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Sujet corrigé - Cicéron, De la divination

Rédigé par Intégrer Sciences Po le 17 juin 2015

Ce texte est notamment tombé à l'épreuve de philosophie du bac 2015. Voir tous les sujets du bac 2015.

 

Texte de Cicéron :

Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout indice qui explique qu'il se produira ? Les éclipses du soleil et de la lune sont annoncées avec beaucoup d'années d'anticipation par ceux qui étudient à l'aide de calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune, à l'opposé du soleil, entre dans l'ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de telle sorte qu'elle s'obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune en passant sous le soleil et en s'intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment, quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements.

Ceux qui prédisent la découverte d'un trésor ou l'arrivée d'un héritage, sur quel indice se fondent-ils ? Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité, quel est l'événement dont il faudra admettre qu'il arrive par accident ou par pur hasard ? En effet, rien n'est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s'il le sait, l'événement arrivera certainement ; mais s'il se produit certainement, il n'y a plus de hasard ; or le hasard existe : par conséquent, il n'y a pas de prévision d'événements fortuits.

Cicéron, De la divination, Ier siècle avant J.-C.

 

 

Contexte

La connaissance de l'auteur n'était pas nécessaire. En particulier pour Cicéron et ce texte, cela ne vous aura pas handicapé. Ce traité latin a été écrit en 44 avant Jésus-Christ. Cicéron avait alors une cinquantaine d'années, ce qui correspond à la période de la fin de sa vie, ce qui est intéressant car sa philosophie a quelque peu évolué entre sa jeunesse et cette période. Il écrit ce traité alors que son influence d'homme politique s'affaiblit, notamment après la bataille de Pharsale en -48, qui se conclut par la défaite de Pompée, pour qui Cicéron avait pris parti, contre César.

 

Problématique

La problématique n'est pas clairement énoncée dans ce texte. Il faut la faire émerger. Elle est cependant éclairée par les questions que se posent Cicéron dans cet extrait. Il s'agit de comprendre qu'est-ce qui est prévisible, et de saisir ainsi l'articulation entre le hasard et le prévu, ce qui était destiné.

 

Plan

Vous pouviez suivre le texte phrases par phrases, ou comme le texte était relativement court, faire un commentaire de texte par coupe transversale, c'est-à-dire en le prenant en bloc dans chaque partie de votre commentaire.

 

Comprendre le texte

Reprenons le texte pour faire émerger les idées principales dans ce texte :

 

Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout indice qui explique qu'il se produira ?

Pour Cicéron, il n'est pas possible de prévoir un évènement qui n'a pas de cause ni d'indice.

 

Les éclipses du soleil et de la lune sont annoncées avec beaucoup d'années d'anticipation par ceux qui étudient à l'aide de calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune, à l'opposé du soleil, entre dans l'ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de telle sorte qu'elle s'obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune en passant sous le soleil et en s'intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment, quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements.

Cicéron prend l'exemple de l'astronomie pour montrer comment un raisonnement a pu conduire à trouver de nouvelles vérités. Mais surtout, ce sur quoi Cicéron insiste, c'est que ce raisonnement est visible, clair, et peut être reproduit. Il y a de vraies raisons, un vrai raisonnement qui ont permis d'établir des conclusions sur l'avenir, de prévoir.



Ceux qui prédisent la découverte d'un trésor ou l'arrivée d'un héritage, sur quel indice se fondent-ils ?

Ici, Cicéron pose la question du sérieux des prédictions qui ne se basent pas sur une réflexion claire, qui ne se basent pas sur des indices, sur des faits visibles. On comprend que sont ici visés les diseurs de bonnes fortune, par le titre de l'extrait "De la divination" et par les exemples pris : découverte d'un trésor et arrivée d'un héritage. Rien ne permet de déterminer à l'avance ces deux évènements, il n'y a pas d'indice. C'est bien l'inverse de l'exemple qu'il avait pris sur l'astronomie.

 

Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité, quel est l'événement dont il faudra admettre qu'il arrive par accident ou par pur hasard ?

Cicéron fait l'hypothèse que ce qui permet une prédiction ne réside dans les indices, mais qu'il y aurait une loi naturelle, c'est-à-dire un enchaînement inhérent aux forces de la nature, qui dépasse l'homme et qui fait se mouvoir le monde, qui préside à tel ou tel évènement. Même dans ce cas-là, il faudrait arriver à déterminer ce qui relève de cette loi naturelle, ce qui était destiné, et ce qui arrive par hasard. "Par accident", le terme est employé en un sens proche de hasard, c'est un évènement qui était imprévisible, qui arrive de manière fortuite.

 

En effet, rien n'est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s'il le sait, l'événement arrivera certainement ; mais s'il se produit certainement, il n'y a plus de hasard ; or le hasard existe : par conséquent, il n'y a pas de prévision d'événements fortuits.

Un mot qui aura pu déranger certains d'entre vous : fortuit signifie qui se produit par hasard, de manière imprévue. Si bien que la phrase "il n'y a pas de prévision d'événements fortuits" ressemble à un pléonasme, dans le bon sens du terme.

"régularité rationnelle" -> ce qui est prévisible (exemple des éclipses)
"hasard" -> ce qui est imprévisible, ce qui arrive par accident

Le raisonnement suivi ici est un raisonnement par l'absurde : "si A, alors C n'existe pas ; or il y au moins un cas pour lequel C existe, il faut donc conclure que A n'existe pas."

On remarque pourtant que Cicéron ne justifie pas ici son affirmation "or le hasard existe", et considère cette prémice comme une évidence. Il faut aussi noter la mention que Cicéron fait d' "un dieu", qui interdit de conclure dans cet extrait à un discours qui serait scientiste, ou positiviste, c'est-à-dire où seule la science expliquerait tout.

 

 

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Classé dans : Culture Générale - Mots clés : sujet, corrigé, Cicéron, De la divination, bac, 2015, corrigés, philosophie, philo, commentaire de texte, correction - 6 commentaires


6 commentaires

#1 • rubens • mercredi 17 juin 2015 à 17:01

La "loi naturelle", finalement, c'est le déterminisme, non ?

#2Intégrer Sciences Po • mercredi 17 juin 2015 à 17:32

@rubens :
Ça se rejoint fortement. Ce n'est pas exactement les mêmes nuances, la loi naturelle étant plus rapprochée de la conception de l'univers qu'avaient les philosophes de l'Antiquité, notamment dans le cas de Cicéron, qui ne s'expliquaient pas les choses en termes de "déterminisme", mais d'harmonie de la nature et de l'univers. Tout dépend comment tu l'as formulé dans ta copie, mais ça devrait être bon !
Bonne journée,
L'équipe Intégrer Sciences Po

#3 • rubens • mercredi 17 juin 2015 à 17:47

Ok, merci !

#4 • //2 • mercredi 17 juin 2015 à 20:17

bonsoir, moi j'ai parlé de liberté …
c'est faux ?

#5 • //2 • mercredi 17 juin 2015 à 20:20

car j'ai évoqué la fatalité qui s'opposait au hasard
donc la fatalité marque une absence totale de liberté
Par ailleurs dans le premier paragraphe j'ai parlé de la vérité en m'appuyant sur l'idée de démonstration et des sciences

#6 • Nicolo • vendredi 19 juin 2015 à 20:40

Peut on considérer la dernière démonstration comme un syllogisme ?

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