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3 sortes d'éducation, but et origines - Jean-Jacques Rousseau

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 28 février 2016

 

Jean-Jacques Rousseau, lorsqu'il commença à écrire sur ce qu'est une bonne éducation, pensait n'écrire qu'un court texte de bons principes, qui ne ferait pas plus que quelques pages. Finalement, c'est un imposant ouvrage tout consacré à l'école, à l'éducation, à ce que signifie être et devenir un homme ou une femme auquel aboutit l'auteur.

Le tout début de son ouvrage intitulé Emile, ou de l'Education éclaire déjà sur ce que pense Rousseau de l'éducation. Ce sont ces quelques réflexions que nous nous attecherons à examiner ici pour comprendre quel est le rôle de l'éducation, et comment celle-ci intervient pour chaque être humain.

 

>> Rôle et but de l'éducation

 

Pour Jean-Jacques Rousseau, le rôle de l'éducation est de faire grandir, de façonner, de développer. C'est ainsi qu'il compare le développement des plantes avec le développement des hommes. C'est en jardinant, en cultivant, que les plantes se développent ; de même, c'est en éduquant qu'un homme se développe.


L'ouvrage de Jean-Jacques Rousseau
Émile, ou de l'Éducation
fut brûlé lors de sa publication en 1762 à Paris et Genêve

Toutefois, Rousseau rappelle le rôle essentiel de l'enfance. C'est un stade primordial dans lequel l'homme est dénué de tout, et qui a pour bienfait de laisser les autres hommes assister, aider, porter secours à l'enfant. Cette interaction ne serait pas possible si l'homme n'avait pas cette fragilité propre à l'enfance. Or c'est une interaction importante et bénéfique pour la société humaine.

Ainsi, l'éducation a un double rôle : non seulement celui de faire grandir l'homme, mais aussi de lier les hommes entre eux, dépendants les uns des autres depuis l'enfance.

 

On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l'éducation. Si l'homme naissait grand et fort, sa taille et sa force lui seraient inutiles jusqu'à ce qu'il eût appris à s'en servir ; elles lui seraient préjudiciables, en empêchant les autres de songer à l'assister ; et, abandonné à lui-même, il mourrait de misère avant d'avoir connu ses besoins. On se plaint de l'état de l'enfance ; on ne voit pas que la race humaine eût péri, si l'homme n'eût commencé par être enfant.
Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d'assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n'avons pas à notre naissance et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l'éducation.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Premier

 

>> Les 3 sortes d'éducation

 

Jean-Jacques Rousseau distingue 3 sortes d'éducation, que nous maîtrisons par divers degrés :

  1. L'éducation grâce à la nature : développement physique de notre corps et de nos facultés intellectuelles (aucune maîtrise)
  2. L'éducation grâce aux hommes : apprendre à utiliser notre corps et nos facultés intellectuelles  (grande maîtrise)
  3. L'éducation grâce aux choses : notre propre expérience en fonction de notre environnement (maîtrise partielle)

 


Cette éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses. Le développement interne de nos facultés et de nos organes est l'éducation de la nature ; l'usage qu'on nous apprend à faire de ce développement est l'éducation des hommes ; et l'acquis de notre propre expérience sur les objets qui nous affectent est l'éducation des choses.
Chacun de nous est donc formé par trois sortes de maîtres.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Premier

 

 

>> Comment exploiter ces 3 sortes d'éducation et vers quoi diriger ses efforts

 

Après avoir pris soin d'expliquer ces différentes sources d'éducation, il s'agit de savoir quelles sortes d'éducation sont importantes pour l'homme, et vers quel but elles doivent tendre.

La règle est la suite : il ne doit pas y avoir de contradiction entre ces 3 sortes d'éducation.

De cet impératif, il découle que l'homme doit orienter les éducations dont il a la maîtrise dans le même sens que la seule éducation dont il n'a pas la maîtrise : l'éducation de la nature.

C'est donc l'éducation de la nature qui fixe la direction, qui trace le chemin que les deux autres éducations doivent poursuivre.

 

Le disciple dans lequel leurs diverses leçons se contrarient est mal élevé, et ne sera jamais d'accord avec lui-même ; celui dans lequel elles tombent toutes sur les mêmes points, et tendent aux mêmes fins, va seul à son but et vit conséquemment. Celui-là seul est bien élevé.
Or, de ces trois éducations différentes, celle de la nature ne dépend point de nous ; celle des choses n'en dépend qu'à certains égards. Celle des hommes est la seule dont nous soyons vraiment les maîtres ; encore ne le sommes-nous que par supposition ; car qui est-ce qui peut espérer de diriger entièrement les discours et les actions de tous ceux qui environnent un enfant ?
Sitôt donc que l'éducation est un art, il est presque impossible qu'elle réussisse, puisque le concours nécessaire à son succès ne dépend de personne. Tout ce qu'on peut faire à force de soins est d'approcher plus ou moins du but, mais il faut du bonheur pour l'atteindre.
Quel est ce but ? c'est celui même de la nature ; cela vient d'être prouvé. Puisque le concours des trois éducations est nécessaire à leur perfection, c'est sur celle à laquelle nous ne pouvons rien qu'il faut diriger les deux autres.

Jean-Jacques Rousseau - Émile ou de l'Éducation - Livre Premier

 

Finalement, Rousseau rappelle que l'homme ne peut prévoir et satisfaire à 100% une bonne éducation. En effet, l'homme ne maîtrise pas l'éducation de la nature, il ne maîtrise que peu et par certains égards l'éducation des choses, et il n'est même pas certain de maîtriser totalement l'éducation des hommes. "qui peut espérer de diriger entièrement les discours et les actions de tous ceux qui environnent un enfant ?"

C'est donc en partie au hasard et à la chance que l'homme aura une bonne éducation, qui est ici le véritable sens du mot "bonheur" employé par Rousseau. "il faut du bonheur pour l'atteindre" ne signifie pas qu'il faut être heureux, rempli de joie, pour recevoir une bonne éducation ; cette phrase sous la plume de Rousseau signifie bien que les alés de la vie présideront aussi à la bonne ou la mauvaise éducation, et que tout l'objectif des hommes est de tout mettre en oeuvre pour se rapprocher le plus près possible de la bonne éducation, pour favoriser l'éducation.

 

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