement comment vous vous remémorez ce mot. Vous entendez-vous prononcer intérieurement ce mot, entendez-vous votre voix murmurer dans votre esprit ? Ou avez-vous plutôt l'image du mot écrit en toutes lettres, des couleurs, de la mise en forme - rouge par exemple ou en gras -, et de la définition qui suit, du bloc que vous avez vu ? Dans le premier cas, vous êtes plus sensible à l'auditif, dans l'autre, au visuel.

 

Le test d'actualité :

 

Ce matin, avant d'aller en cours, vous avez pris le métro, le tramway, ou la voiture. Vous avez peut-être écouté la radio, ou lu un quotidien, que ce soit la presse locale ou nationale. De quelles nouvelles vous souvenez-vous le mieux ? Les petits encadrés du journal 20 minutes, avec ses titres bleus, sa police Times New Roman bien nette ? Vous êtes visuel. Ou la voix de la journaliste pressée, qui vous énumère les actualités, et qui juste après le jingle "météo" vous indique la température ? Vous êtes auditif.

Posez-vous ces questions quelques minutes après, et si vous avez du mal à vous faire une idée claire, laissez s'écouler encore un petit laps de temps, cela peut vous aider. Par exemple, se poser la question le soir, voire le lendemain : de quoi vous souvenez-vous de ce matin, ou d'hier ?

 

Le test des cours :

 

Quoi de mieux que de vous mettre dans les conditions de l'épreuve, comme d'habitude ? C'est très simple, le prof vous a annoncé de ranger toutes vos affaires, de ne sortir qu'une feuille, un crayon, et de commencer l'interrogation écrite. Or vous n'avez lu que brièvement le cours juste avant, vous ne vous attendiez-même pas au contrôle, il n'était pas prévenu. Alors vous essayez de trouver les quelques connaissances qui vous resteraient en mémoire. Quelle stratégie adoptez-vous instinctivement ? C'est à votre manière de procéder qu'il faut faire très attention.

Sans y réfléchir, lorsque vous cherchez vos connaissances, vous remémorez-vous le professeur qui parlait hier ? Entendez-vous la voix de votre professeur, qui expliquait tel concept ? Entendez-vous la voix aigüe de votre prof de maths, qui crie presque pour parler, ou entendez-vous le timbre grave de votre prof, qui s'adresse à la classe ? Si oui, alors vous êtes plus sensible à la mémoire auditive !

Ou alors, dans votre quête pour trouver les quelques connaissances que vous pourriez utiliser dans votre copie, vous représentez-vous en esprit la feuille à lignes bleues-grises, avec la couleur de l'encre dessus ? Voyez-vous la page de votre cahier, avec les titres soulignés en rouge, les sous-titres en vert par exemple ? Et dans les paragraphes, ces mots en gras qui sortent du lot ? Parfois même, vous n'arrivez pas à vous souvenir de ce qui est écrit, mais vous vous souvenez de où c'est écrit sur cette page ! En haut à gauche, en bas à droite ? Si c'est plutôt de cette façon que vous cherchez vos connaissances, alors vous êtes plus sensible à la mémoire visuelle !

 

Vous ne savez toujours pas si vous êtes visuel ou auditif ?

 

Pas de souci, le temps aidera à éclaircir vos idées, à vous poser tranquillement. Une fois que vous serez plus au clair, vous vous habituerez lentement à comprendre comment vous essayer de retrouver vos connaissances, comment vous vous souvenez. Il suffira, au fur et à mesure des jours, de vous apprivoisez vous-même. Un moment, vous devrez vous souvenir de quelque chose. Tout naturellement, vous puiserez dans vos souvenirs. Et là, vous repenserez à cet article, vous vous surprendez-même peut-être à avoir utilisé votre mémoire, et vous verrez clairement quel chemin vous a mené à retrouver vos connaissances.

Pour certaines personnes, vous ne pourrez peut-être même pas trouver une méthode plus avantageuse qu'une autre, pour la simple et bonne raison que vous utilisez déjà les deux méthodes ! Que vous êtes aussi bien visuel et auditif, ou en tout cas à des niveaux suffisamment proches pour qu'il soit difficile de distinguer une façon particulière de se souvenir.

Généralement, les hommes comme les femmes sont en moyenne plus souvent sensibles à la méthode visuelle. Peut-être parce que nous sommes plus habitués à nous servir de nos yeux, ou pour d'autres raisons.

Pour autant, il est toujours bénéfique de développer les 2 sens ! Même si vous aurez davantage de facilité en privilégiant une méthode, et vous obtiendrez de meilleurs résultats, plus vite, d'où l'objet de cet article, il ne peut être qu'avantageux pour vous de développer l'autre sens en parallèle. Tout est une question d'entraînement.

 

>> Comment apprendre avec la mémoire auditive

 

Pour vous, la règle d'or est la suivante : écouter en classe ! Ne gâchez pas ce moment où le professeur parle à vous concentrer sur une autre activité, pour la simple et bonne raison qu'il vous sera plus difficile d'apprendre tout seul chez vous par la suite qu'en écoutant simplement. Ecouter votre professeur 5 minutes, c'est se sauver l'équivalent de peut-être 15 minutes chez vous ! Le rendement en vaut la peine.

Vous pouvez également lorsque vous apprenez chez vous ne pas vous contentez de voir les pages de votre cahier, mais vous les réciter mentalement. Prononcer les phrases intérieurement, voire à haute voix même, quand vous travaillez chez vous.

Le dictaphone est par ailleurs une excellente idée. Rien de plus simple, tous les téléphones portables en offrent aujourd'hui la fonctionnalité. Si jamais vous n'en avez pas, vous trouverez sûrement chez vous un vieux lecteur mp3 laissé de côté à tort, une cassette audio enregistrable. Vous pouvez bien sûr vous enregistrer sur l'ordinateur également, les ordinateurs portables ont quasi tous un microphone intégré. L'exercice est très simple : donnez un cours ! Cette fois-ci, c'est vous le prof ! Vous pouvez prendre votre cours, tous les documents dont vous avez besoin, gardez-tout. Et donnez un cours, comme si vous expliquiez à quelqu'un d'autre ce que vous devez apprendre. Ensuite, vous pouvez même vous réécouter, et vous apprendrez naturellement votre cours.

 

>> Comment apprendre avec la mémoire visuelle

 

Sortez les surligneurs ! Tout ce qui peut marquer votre mémoire visuellement est à prendre. Vous pouvez aussi faire des schémas. Les schémas ont l'avantage de rendre l'information plus claire, mais surtout vous vous souviendrez mieux de votre cours car ils auront une forme particulière, ils auront une disposition géométrique spécifique. Lorsque vous apprenez, vous pouvez essayer de "prendre en photo" votre cours avec les yeux. C'est un exercice un peu particulier qui peut sembler étrange, mais si vous tâchez par la force de vos seuls yeux, de ce que vous voyez, de figer ce que vous avez sous les yeux, comme si vous preniez en photo, cela restera mieux dans votre esprit. Vous pouvez même pour jouer davantage le jeu regarder profondément ce qui est écrit, puis cligner des yeux en vous imaginant à cet instant le bruit de l'appareil photo qui prend le cliché. Les mind-map, auquel on consacrera peut-être un article un jour, vous intéresseront et vous permettront de mieux apprendre. Il s'agit de schémas très visuels, qui vous permettent d'associer des informations, pour mieux coller à la logique naturelle du cerveau, qui marche également par associations.

 

Likez cet article si vous avez aimé, et retrouvez d'autres astuces pour mieux apprendre dans la rubrique Méthodologie.

Classé dans : Méthodologie - Mots clés : apprendre, différents, types, mémoire, comment, apprendre plus vite, connaissance, doubler, sciences po, mémotechnique, technique, apprentissage, mémorisation - 5 commentaires


Résumé du Traité sur la pédagogie - Emmanuel Kant

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 06 mars 2016

Emmanuel Kant dans Über Pädagogik, que l'on peut traduire par Traité sur la pédagogie, donne sa vision de l'éducation, de l'école, de l'apprentissage.

Cette œuvre est une des dernières de sa vie, puisqu'elle a été rédigée en 1803.

-> 5 livres sur l'École et l'Éducation

=> Lire en intégralité le Traité sur la pédagogie (GRATUIT)

 

>> Définition de l'Éducation - Emmanuel Kant

 

Pour Kant, l'éducation est le propre de l'homme. Il n'est pas possible d'éduquer les animaux. Il s'agit alors de bien comprendre en quoi consiste cette "éducation".

 

Der Mensch ist das einzige Geschöpf, das erzogen werden muß. Unter der Erziehung nämlich verstehen wir die Wartung (Verpflegung, Unterhaltung), Disciplin (Zucht) und Unterweisung nebst der Bildung. Demzufolge ist der Mensch Säugling, – Zögling, – und Lehrling.

L’homme est la seule créature qui soit susceptible d’éducation. Par éducation l’on entend les soins (le traitement, l’entretien) que réclame son enfance, la discipline qui le fait homme, enfin l’instruction avec la culture.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - Introduction.

 

Pour cet essai sur la pédagogie, Kant identifie deux grands ensembles d'éducation :

  1. L'éducation physique : attention à ne pas confondre avec une "éducation sportive". Notamment : "la culture de l’esprit, que l’on peut bien aussi d’une certaine manière appeler physique" dans A. De l’éducation physique.
  2. L'éducation pratique : qui regroupe l’habileté, la prudence et la moralité.

Le Traité sur la pédagogie
est une des dernières œuvres d'Emmanuel Kant

>> L'éducation physique

 

 

> Comment cultiver sa mémoire - Emmanuel Kant

 

Emmanuel Kant insiste particulièrement sur les textes, la lecture, l'écriture. Mais il n'oublie pas la partie orale de l'éducation et de l'apprentissage, pour lesquelles les langues sont essentielles.

 

On cultivera la mémoire : 1. En lui donnant à retenir les noms qui entrent dans les récits ; 2. par la lecture et l’écriture ; il faut exercer les enfants à lire de tête et sans avoir recours à l’épellation ; 3. par les langues, que les enfants doivent apprendre en les entendant, avant d’en venir à en lire quelque chose.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - A. De l’éducation physique.

 

> Buts de l'éducation - Emmanuel Kant

 

Selon Kant, l'éducation a pour but de cultiver. Il faut ainsi distinguer :

 

1. Culture générale des facultés de l’esprit, qu’il faut bien distinguer de la culture particulière. Elle a pour but l’habileté et le perfectionnement ; ce n’est pas qu’elle apprenne quelque chose de particulier à l’élève, mais elle fortifie les facultés de son esprit. (...)

2. Culture particulière des facultés de l’esprit. Ici se présente la culture des facultés de connaître, des sens, de l’imagination, de la mémoire, de l’attention et de ce qu’on nomme l’esprit.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - A. De l’éducation physique.

 

Pour la culture générale des facultés de l'esprit, Kant présente 2 aspects :

  1. culture physique : l'enfant est passif puisqu'il reproduit simplement les actions de son maître
  2. culture morale : il s'agit de permettre à l'enfant de penser par lui-même, d'acquérir ses propres valeurs, ses propres maximes, sa propre morale. Il faut sortir d'un système où l'éducation se fonderait sur la punition, sur la contrainte extérieure, qui empêche l'enfant de développer sa propre culture morale.

Pour la culture particulière des facultés de l'esprit, Kant précise que les enfants ont djéà une imagination très développée. Il n'est donc pas nécessaire d'alimenter cette imagination, mais il est important de lui donner des directions, des limites, et de la mettre à contribution.

 

>> L'éducation pratique

 

> Définitions

 

L’éducation pratique comprend : 1. l’habileté ; 2. la prudence ; 3. la moralité.

Pour ce qui est de l’habileté, il faut veiller à ce qu’elle soit solide et non pas fugitive. On ne doit pas avoir l’air de posséder la connaissance de choses, que l’on ne peut pas ensuite réaliser. La solidité doit être la qualité de l’habileté et tourner insensiblement en habitude dans l’esprit. C’est le point essentiel du caractère d’un homme. L’habileté est nécessaire au talent.

Pour ce qui est de la prudence, elle consiste dans l’art d’appliquer notre habileté à l’homme, c’est-à-dire de nous servir des hommes pour nos propres fins. (...) Il est difficile de pénétrer les autres, mais on doit nécessairement comprendre l’art de se rendre soi-même impénétrable. Il faut pour cela dissimuler, c’est-à-dire cacher ses fautes. Dissimuler n’est pas toujours feindre et peut être parfois permis, mais cela touche de près à l’immoralité. (...)

La moralité concerne le caractère. Sustine et abstine, tel est le moyen de se préparer à une sage modération. Si l’on veut former un bon caractère, il faut commencer par écarter les passions. L’homme doit à l’endroit de ses penchants pren­dre l’habitude de ne pas les laisser dégénérer en passions, et apprendre à se passer de ce qui lui est refusé. Sustine signifie supporte et accoutume-toi à supporter.Il faut du courage et une certaine disposition d’esprit, pour apprendre à se passer de quelque chose. On doit s’accoutumer aux refus, à la résistance, etc.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - A. De l’éducation physique.

 

> Ne rendez pas vos enfants humbles

Le plus important demeure la franchise. Il faut être ni trop sûr de soi, ni pas assez. Il faut croire modérément en soi, de manière modeste, mais être franc avec soi-même : il faut se dire la vérité.

Ainsi, il est bon de prendre en considération le jugement d'autrui. Dans le cas contraire, on serait dans l'insolence, qui est à redouter.

Mais Kant détecte un problème majeur dans la société : c'est celui de rendre les enfants humbles, plutôt qu'ils acquièrent l'humilité par leur raison. Kant prend notamment l'exemple de la religion chrétienne, qui prêche l'humilité, mais qui l'enseigne de manière contreproductive.

 

On excite l’envie dans un enfant, en l’accoutumant à s’estimer d’après la valeur des autres. Il doit s’estimer au contraire d’après les idées de sa raison. Aussi l’humilité n’est-elle proprement autre chose qu’une comparaison de sa valeur avec la perfection morale. Ainsi, par exemple, la religion chrétienne, en ordonnant aux hommes de se comparer au souverain modèle de la perfection, les rend plutôt humbles qu’elle ne leur enseigne l’humilité. Il est très absurde de faire consister l’humilité à s’estimer moins que d’autres. — Vois comme tel ou tel enfant se conduit ! etc. Parler ainsi aux enfants n’est pas le moyen de leur inspirer de nobles sentiments. (...)
Le cas où l’émulation pourrait servir à quelque chose serait celui où l’on voudrait persuader à quelqu’un qu’une chose est praticable, comme, par exemple, quand j’exige d’un enfant une certaine tâche et que je lui montre que les autres ont pu la remplir.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - B. De l’éducation pratique.

 

> Faut-il apprendre aux enfants la religion ?

 

En résumé, la position de Kant pour savoir s'il faut faire un apprentissage de Dieu, expliquer la religion, le divin, la métaphysique, aux enfants, est la suivante :

Puisque dans notre société les enfants vont rencontrer le nom de Dieu, ou n'importe quelle pratique religieuse, alors oui, il est important de leur enseigner tôt ce qu'est la religion.

Une suggestion de Kant est d'utiliser l'analogie avec le père (Dieu) en tant qu'il surveille la famille (Humanité).

 

Ce qu’il y a de certain, c’est que, s’il pouvait arriver que les enfants ne fussent jamais témoins d’aucun acte de vénération envers l’Être suprême, et même qu’ils n’entendissent jamais prononcer le nom de Dieu, il serait alors conforme à l’ordre des choses d’attirer d’abord leur attention sur les causes finales et sur ce qui convient à l’homme, d’exercer par là leur jugement, de les instruire de l’ordre et de la beauté des fins de la nature, d’y joindre ensuite une connaissance plus étendue encore du système du monde, et de leur ouvrir d’abord par ce moyen l’idée d’un Être suprême, d’un législateur. Mais, comme cela n’est pas possible dans l’état actuel de la société, comme on ne peut faire qu’ils n’entendent pas prononcer le nom de Dieu et qu’ils ne soient pas témoins des démonstrations de la dévotion à son égard, si l’on voulait attendre pour leur apprendre quelque chose de Dieu, il en résulterait pour eux ou une grande indifférence, ou des idées fausses, comme par exemple la crainte de la puissance divine. Or, comme il faut éviter que cette idée ne se glisse dans l’imagination des enfants, on doit, pour les en préserver, chercher de bonne heure à leur inculquer des idées religieuses. (...) Le meilleur moyen de rendre d’abord claire l’idée de Dieu, ce serait d’y chercher une analogie dans celle d’un père de famille sous la surveillance duquel nous serions placés ; on arrive ainsi très heureusement à concevoir l’unité des hommes qu’on se représente comme formant une seule famille.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - B. De l’éducation pratique.

 

C'est l'occasion pour Emmanuel Kant de donner une définition de la religion :

"Qu’est-ce donc que la religion ? La religion est la loi qui réside en nous, en tant qu’elle reçoit son influence sur nous d’un législateur et d’un juge ; c’est la morale appliquée à la connaissance de Dieu."

 

> Laissez les enfants être des enfants

 

C'est avec beaucoup d'actualité et de modernité qu'Emmanuel Kant aborde le sujet des enfants éduqués comme des adultes.

L'apport de Kant sur ce point semble plus que jamais pertinent alors qu'au sein de nos sociétés du XXIe beaucoup critiquent en vrac la sexualisation de plus en plus précoce des jeunes, l'implication inhumaine des enfants dans les conflits guerriers, ou encore la course à la performance avec pour corrélat la sollicitation de plus en plus intense des enfants, dès leur plus tendre âge.

 

Les enfants ne doivent être instruits que des choses qui conviennent à leur âge. Bien des parents se réjouissent de voir leurs enfants parler avec la sagesse des vieillards. Mais on ne fait ordinairement rien d’enfants de cette espèce. Un enfant ne doit avoir que la prudence d’un enfant. Il ne doit pas être un aveugle imitateur. Or un enfant qui met en avant les maximes de la sagesse des hommes est tout à fait en dehors de la destination de son âge, et c’est chez lui pure singerie. Il ne doit avoir que l’intelligence d’un enfant, et ne doit pas se montrer trop tôt. Un pareil enfant ne sera jamais un homme éclairé et d’une intelligence sereine. Il est tout aussi intolérable de voir un enfant vouloir suivre déjà toutes les modes, par exemple se faire friser, porter des bagues et même une tabatière. Il devient ainsi un être affecté qui ne ressemble guère à un enfant. Une société polie lui est un fardeau, et le courage de l’homme finit par lui manquer tout à fait.

Traité de pédagogie - Emmanuel Kant - B. De l’éducation pratique.

 

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3 sortes d'éducation, but et origines - Jean-Jacques Rousseau

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 28 février 2016

 

Jean-Jacques Rousseau, lorsqu'il commença à écrire sur ce qu'est une bonne éducation, pensait n'écrire qu'un court texte de bons principes, qui ne ferait pas plus que quelques pages. Finalement, c'est un imposant ouvrage tout consacré à l'école, à l'éducation, à ce que signifie être et devenir un homme ou une femme auquel aboutit l'auteur.

Le tout début de son ouvrage intitulé Emile, ou de l'Education éclaire déjà sur ce que pense Rousseau de l'éducation. Ce sont ces quelques réflexions que nous nous attecherons à examiner ici pour comprendre quel est le rôle de l'éducation, et comment celle-ci intervient pour chaque être humain.

 

>> Rôle et but de l'éducation

 

Pour Jean-Jacques Rousseau, le rôle de l'éducation est de faire grandir, de façonner, de développer. C'est ainsi qu'il compare le développement des plantes avec le développement des hommes. C'est en jardinant, en cultivant, que les plantes se développent ; de même, c'est en éduquant qu'un homme se développe.


L'ouvrage de Jean-Jacques Rousseau
Émile, ou de l'Éducation
fut brûlé lors de sa publication en 1762 à Paris et Genêve

Toutefois, Rousseau rappelle le rôle essentiel de l'enfance. C'est un stade primordial dans lequel l'homme est dénué de tout, et qui a pour bienfait de laisser les autres hommes assister, aider, porter secours à l'enfant. Cette interaction ne serait pas possible si l'homme n'avait pas cette fragilité propre à l'enfance. Or c'est une interaction importante et bénéfique pour la société humaine.

Ainsi, l'éducation a un double rôle : non seulement celui de faire grandir l'homme, mais aussi de lier les hommes entre eux, dépendants les uns des autres depuis l'enfance.

 

On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l'éducation. Si l'homme naissait grand et fort, sa taille et sa force lui seraient inutiles jusqu'à ce qu'il eût appris à s'en servir ; elles lui seraient préjudiciables, en empêchant les autres de songer à l'assister ; et, abandonné à lui-même, il mourrait de misère avant d'avoir connu ses besoins. On se plaint de l'état de l'enfance ; on ne voit pas que la race humaine eût péri, si l'homme n'eût commencé par être enfant.
Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d'assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n'avons pas à notre naissance et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l'éducation.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Premier

 

>> Les 3 sortes d'éducation

 

Jean-Jacques Rousseau distingue 3 sortes d'éducation, que nous maîtrisons par divers degrés :

  1. L'éducation grâce à la nature : développement physique de notre corps et de nos facultés intellectuelles (aucune maîtrise)
  2. L'éducation grâce aux hommes : apprendre à utiliser notre corps et nos facultés intellectuelles  (grande maîtrise)
  3. L'éducation grâce aux choses : notre propre expérience en fonction de notre environnement (maîtrise partielle)

 


Cette éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses. Le développement interne de nos facultés et de nos organes est l'éducation de la nature ; l'usage qu'on nous apprend à faire de ce développement est l'éducation des hommes ; et l'acquis de notre propre expérience sur les objets qui nous affectent est l'éducation des choses.
Chacun de nous est donc formé par trois sortes de maîtres.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Premier

 

 

>> Comment exploiter ces 3 sortes d'éducation et vers quoi diriger ses efforts

 

Après avoir pris soin d'expliquer ces différentes sources d'éducation, il s'agit de savoir quelles sortes d'éducation sont importantes pour l'homme, et vers quel but elles doivent tendre.

La règle est la suite : il ne doit pas y avoir de contradiction entre ces 3 sortes d'éducation.

De cet impératif, il découle que l'homme doit orienter les éducations dont il a la maîtrise dans le même sens que la seule éducation dont il n'a pas la maîtrise : l'éducation de la nature.

C'est donc l'éducation de la nature qui fixe la direction, qui trace le chemin que les deux autres éducations doivent poursuivre.

 

Le disciple dans lequel leurs diverses leçons se contrarient est mal élevé, et ne sera jamais d'accord avec lui-même ; celui dans lequel elles tombent toutes sur les mêmes points, et tendent aux mêmes fins, va seul à son but et vit conséquemment. Celui-là seul est bien élevé.
Or, de ces trois éducations différentes, celle de la nature ne dépend point de nous ; celle des choses n'en dépend qu'à certains égards. Celle des hommes est la seule dont nous soyons vraiment les maîtres ; encore ne le sommes-nous que par supposition ; car qui est-ce qui peut espérer de diriger entièrement les discours et les actions de tous ceux qui environnent un enfant ?
Sitôt donc que l'éducation est un art, il est presque impossible qu'elle réussisse, puisque le concours nécessaire à son succès ne dépend de personne. Tout ce qu'on peut faire à force de soins est d'approcher plus ou moins du but, mais il faut du bonheur pour l'atteindre.
Quel est ce but ? c'est celui même de la nature ; cela vient d'être prouvé. Puisque le concours des trois éducations est nécessaire à leur perfection, c'est sur celle à laquelle nous ne pouvons rien qu'il faut diriger les deux autres.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Premier

 

Finalement, Rousseau rappelle que l'homme ne peut prévoir et satisfaire à 100% une bonne éducation. En effet, l'homme ne maîtrise pas l'éducation de la nature, il ne maîtrise que peu et par certains égards l'éducation des choses, et il n'est même pas certain de maîtriser totalement l'éducation des hommes. "qui peut espérer de diriger entièrement les discours et les actions de tous ceux qui environnent un enfant ?"

C'est donc en partie au hasard et à la chance que l'homme aura une bonne éducation, qui est ici le véritable sens du mot "bonheur" employé par Rousseau. "il faut du bonheur pour l'atteindre" ne signifie pas qu'il faut être heureux, rempli de joie, pour recevoir une bonne éducation ; cette phrase sous la plume de Rousseau signifie bien que les alés de la vie présideront aussi à la bonne ou la mauvaise éducation, et que tout l'objectif des hommes est de tout mettre en oeuvre pour se rapprocher le plus près possible de la bonne éducation, pour favoriser l'éducation.

 

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  6.  Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de démocratie ! - Jean-Jacques Rousseau

 

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